KAMPALA, 29 juil (IPS) – Dans des pharmacies en plein cœur de Kampala, la capitale de l’Ouganda, des hommes et femmes font la queue pour acheter les médicaments qui doivent être normalement prescrits, comme le Coartem, un médicament utilisé pour traiter le paludisme.
Edna Nakyanzi avait des symptômes du paludisme, alors elle a acheté le médicament antipaludique, Fansidar, sans ordonnance. Selon Dr Emmanuel Semugabi de 'Hope Clinic' (Clinique de l'espérance), le Fansidar ne doit être prescrit aux patients qu’après l’échec du traitement de première ligne avec le Coartem.
Mais Nakyanzi a dit qu'elle préfère ce médicament parce qu'elle doit en prendre des doses plus faibles. “Je prends seulement trois comprimés de Fansidar et me couche puis le lendemain, je suis bien. Mais avec le Coartem, vous devez avaler plusieurs comprimés et je déteste cela”, a-t-elle déclaré.
Mais l'histoire de Nakyanzi est courante. En Ouganda, les malades peuvent facilement acheter sans ordonnance des médicaments qui doivent être normalement prescrits puisque le gouvernement fait preuve de laxisme pour arrêter cette pratique illégale. Aux termes de la Loi de 1970 sur les pharmacies et les médicaments, la vente sans ordonnance de médicaments qui doivent être prescrits, est interdite. Ceux qui le font pourraient perdre leur licence et pourraient également être confrontés à une peine d'emprisonnement. Bien que les inspecteurs de la 'National Drug Authority' (Autorité nationale de contrôle des médicaments) soient mandatés pour réglementer cela, ils n'ont jamais été efficaces.
Et davantage de personnes font recours à l'automédication pour se soigner du paludisme et d'autres maux, soit pour économiser de l'argent qu'ils auront à dépenser sur des honoraires coûteux des médecins, ou parce que certaines régions ne disposent pas d’agents de santé.
Thelma, une autre défenseuse de l'automédication, a confié à IPS qu'elle regrette d’avoir dépensé l'équivalent de 10 dollars dans les frais de consultation quand elle était malade récemment, parce que les médecins étaient incapables de bien diagnostiquer ce dont elle souffrait.
“Ils m'ont dit que je souffrais de fatigue à cause d’un excès de travail et m'ont conseillé de me reposer en me donnant quelques calmants. Imaginez, j'ai passé là-bas près de deux heures après une journée au travail”, a indiqué Thelma. La 'Uganda Medical Association' (L’Association des médecins de l’Ouganda) avertit que cette banale automédication non réglementée est responsable de l’augmentation de la résistance aux médicaments dans le pays.
“Certains médicaments, comme les antibiotiques, sont (achetés) sans ordonnance et abusivement utilisés, ce qui provoque de graves problèmes. Vraiment, ces lacunes devraient être corrigées”, a déclaré Dr Margaret Mungherera, présidente de l'Association des médecins de l’Ouganda et un membre de 'Medical Council' (l’Ordre des médecins).
Dans plusieurs cas, les malades utilisent de fortes combinaisons de médicaments pour de simples maladies, parfois les médicaments sont pris à des doses inappropriées et des fois, de faux médicaments sont utilisés.
Dr Peter Langi, de l'unité de lutte contre le paludisme à 'Mulago National Referral hospital' (Hôpital national de référence de Mulago), a affirmé que l'automédication est l’une des raisons pour lesquelles la lutte contre le paludisme n'a pas réussi.
“Quand les gens font de l'automédication, ils n’arrivent pas à prendre les doses appropriées dont ils ont besoin pour guérir le paludisme, ce qui amène certains à développer une résistance aux médicaments et par conséquent (entraîne) leur mort en fin de compte”, a déclaré Langi.
Un rapport du ministère de la Santé indique que dans certains districts, la résistance au traitement du paludisme dépasse 60 pour cent. Toutefois, la moyenne nationale de résistance au traitement du paludisme est de 11,7 pour cent.
Aggrey Mubaale a dit qu'il fait souvent des crises de paludisme, mais avale plusieurs doses de comprimés antipaludiques sans consulter un médecin.
“Quand j'étais encore étudiant, je transportais des comprimés antipaludiques juste en cas [de crise] et je continue de le faire, même après avoir quitté l'école. Cela (prendre des comprimés antipaludiques) est devenu une habitude pour moi”, a déclaré Mubaale.
Mungherera a indiqué que son association collabore désormais avec le 'Pharmaceutical Society of Uganda' (Ordre des pharmaciens de l’Ouganda), l'Autorité nationale de contrôle des médicaments et l'Association des infirmières et sages-femmes pour s’attaquer à ce problème croissant. Ils comptent inspecter les pharmacies pour détecter celles qui vendent sans ordonnance des médicaments qui doivent être prescrits. Ceux qui seront surpris en train de le faire se verront retirer leurs licences, ou pourraient être arrêtés.
“La majorité des gens qui vendent des médicaments (dans) la plupart des pharmacies ne sont pas formés et n’insistent pas pour avoir l’ordonnance. En effet, certains ne peuvent même pas lire ou comprendre les documents”, a déclaré Mungherera.
Mais cela ne signifie pas que toutes les pharmacies en Ouganda vendent sans ordonnance des médicaments qui doivent être prescrits. John Mukama, un vendeur de médicaments dans une pharmacie à Kampala, insiste qu'ils ne vendent pas aux gens, sans l’ordonnance d'un médecin, les médicaments qui doivent être prescrits.

