SANTE-KENYA: Un appel téléphonique pourrait fournir un traitement anti-SIDA

NAIROBI, 24 juin (IPS) – Bientôt causer avec ses amis ou sa famille par téléphone cellulaire pourrait signifier qu'une personne séropositive au Kenya recevra un traitement anti-rétroviral (TAR) durable qui pourrait prolonger sa vie.

La société civile tente actuellement de trouver des moyens durables pour fournir des médicaments aux Kényans séropositifs sans être obligée de compter sur le financement des donateurs. Actuellement, plus de 90 pour cent de l'argent utilisé pour fournir le TAR aux Kényans provient du fonds des donateurs.

Certaines des propositions que la société civile a introduites au parlement pour être débattues en plénière comprennent l’imposition d’une taxe 'négligeable' sur tous les appels émis à partir d'un téléphone cellulaire, l'introduction d'une taxe similaire sur les personnes de la diaspora, et le retrait de tous les Kényans ayant une couverture d'assurance des projets de médication gratuite parce que leur assurance peut facilement payer leurs factures médicales.

“Si la proposition a la faveur des législateurs, alors les fonds recueillis à partir de ces taxes augmenteront le nombre de Kényans vivant avec le VIH/SIDA qui ont besoin d'être placés sous la thérapie anti-rétrovirale, et renforcera le traitement au cas où les donateurs retireront ou réduiront le financement”, a expliqué James Kamau de l'organisation non gouvernementale, 'Kenya Treatment Access Movement' (Mouvement pour un accès au traitement au Kenya). L'ONG plaide pour un accès universel au traitement, aux soins et au soutien pour toutes les personnes vivant avec le VIH au Kenya.

Kamau, qui est séropositif, sait combien il est important de s'assurer que le TAR est durable. “J'ai découvert que j'étais séropositif il y a 24 ans. Et puisque j'ai eu la chance d'accéder à la thérapie anti-rétrovirale en temps opportun, je suis encore vivant et travaille comme tout Kényan. Toutefois, ma vie ne peut être soutenue davantage que si je continue de prendre les médicaments”, a-t-il indiqué.

Il y a deux ans, l'administration Obama envisageait de réduire son financement au Plan d'urgence du président américain pour la lutte contre le SIDA (PEPFAR). Le PEPFAR, qui est la principale composante du programme de l’Initiative mondiale du président américain pour la santé, finance exclusivement tous les programmes de gestion du VIH pédiatrique et de Prévention de la transmission de la mère à l'enfant au Kenya. Cela a amené la société civile à rechercher d'autres moyens pour financer les programmes.

Au Kenya, environ 1,4 million de personnes vivent avec le VIH, dont 760.000 ont un SIDA avéré. Mais, seulement 343.000 Kényans ont accès aux médicaments salvateurs.

Selon Dr Nicholus Muraguri, le directeur du Programme national de lutte contre le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (NASCOP), 90 pour cent des programmes anti-VIH/SIDA au Kenya sont financés par des donateurs. “C’est dommage que nous dépendions entièrement de la communauté des donateurs pour financer ces programmes importants”.

Toutefois, Muraguri a souligné que dans certains cas, la communauté des donateurs est politiquement motivée, ce qui signifie qu'il y a une possibilité d'être bloqués sans préavis. “En plus de cela, les pays riches prioriseront toujours leurs défis locaux avant d'envisager d’appuyer les agences des donateurs”, a-t-il déclaré.

Il y a deux mois, le gouvernement japonais, un grand soutien au Fonds mondial pour la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose, a annoncé son intention de réduire sa contribution au fonds, afin de dépenser les ressources sur la reconstruction du pays après les récents tsunami et tremblement de terre.

“Nous soutenons totalement la société civile dans la campagne en faveur d’un financement national pour le traitement du VIH/SIDA à travers des taxes supplémentaires parce que le gouvernement n'a pas été en mesure de d’appuyer (les programmes anti-VIH/SIDA) par le budget national”, a confié Muraguri.

Selon Kamau, la société civile est en train de cibler les utilisateurs de téléphones cellulaires parce que presque tous les autres secteurs sont déjà surtaxés. “Ce que nous demandons, c'est un prélèvement de 10 cents kényans pour tous les appels téléphoniques émis à partir du pays. Et si ce montant est bien géré, plusieurs vies seront sauvées”, a-t-il expliqué. Le Zimbabwe était l'un des premiers pays en Afrique à développer une politique nationale globale anti-SIDA en introduisant une taxe SIDA à travers une loi adoptée au parlement. Grâce à ce système, tous les revenus mensuels imposables sont frappés de taxe, et le fonds va directement aider les personnes vivant avec le VIH à accéder au traitement.

Dans un programme similaire, UNITAID – un mécanisme international d'achat de médicaments contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose dans les pays en développement – a réussi à réunir près de deux milliards de dollars depuis 2006 à travers des taxes sur les billets d'avion dans 15 pays, selon un communiqué de l'organisation.

Cependant, il faut faire davantage afin de s'assurer que quelque soit l'argent réuni, il sera bien dépensé. Le Kenya figure parmi 10 autres pays où des enquêtes sont en cours sur l'utilisation abusive de l'argent destiné à la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose, donné par le Fonds mondial.