DROITS-RD CONGO: Le cri d’appel des albinos

KINSHASA, 25 juin (IPS) – Les albinos de la République démocratique du Congo (RDC) appellent le gouvernement de leur pays à les assister et à les protéger contre les diverses agressions et stigmatisations dont ils sont souvent victimes dans la société congolaise.

Accompagné de plusieurs des membres de la Fondation Mwimba Texas (FMT), son coordonnateur, Alphonse Texas Mwimba, a déposé, le 18 juin 2011, une pétition au parlement congolais, demandant l’adoption rapide d’une loi protégeant les albinos et la prise de mesures d’urgence pour leur socialisation.

«La sensibilité de notre peau, les effets insupportables des rayons solaires sur notre vision, l’exigence d’appliquer des produits spécifiques, qui coûtent cher, le rejet dont nous sommes objets dans la société et les accusations de sorcellerie – qui nous accablent – obligent l’Etat à nous protéger», affirme Mwimba, albinos et catcheur vivant à Kinshasa, la capitale de la RDC.

Kanda Bangabyayo, médecin dermatologue aux Cliniques universitaires de Kinshasa explique à IPS: «Les albinos se caractérisent par une affection due à une non-pigmentation de la peau, des poils et des cheveux à cause de l'absence de mélanine. Raison pour laquelle leur peau nécessite des soins particuliers et appropriés. Bien souvent, c’est une maladie génétique». Selon Ernest Myanga, un thérapeute masseur à Kinshasa, «les albinos ont souvent une vision déficiente et sont souvent victimes de cancers de la peau s'ils ne sont pas protégés du soleil et contre les intempéries. Leur peau supporte difficilement le massage ordinaire à cause de sa fragilité. Il est facile de la voir striée pendant même que vous la massez avec la plus grande douceur».

«Le gouvernement a plus que jamais l’obligation de nous protéger à travers une loi portant mesures particulières et protection des albinos. Il pourrait initier un projet et le faire voter par le parlement», estime Mwimba, dont la fondation FMT, composée de 450 membres, est engagée pour la défense des droits des albinos en RDC. «Moi, je sais bien me défendre et me faire désormais accepter par mon savoir-faire et l’argent que j’ai gagné dans mon commerce. Mais, la plupart des albinos dont les plus jeunes, souffrent du rejet et de la stigmatisation, notamment dans des écoles et d’autres milieux d’affluence populaire», indique John Kasuku, un albinos biologiste et chimiste vivant à Kisangani, dans le nord-est de la RDC.

Kasuku déclare à IIPS: «Il était difficile d’avoir des amis qui acceptaient de s’asseoir sur le même banc que moi à l’école. Même à l’église, les gens avaient tendance à éviter le banc sur lequel j’étais assis. Heureusement que les professeurs punissaient ceux qui se moquaient de moi. Mais, j’ai cessé de fréquenter l’église depuis que j’avais 14 ans à cause de ce rejet».

Pascal Kajangu, enseignant à l’école primaire Tuendeleye de Bukavu, dans l’est du Congo, affirme, pour sa part: «Il y a une ancienne pratique de rejet des albinos en RDC. Lorsqu’un albinos passe à côté de quelqu’un, ce dernier ouvre les boutons de sa chemise et crache dedans en murmurant un vœu pour que sa maman et sa sœur n’accouchent pas un jour d’un albinos».

Selon Kajangu, «c’est parce que les albinos sont à tort considérés des fois comme des personnes qui détiennent un pouvoir magique souvent maléfique, qu’au lieu de mourir, ils disparaissent dans la nature…» Et il ajoute: «Voilà qui nécessite une implication particulière de l’autorité dans leur protection. Il s’agit tout de même des pratiques qui durent depuis longtemps et que nous ne voulons plus voir continuer».

L’intolérance à l’égard des albinos atteint parfois des attaques physiques. Macumu Cimanuka, albinos et pasteur d’une église protestante de Fizi, dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, a déclaré à IPS que «les attaques contre les albinos pour des prétendus pouvoirs magiques sont devenues légion. Tout récemment à Mbuji Maji, un albinos a été tué et son corps a été retrouvé mutilé amputé de certaines parties». Cimanuka affirme avoir «été victime d’agression à son domicile en février 2011 de la part d’un groupe d’individus qui lui demandaient d’autoriser qu’ils rachètent la tombe d’une de ses sœurs albinos décédée depuis plus de dix ans et enterrée dans sa parcelle».

Aubin Kayilo, un agent du ministère des Affaires sociales, humanitaires et de la Solidarité nationale, a indiqué à IPS que le gouvernement a lancé depuis plus de cinq ans des actions de sensibilisation des albinos sur l’acceptation de leur condition, et des non-albinos sur le changement de comportement en faveur des albinos, pour leur assistance et la promotion de leurs droits.

Selon Kayilo, «les rapports officiels indiquent que plus de 1.200 enfants albinos ont déjà été bénéficiaires de différentes actions gouvernementales dont des aides matérielles».

Dans un document de plaidoyer en faveur des écoliers albinos dont copie est parvenue à IPS, la FTM recommande «aux enseignants de veiller à toujours les mettre aux premiers bancs (en classe) pour leur permettre d’avoir une vision plus claire au tableau noir».