ILE MAURICE: Le vote d’une résolution de l’ONU sur l’homosexualité fait débat

PORT-LOUIS, 6 août (IPS) – Le récent vote de l’Ile Maurice aux Nations Unies pour les droits des personnes homosexuelles et l’implication de cette mesure sur le plan local, a été au centre de la 'Private Notice' question posée par le leader de l'opposition au 'leader of the House' à l'Assemblée nationale mauricienne.

Pendant ce temps, les chefs religieux du pays sont montés au créneau pour s’opposer à une reconnaissance formelle des personnes aux orientations sexuelles différentes. Sur le plan politique, le sujet, jugé très délicat, a été traité, avec timidité. Les échanges entre Paul Bérenger, le leader de l’opposition et Navin Ramgoolam, le Premier ministre, n’ont duré qu’une quinzaine de minutes, soit la moitié du temps généralement consacré à cette question. Quant aux autres parlementaires, ils ont assisté aux échanges en simples spectateurs, sans jamais se mouiller. Le Premier ministre a d’emblée justifié la décision de l’Etat mauricien d’adopter la résolution du Comité des droits humains des Nations Unies en ces termes: “Maurice a toujours adhéré au principe d’universalité des droits humains”, a déclaré Ramgoolam. Pour Bérenger, le gouvernement a agi de façon précipitée. Le leader de l’opposition estime que Maurice aurait au préalable dû définir sa position sur la question de la sodomie et du mariage homosexuel avant d’aller voter cette résolution. Finalement, il a été décidé qu’un comité d’élite parlementaire serait institué pour étudier la question en profondeur. “Le pays est en train de camoufler la réalité et se dirige vers la légalisation de l’homosexualité”, pense Cehl Meeah, leader du Front solidarité mauricien. Le député de la circonscription Port-Louis Est/Port-Louis Maritime a déploré que le gouvernement n’ait pas consulté la population avant d’adopter une telle prise de position, d’autant plus que celle-ci ne figure pas dans le programme gouvernemental de l’alliance au pouvoir.

Réagissant à ces échanges parlementaires, Nathalie Ahnee, la présidente du Collectif Arc-en-Ciel, organisation qui milite pour les droits des personnes ayant une orientation sexuelle différente, se dit satisfaite que «le Premier ministre se soit attaché à mettre en avant le respect des droits de l’Homme». Toutefois, elle déplore que le leader de l’opposition ait «ramené le débat sur le terrain de la sensibilité religieuse». Une prise de position qui a effectivement permis aux organisations religieuses de monter au créneau. Malauna Abdool Haroon, un des chefs religieux musulmans influent dans le pays, s’est prononcé contre la légalisation de cette orientation sexuelle. Il l’a indiqué à la presse et a même appelé à un front commun religieux contre l’homosexualité. L’Eglise catholique a, par la voix de son vicaire général, Jean Maurice Labour, estimé que les homosexuels ont le droit de vivre, mais qu’il ne faut pas amender les lois pour les reconnaître. «L’homosexualité est et restera toujours une souffrance car elle est un dysfonctionnement hormonal, physiologique, psychologique, et je dirai même aujourd’hui, culturel. Il est totalement inacceptable qu’au nom de la lutte contre l’homophobie, certains, à l’instar de la section mauricienne d’Amnesty International, peut-être avec le collectif Arc-en-Ciel, se constituent en promoteur de l’homosexualité comme situation souhaitable, normale», a-t-il déclaré. Il a affirmé qu’il n’était pas “homophobe”, ajoutant: “Mais ne me demandez pas d’être homophile!” Ahnee a lancé un appel aux chefs religieux pour qu’ils ne fassent pas de discrimination à l’égard de personnes ayant une orientation sexuelle différente. Elle a rappelé que la Déclaration universelle des droits de l’Homme affirme que tous les hommes sont nés libres et égaux en droit. Des points de vue somme toute irréconciliables. Pour une simple résolution, ce débat n’avait pas sa raison d’être, et il ne fera assurément pas avancer la question des droits des personnes homosexuelles à Maurice, estiment certains observateurs. *(Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).