AFRIQUE: La coopération Sud-Sud devrait se focaliser sur le développement

JOHANNESBURG, 25 juin (IPS) – Les Etats africains devraient veiller à ne pas perdre de vue leurs propres plans de développement lorsqu’ils concluent des accords avec des Etats hors du continent, en dépit des avantages positifs apparents.

Elizabeth Sidiropoulos, directrice de l'Institut sud-africain des affaires internationales (SAIA), affirme que le concept de coopération Sud-Sud (entre pays en développement, contrairement aux relations entre le monde développé et le tiers-monde) existe depuis longtemps, mais que la “croissance phénoménale” de la Chine et de l'Inde, dans les dernières années, lui a donné plus de poids.

“La croissance de ces deux Etats a également suscité l'intérêt pour les instruments qu'ils ont utilisés, de la part des Etats qui luttent pour atteindre ces niveaux”. Le SAIA, un groupe de réflexion rattaché à l'Université de Witwatersrand, à Johannesburg, en Afrique du Sud, a tenu une conférence sur les relations entre l'Inde, l'Afrique du Sud et l’Afrique, du 9 au 10 juin.

Sidiropoulos indique que des défis similaires en Afrique et en Inde, liés à l'environnement réglementaire et à la pauvreté, “favorisent plus d'échanges significatifs dans les relations Sud-Sud”. Mais elle met en garde contre des gains pour une seule partie, tout en soulignant que la coopération entre l'Inde et l'Afrique pourrait entraîner des avantages pour les deux parties.

“Les pays en développement doivent jouer leur propre rôle. Il y a plein d'instruments disponibles pour stimuler la croissance économique, l'aide n’étant qu’un exemple. L'Afrique est dans un besoin d'infrastructures et de renforcement des compétences. L'accès au marché demeure un problème. Et dans le fond, figure toujours la question de bénéficier de ce que vous vendez au monde développé”.

Sidiropolous souligne que l'impact direct de l'accroissement des échanges commerciaux entre Etats en développement est toujours difficile à déterminer. “Mais le fait est qu'il a créé de nouveaux acteurs sur la scène du commerce mondial. L'Afrique a un pouvoir de négociation plus grand; elle a accès à la formation, au renforcement des compétences et plus dans les négociations commerciales – non seulement dans le commerce Sud-Sud, mais aussi dans les échanges commerciaux avec le premier monde.

“Les investisseurs étrangers investissent en Afrique. Cependant, la clé, c’est la coopération au développement entre les partenaires et les Etats africains. L'aide doit être plus efficace et cela vous donnera une coopération Sud-Sud, plutôt que le commerce Sud-Sud.” L'Inde a montré sa volonté d'aider le continent en étant impliquée dans des initiatives africaines telles que le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

New Delhi aide également l'Afrique à combler la fracture numérique et elle investit massivement dans la mise à disposition d'un système d’e-médecine sur le continent, avec des consultations en ligne, soutenu par le gouvernement indien. Ajouté à cela, le fonds Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBSA) qui rend l'argent disponible pour de petits projets novateurs, tels qu’un projet d'élimination des déchets en Guinée-Bissau, un petit pays d’Afrique de l’ouest.

“Toutefois, l'impact de tous ces efforts ne peut être évalués qu’une fois que les projets ont été mis en œuvre sur une période plus longue”, prévient Sidiropolous.

Pour que la coopération marche, l'Afrique devrait cependant s'assurer que les accords de coopération prennent en compte les plans existants des Etats.

Des organisations régionales, comme la Communauté économique des Etats d'Afrique de l’ouest (CEDEAO) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), devraient être impliquées dans des accords. Des efforts devraient être faits pour regrouper les coordonnateurs afin de réduire les coûts de transaction. Une surveillance et une transparence minutieuses des accords de coopération sont également importantes.

“La coopération Sud-Sud ne signifie pas la fin de la coopération Nord-Sud, mais les Etats africains veulent leur mot dans les affaires mondiales qui les concernent”, ajoute Sidiropolous. Une définition de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide, est qu'elle est “le consensus de la communauté internationale sur la direction à suivre pour réformer la fourniture de l'aide”.

L'Afrique n’est pas d’accord avec cette définition puisque la plupart des Etats insistent que cette déclaration a été faite sans assez de consultation. “Toutefois, il est important que lorsque le Sud s’écarte de tels accords, qu’il ne jette pas le bébé avec l'eau du bain. Il y a quelques grands progrès qui se font et ils devraient faire partie des nouveaux accords.

“Ce qui est important est que les priorités restent les priorités et que les Objectifs du millénaire pour le développement fassent partie du plan plus vaste”, conclut Sidiropolous.

Sunil Joshi, directeur général du deuxième opérateur national des télécommunications d'Afrique du Sud, convient que l’interaction Sud-Sud devrait être basée sur la coopération plutôt que les échanges commerciaux. Il prédit que l'Afrique pourrait bientôt avoir plus à offrir que les ressources naturelles. “En 2009, 64 pour cent de la population indienne était en âge de travailler. Ce chiffre est censé baisser à 57 pour cent en 2020. L'âge moyen en Inde est de 27 ans et en Chine, le travailleur moyen est âgé de 37 ans. L'Afrique est beaucoup plus jeune et les ressources humaines du continent deviendront un produit de l'avenir.

Joshi affirme que “la croissance économique n'est qu'un des facteurs à considérer lorsqu’on mesure les progrès. Ce qui doit être également pris en compte, ce sont les retombées positives pour la population et la culture”.