SANTE-MALI: La communauté peut aider aussi à soigner la tuberculose

BAMAKO, 19 juil (IPS) – La tuberculose reste une cause importante de mortalité Mali malgré la gratuité de son traitement. La recrudescence de la maladie, liée à la pauvreté et à l’infection au VIH, pourrait être réduite grâce à certains comportements communautaires, affirment des médecins.

«Je connaissais des gens qui sont morts de tuberculose. Et même dans ce marché, un vendeur d’ustensiles de cuisine en a été victime l’année dernière. Il n’est pas allé dans un centre de santé à temps pour se faire soigner. Il était trop tard lorsqu’on a découvert de quoi il souffrait», raconte à IPS Ramata Guindo, vendeuse de légumes au marché de Lafiabougou, à Bamako la capitale malienne. Grouillant de monde, ce marché fait de hangars en bois mal entretenus, traduit bien la promiscuité favorable aux maladies contagieuses comme la tuberculose. Entre les étals des marchands, des passants piétinent un sol boueux entremêlé de crachats. «Si vous ne faites pas attention, vous risquez de prendre, sur le visage, le crachat de quelqu’un car ici, les gens sont habitués à cracher n’importe où, même dans les lieux publics», souligne Guindo. Dr Faran Sissoko, pneumologue à la Clinique Pape de Bamako, explique à IPS que ce type de comportements communautaires est important dans la prévalence de la tuberculose qui reste un problème de santé publique dans les pays en développement à cause de sa haute contagiosité. Des campagnes de sensibilisation peuvent aider à corriger ou à éliminer les mauvais comportements susceptibles de propager le bacille vecteur de la maladie. «Si une personne atteinte de la tuberculose n’est pas soignée au bout d’un mois, elle peut contaminer dix autres personnes. C’est pourquoi dans la lutte contre la tuberculose, il n’y a pas que le malade et le médecin qui comptent. Il y a la communauté qu’il faut sensibiliser. Et pour cela, une forte volonté politique est nécessaire afin de renforcer les programmes nationaux de lutte contre la tuberculose», indique Sissoko. Le Mali s’est engagé dans cette voie, et les autorités sanitaires du pays peuvent poursuivre la sensibilisation des populations pour prévenir la tuberculose grâce à un nouveau financement accordé en juin 2011 à ce pays par le Fonds mondial pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme pour la période 2011-2012. En décembre 2010, les subventions du fonds avaient été suspendues pour détournement des financements précédents.

«La tuberculose continue d’être une cause importante de mortalité au Mali. Selon les estimations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) en 2009-2010, le taux de prévalence de cette maladie au Mali est 142 pour 1.000 habitants», ajoute Dr Sissoko. Quelque 6.840 cas de tuberculose, toutes formes confondues, ont été notifiés en 2009 au Mali, dont 5.163 cas de tuberculose pulmonaire hautement contagieux, selon les autorités médicales. La tuberculose semble résister au vaccin antituberculeux qui est administré aux enfants à la naissance. «Les cas de tuberculose que nous enregistrons sont nombreux et concernent toutes les catégories d’âge. Les spécialistes expliquent ce retour de la tuberculose par le VIH et la précarité dans laquelle les gens vivent», affirme Boubacar Diarra, infirmier dans la commune V du district de Bamako. Même si le diagnostic de la tuberculose peut nécessiter des moyens techniques sophistiqués et très coûteux, les pays en développement ont à leur portée des outils simples pour dépister la maladie. Au Mali, les centres de santé communautaires, qui existent jusque dans les zones rurales, font des analyses bactériologiques. «Pour diagnostiquer la tuberculose, on fait l’examen bactériologique du crachat du patient. Si le malade est déclaré atteint de tuberculose, il est soigné gratuitement pendant six mois», explique Diarra à IPS.

Malgré sa capacité de résistance au traitement, l’espoir de vaincre totalement la tuberculose réside dans le fait que c’est une maladie dont on peut guérir. Salif Traoré, un commerçant vivant à Bamako, déclare que la tuberculose n’est pas une fatalité. «Puisque j’entendais à la radio ou à la télévision que lorsqu’une toux dépasse 15 jours, on doit aller faire le dépistage de la tuberculose, je n’ai pas hésité à le faire. Je pense que je dois beaucoup aux messages de sensibilisation», confie-t-il à IPS. Il a été contrôlé positif et traité pendant six mois avant d’être rétabli. Dans l’imaginaire populaire au Mali, la tuberculose est une affreuse maladie qui n’est pas guérissable. Ainsi, les personnes atteintes de la maladie se sentent rejetées par les autres. «Cela fait mal lorsqu’on constate que les gens sont gênés de vous approcher. Même après ma guérison, j’ai remarqué que des gens avaient encore peur de me serrer la main», affirme Traoré.

Entre-temps, les campagnes de sensibilisation, qui entrent dans le cadre du programme national de lutte contre la tuberculose, avaient été un peu menacées à cause de la suspension des financements du Fonds mondial. La justice malienne enquête actuellement sur un scandale de corruption et de détournement au sujet de l’utilisation des financements précédents.

Dans le cadre de cette affaire, 14 personnes ont été arrêtées sur les 25 qui ont été inculpées dont l’ancien ministre de la Santé, Oumar Ibrahim Touré, accusé d’être impliqué dans des malversations pendant la passation de marchés publics liés aux subventions du Fonds mondial pour la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.