SENEGAL: Réduire de moitié la malnutrition malgré les soucis d’argent

DAKAR, 17 août (IPS) – «Elle vomit très souvent», s’inquiète Ciré Djité, une jeune maman d’une banlieue de Dakar, que IPS a rencontrée à l’hôpital des enfants, Albert Royer, dans la capitale sénégalaise. Elle tient entre ses mains un bébé malnutri de sexe féminin âgé de huit mois.

Le gouvernement sénégalais a entrepris de réduire de moitié la mortalité infantile avant 2015. La Cellule nationale de lutte contre la malnutrition (CLM) met en œuvre, depuis 2002, le Programme de renforcement de la nutrition (PRN). «Nous distribuons aux enfants malnutris des repas semi-liquides, de la bouillie enrichie de fruits, de la soupe aux légumes et au poisson, et des jus de fruits. Et nous conseillons aux mamans de continuer, à la maison, à donner aux enfants les mêmes aliments, constitués de produits locaux», confie à IPS, Moussa Bâ, un cuisinier de l’hôpital, occupé à distribuer des repas dans les salles de soins. Selon Bâ, trois repas sont distribués chaque jour aux enfants malnutris admis à l’hôpital Albert Royer. Au Sénégal, l’insuffisance pondérale touche 17 pour cent des enfants de moins de cinq ans, notamment ceux du monde rural, selon le ministère de la Santé et de la Prévention. Appuyée par des organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales, la CLM organise des campagnes de supplément en vitamines, de déparasitage, d’iodation du sel, de fortification de l’huile industrielle en vitamine A et d’autres nutriments nécessaires à la croissance des enfants. «Mon bébé s’alimente maintenant. Il ne mangeait presque plus, il y a quelques jours seulement», affirme Fatou Camara, une jeune femme allongée sur le perron d’une salle de soins de l’hôpital. Sokhna Seck est venue de Touba, dans le centre du pays, avec un enfant souffrant d’une malnutrition aggravée par une diarrhée aigue, après son sevrage. Camara et Seck ont amené leurs enfants pour bénéficier des soins et des suppléments nutritifs distribués gratuitement dans cet hôpital. Parmi les 15 pays du monde présentant les pires statistiques de mortalité des enfants de moins de cinq ans, sept se trouvent en Afrique de l'ouest où un enfant, sur quatre, souffre d’insuffisance pondérale, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Chaque année, près d'un million d'enfants de moins de cinq ans meurent de malnutrition dans la sous-région. Le gouvernement sénégalais a compris que la nutrition est un élément clé des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), déclare Abdoulaye Kâ, le coordonnateur national de la CLM. «Nous ciblons surtout le monde rural. Dans les 14 régions du pays, nous intervenons dans 313 collectivités locales dont 232 communautés rurales où nous avons mis en place un dispositif de distribution de services de nutrition», indique-t-il à IPS. Selon Kâ, l’un des principaux défis pour le PRN, c’est d’offrir des services capables d’avoir un impact positif sur la nutrition, comme l’alphabétisation et la fourniture d’eau potable.

Ainsi 19 bornes fontaines ont été construites et 21 autres réhabilitées dans les localités de Sangalkam, Rufisque-Est, Rufisque-Ouest, Yène et Bargny, dans la région de Dakar, selon Khady Faye de l’ONG sénégalaise Enda-Graf, impliquée dans la mise en œuvre du PRN. «Alphabétisées en wolof, nous arrivons même à rédiger des rapports de nos activités de nutrition dans cette langue. L’alphabétisation est un volet très important de la lutte contre la malnutrition», témoigne Aïcha Coulibaly, l’une des personnes ressources volontaires du PRN, dans la région de Dakar. «Il y a beaucoup de progrès dans la lutte contre la malnutrition, grâce à un engagement fort du gouvernement du Sénégal, qui a mis en place la CLM, dont la phase 2, pour 2007-2012, a pu toucher 65 districts sur les 75 que compte le pays», affirme Aissatou Dioum, une nutritionniste au bureau de l’UNICEF à Dakar. Selon Dioum, l’UNICEF intervient notamment dans les sept régions les plus vulnérables à la malnutrition: Kolda et Sédhiou (sud du pays), Matam et Louga (nord), Tambacounda (est), Kédougou (sud-est), et Diourbel (centre). Au Sénégal, la moyenne nationale de la mortalité infantile liée à la malnutrition est estimée à 33 pour cent, selon Ablavi Djossou, de la Division de l'alimentation, de la nutrition et de la survie de l'enfant, au ministère de la Santé et de la Prévention. Il existe «une interaction entre malnutrition et maladie, une personne malnutrie étant plus exposée et plus sensible aux germes, et donc à la maladie», souligne Dioum. «Les moyens financiers restent un grand frein à la lutte contre la malnutrition …Les moyens nécessaires pour assurer de meilleures conditions de formation des agents et le suivi des activités font souvent défaut», relève Djossou. Selon Kâ, le gouvernement a décidé d’augmenter sa contribution au budget de la Cellule nationale de lutte contre la malnutrition de 500 millions de francs CFA (environ 1,1 million de dollars) par an. Mais, le financement de la CLM pour les prochaines années préoccupe les autorités. «Il y a un besoin d’argent puisque nous n’avons pas bouclé le financement nécessaire pour la phase 3 de notre programme, celle de la période 2012-2016», s’inquiète-t-il.