SOUDAN DU SUD: Les femmes espèrent que l’indépendance signifie moins de décès maternels

JUBA, 18 juil (IPS) – Jessicah Foni, 36 ans, une mère de huit enfants, espère que l'indépendance du Soudan du SUD signifie qu’un hôpital sera bientôt construit dans son village.

Foni, qui a quitté un village reculé du Soudan du Sud pour se rendre à Juba, la capitale de l'Etat, afin de fêter l'indépendance, a perdu deux bébés à la naissance à cause d’un manque de centres médicaux dans sa région.

“Je viens d'un village très reculé qui est loin de tout centre médical. J'ai perdu deux enfants à cause de problèmes liés à l’accouchement. Notre nouveau gouvernement devrait construire des hôpitaux proches de nous pour que nous puissions accéder aux médicaments”, a-t-elle déclaré.

Le Soudan du Sud présente l'un des taux les plus élevés de mortalité maternelle et infantile au monde. Sur 100.000 naissances vivantes, 2.054 femmes meurent.

Dr Abdinasir Abubakar, le médecin responsable du bureau de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au Soudan du Sud, a dit que les conditions de vie difficiles et défavorables, couplées avec un accès très limité aux services de santé de base, contribue au mauvais état de santé de la population. Selon l'Enquête sur la santé des ménages au Soudan et le Rapport de 2008 sur la situation des enfants dans le monde publié par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, sur 1.000 naissances vivantes dans les institutions sanitaires, 102 nourrissons meurent.

Il a été également constaté que seulement 48 pour cent des femmes soudanaises visitent les centres médicaux pendant la grossesse, alors que seulement 13 pour cent accouchent dans les hôpitaux, sont assistées par des agents qualifiés qui ne constituent que 10 pour cent du personnel médical.

Grâce Joan, 26 ans, mère de cinq enfants, affirme qu'elle n'a jamais accouché à l'hôpital.

“Lorsque le moment arrive, j'appelle simplement une voisine qui m’aide à accoucher de mes enfants. Mais je suis heureuse que nous ayons notre liberté, qui permettra au gouvernement de fournir des installations sanitaires à tout le monde afin que les femmes et les enfants ne meurent pas de maladies évitables”, a-t-elle souligné.

Abubakar indique que seulement 25 pour cent des Sud-Soudanais ont accès aux centres médicaux, faisant qu’il est difficile de fournir des services à la population.

“Les maladies infectieuses évitables comme le paludisme, la pneumonie supposée et la diarrhée représentent la majorité des diagnostics indiqués dans les installations sanitaires pour tous les groupes de santé combinés. Les maladies infectieuses évitables et la malnutrition sont les causes les plus fréquentes de morbidité et de mortalité des enfants de moins de cinq ans”, a-t-il expliqué.

Mais après que le Soudan du Sud a fêté son indépendance le 9 juillet, les experts et les décideurs politiques conviennent tous que des mesures urgentes doivent être prises pour améliorer le secteur de la santé dans le pays.

Dr Olivia Lomoro, sous-secrétaire du ministère de la Santé, affirme que le gouvernement est conscient de la situation et a mis en place des systèmes pour résoudre le problème.

“Au cours des cinq dernières années, depuis l'Accord de paix global, le gouvernement a repris le paiement des salaires à tous les travailleurs dans le secteur de la santé. Le gouvernement achète et distribue également tous les médicaments essentiels à tous les centres médicaux. Nous avions organisé notre tout premier symposium sur la santé le mois dernier afin de discuter des moyens d'améliorer le secteur de la santé”, déclare-t-elle.

Robert Kimani, qui possède une petite pharmacie à Juba, dit que la vie est très chère dans la ville et que les habitants préfèrent acheter de la nourriture que des médicaments – même s'ils sont malades.

Dr Meshack Adan, qui travaille à l'Hôpital de référence de Juba, le plus grand et le seul hôpital de référence du pays, a estimé que le gouvernement devrait encourager les gens à utiliser les services médicaux. “Où sont les 75 pour cent de notre population qui ne bénéficient pas de services médicaux?”, a-t-il demandé.

Lomoro a déclaré que le gouvernement, en collaboration avec l'OMS, a élaboré un Cadre national de santé sur cinq ans, qui engage l’engage à améliorer la situation sanitaire dans le pays. Ce cadre de politique permettra au gouvernement de s’attaquer au manque aigu de personnel en formant le personnel de santé pour améliorer les services.

Abubakar a indiqué que 10 pour cent des besoins en personnel sont satisfaits par des agents de santé qualifiés et qu’il y a un besoin urgent de former, entre autres, des médecins, des cliniciens, et des sages-femmes, afin d'offrir les meilleurs services à la population.

Il a appelé le gouvernement à reconstruire les centres médicaux délabrés dans le pays et à améliorer les infrastructures afin que le personnel médical puisse répondre aux urgences.