NAIROBI, 8 août (IPS) – Pour la première fois, le ministre des Finances du Kenya a alloué près de quatre millions de dollars du budget national actuel pour fournir gratuitement des serviettes hygiéniques aux écolières.
Cela survient après une pression persistante des femmes parlementaires qui ont soulevé, au parlement, le problème de l'absentéisme des filles à l'école, à cause du manque de serviettes hygiéniques. C’était une campagne qui a laissé leurs homologues masculins sans voix, car ces questions sont rarement discutées en public, et encore moins au parlement, dans la société conservatrice du Kenya. Dans leur lobbying persistant, les femmes parlementaires ont attiré l’attention sur un problème qui aurait pu continuer à entraver l'éducation des jeunes filles. Dorothy Akinyi, 13 ans, une écolière du cours moyen deuxième année à Kibera, un bidonville de Nairobi, qui est sans doute le plus grand d'Afrique, reste à la maison chaque fois qu’elle a ses règles.
“Sans les serviettes hygiéniques, la vie à l'école est difficile. Nous sommes soumises à des incidences très embarrassantes et humiliantes, notamment de la part des garçons. Mettre un pull-over autour de votre taille pour cacher la tache sale derrière votre uniforme au cas où le papier hygiénique fuit est un geste qui en dit long. Nous choisissons de rester à la maison”, explique Akinyi. Mais cette situation va changer pour Akinyi et d'autres filles comme elle. Mais seulement si l'argent alloué à l'achat des vêtements hygiéniques est dépensé efficacement.
“C'est une budgétisation sensible au genre en marche. Être sensible aux besoins particuliers des hommes et des femmes, pendant l'allocation et la dépense des fonds publics”, indique Jacinta Nyachae, directrice exécutive du 'Kenya Aids Law Project' (Projet de loi sur le SIDA au Kenya) et une défenseuse des droits humains.
Ses commentaires ont été faits juste au moment où le Rwanda se préparait à accueillir une réunion mondiale de haut niveau sur l’augmentation de la responsabilité et le développement de l'efficacité à travers une budgétisation sensible au genre à Kigali du 26 au 28 juillet. Cette réunion a été organisée conjointement avec l'Entité des Nations Unies pour l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, et l'Union européenne.
Mais les filles ne sont pas les seules à avoir bénéficié d'une stratégie sensible au genre. Dans une démarche qui a vu les femmes briser des barrières sociopolitiques et économiques, la planification et la budgétisation pour l’establishment du ministère des Affaires de l’Egalité de Genre et de l’Enfance, restent la plus grande démonstration de l’engagement du gouvernement à s'attaquer à l'inégalité des sexes.
“Mais la planification budgétaire sensible au genre n'est pas suffisante, la corruption rampante à travers divers ministères du gouvernement est une indication claire qu'il faut suivre et surveiller la façon dont ces fonds sont utilisés”, explique une source de l'alliance G-10, qui est une coalition d’organisations féminines luttant pour les droits des femmes.
Cette source ajoute que “le 'Women Enterprise Fund' (Fonds d’entreprise des femmes) a souffert des allégations (selon lesquelles) les femmes nécessiteuses (ne pourraient pas) accéder au fonds. La même chose peut être dite des bourses d'études et de l'argent alloué à travers le 'Constituency Development Fund' (Fonds de développement des circonscriptions électorales – CDF); plusieurs audits de la caisse du CDF ont révélé une corruption massive”.
La corruption est un problème que le Kenya se bat à résoudre. En ce moment, 31 activistes de la société civile ont été placés en détention préventive dans une cellule à Nairobi, la capitale, après avoir été arrêtés le 18 juillet au cours d'une veille de longue haleine afin d’amener le ministre de l'Education à démissionner à cause des allégations de corruption massive.
Bien que la question de la transparence et de la responsabilité ne soit pas encore intégrée au processus de l'intégration des sexes, diverses tentatives pour améliorer le sort des femmes ont partiellement réussi. Alors que le Fonds d’entreprise des femmes a été accusé de ne pas atteindre toutes les femmes qui ont besoin d'argent, il a fait une différence dans la vie de beaucoup.
“La création du Fonds d'entreprise des femmes – pour permettre aux femmes d'accéder à la micro finance – a vu des femmes dans le secteur informel devenir économiquement autonomes”, explique Dr Wilfred Subbo, un professeur d'université du genre et développement à Nairobi.
“Ceci est important parce que la pauvreté est féminisée. Les hommes et les femmes vivent la pauvreté de façons très différentes. Des études ont montré qu'il y a plus de femmes vivant dans la pauvreté que d’hommes parce que plus de femmes sont analphabètes, limitant ainsi leurs chances d'exploiter des opportunités d'emploi qui peuvent leur offrir (une) vie décente”, ajoute-il.
Il estime qu’il fallait des structures pour vérifier l'argent pendant qu’il est dépensé, et non après, afin de s’attaquer immédiatement à toutes les incohérences financières.
“Comment pouvons-nous savoir avec certitude que les quatre millions de dollars actuellement alloués au Fonds d'entreprise des femmes atteindront les femmes économiquement marginalisées auxquelles ils sont destinés?”, demande-t-il.
Le budget national est une occasion pour le gouvernement de montrer son engagement à accroître et dépenser les ressources.
“Une réponse de budgétisation sensible au genre ne signifie pas que le trésor développe deux budgets, un pour les femmes, et l'autre pour les hommes. Cela signifie que le gouvernement affiche une prise de conscience du fait que certains problèmes sont (particuliers) aux hommes et d'autres aux femmes”, souligne Nyachae.
Elle ajoute en outre que “les femmes sont confrontées à de graves problèmes de santé de la reproduction qui peuvent les rendre infirmes. Le budget devrait refléter ces défis comme il l'a fait en allouant des fonds pour faire face à ces problèmes”.

