BAKOUBLY, Côte d’Ivoire, 1 août (IPS) – Jean-Baptiste Bio, un ancien réfugié de 49 ans, a reçu du Programme alimentaire mondial, le 28 juillet, la ration alimentaire mensuelle pour sa famille de cinq membres à Bakoubly, un village à la frontière entre la Côte d’ivoire et le Libéria.
Cette ration comprend 31 kilogrammes de riz, 3,750 kg de haricot et 2,250 litres d’huile. “C’est un énorme soulagement parce que nous ne nous nourrissions, en forêt, qu’avec des melons et d’autres fruits”, révèle Bio à IPS. Depuis trois semaines, Bio fait partie d’une centaine de familles qui sont retournées dans leur village de Bakoubly. Réfugiés à Tiantown, une bourgade du Libéria, ils avaient fui les combats entre les forces pro-Gbagbo et pro-Ouattara à la fin du mois de mars 2011, pendant la crise postélectorale. “A notre retour, nous avons constaté qu’il ne restait plus rien de nos biens et notre vie est à refaire”, raconte Bio, retrouvant sa maison incendiée et sans toit, comme toutes les autres dans ce village de 200 habitants, devenu un champ de ruine, a constaté IPS. “Pour le moment, nous avons des tentes, mais il nous manque de l’eau potable et des médicaments”, dit-il. Un cousin de Bio, Francis Zéadé, 37 ans, a constaté que ses deux greniers de riz ont été totalement détruits alors qu’il a manqué cette année la saison des cultures. “Nous savons que les prochains mois seront pénibles. L’aide des humanitaires ne suffira pas et il faut aller au champ pour compenser ce qui va manquer”, souligne-t-il. “Nous espérons que la guerre est désormais passée et qu’il est possible de retrouver nos plantations. Nous sommes de retour pour reprendre nos activités. Mais, il y a aussi de nombreuses familles de l’autre côté de la frontière avec le Libéria qui attendent des moyens de transport pour revenir”, affirme Zéadé. Depuis le début de la crise postélectorale en décembre 2010, ce sont plus de 90.000 réfugiés venus de Côte d’Ivoire qui ont traversé la frontière avec le Liberia, selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Toutefois, depuis la mi-juillet, les agences humanitaires s’organisent pour assurer un retour des réfugiés et des déplacés dans leurs localités d’origine. A ce jour, ils sont quelque 21.300 réfugiés à être rentrés au pays, indique le HCR.
Mais, contrairement aux réfugiés qui ont regagné leurs villages, Valentine Guézon, 34 ans, fait partie des 27.503 déplacés de la Mission catholique de Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, qui hésitent à retourner chez elle. “Retourner, mais où?”, demande-t-elle avec son fils de trois ans sur ses jambes. “J’ai tout perdu et mon mari a été exécuté juste à l’entrée du camp pendant que nous cherchions un refuge. Maintenant, chaque fois que je me retrouve hors du site pour faire des courses, la présence d’hommes en armes m’effraie”, raconte Guézon à IPS. Selon les responsables des déplacés de la Mission catholique, nombre d’entre eux sont notamment traumatisés par la présence, dans les villages, des chasseurs traditionnels appelés “dozos”. Ces chasseurs sont accusés par des organisations de défense des droits de l’Homme de “tueries et exécutions sommaires” dans l’ouest du pays au cours de l’avancée des forces pro-Ouattara, fin mars et début avril 2011. “C’est un phénomène inquiétant parce que ces dozos… hypothèquent le retour des déplacés, qui n’ont pas accès à leurs villages et à leurs plantations”, fustige Alexis Kango, coordonnateur des déplacés de la Mission catholique. “Nous pensons qu’il faut leur définir un statut. Soit ils sont désarmés, soit ils sont encasernés, s’ils sont considérés comme une armée. Il faut que ce problème soit réglé pour que la paix revienne dans la région”, soutient Kango. Mais, les chasseurs estiment que leur présence est nécessaire. “Nous menons un travail de sécurisation des populations et cela est rassurant. Nous effectuons aussi des tournées pour sensibiliser ceux qui sont cachés en brousse à regagner leurs maisons”, soutient Issa Porgo, du Contrôle national des dozos de Côte d’Ivoire, section Duékoué. “L’opération porte ses fruits car certains rentrent sans être inquiétés”, affirme-t-il, rejetant les accusations de crimes portées contre les dozos. En attendant le rétablissement de la confiance entre les populations et le retour des déplacés, le HCR a établi à Nahibly (quatre kilomètres au nord de Duékoué), un nouveau site d’accueil de déplacés devant recevoir 8.000 personnes. “Il y a encore d’énormes défis à relever pour assurer le retour des déplacés, dont la reconstruction des maisons détruites. Mais, il faut surtout résoudre la question primordiale de la sécurité”, souligne à IPS, Guy René Dagbo, un agent de protection au HCR.

