JOHANNESBURG, 7 juin (IPS) – Des objectifs fixés pour un accès universel au traitement du SIDA et le financement pour le rendre réalisable constituent ce que les organisations anti-VIH et anti-SIDA souhaitent obtenir de la prochaine Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies (UNGAS) prévue à New York du 8 au 10 juin.
Cette réunion à laquelle participeront des décideurs politiques internationaux et des chefs d'Etat, indiquera la direction de l’intervention mondiale contre le VIH/SIDA pour la prochaine décennie et au-delà. La réunion de 2006 de l’UNGAS et la création subséquente de l’organe de distribution des subventions du Fonds mondial avaient contribué à mobiliser des fonds pour l'expansion des programmes de traitement anti-rétroviral (TAR), qui atteignent aujourd’hui près de cinq millions de personnes. Mais des militants soulignent que cette dynamique doit être maintenue pour éviter de compromettre les progrès réalisés jusqu'ici dans la lutte contre la maladie et que les déficits de financement doivent être corrigés. Anton Kerr, directeur de politique à 'International HIV/AIDS Alliance' (Alliance internationale contre le VIH/SIDA), a déclaré: “Nous sommes à un moment crucial en termes de décision sur ce que sera l'engagement à l'avenir”. “Le VIH est en train de disparaître du programme politique et vous avez eu également la crise financière, alors, il est crucial que l’UNGAS préserve cette volonté politique de haut niveau qui permettra de débloquer l'argent et d'obtenir un engagement dans les années à venir”. Pour assurer le financement et l'engagement politique, des groupes comme l'Alliance internationale contre le VIH/SIDA veulent souligner les avantages du TAR comme n’étant pas seulement une méthode de traitement, mais aussi un outil pour réduire la transmission. Un rapport de 'United States National Institutes of Health' (Institut national américain de la santé) a révélé en mai que si une personne séropositive adhère à un régime de thérapie anti-rétrovirale efficace, le risque de transmettre le virus à son partenaire sexuel non infecté peut être réduit de 96 pour cent. Cela confirme une étude similaire publiée dans le journal britannique de la santé, 'The Lancet' à la fin de 2010 et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA a suggéré que l'intensification des stratégies conjointes de traitement et de prévention pourrait réduire de moitié les nouvelles infections. “L’amélioration de l'accès au TAR a non seulement sauvé des millions de vies, mais elle a également réduit le taux de transmission”, a expliqué Mara Kardas-Nelson, chargée de l'accès et de l'innovation à Médecins sans frontières (MSF). Elle a ajouté: “Si les gens sont mis sous TAR tôt, cela a un impact à l'échelle communautaire; ce n'est pas seulement un gain individuel”. Kardas-Nelson a dit que c'était compréhensible qu'il y ait eu une baisse de l’appui aux causes internationales suite à la crise financière mondiale et à l'augmentation des pressions des dépenses intérieures. Mais elle a exhorté les donateurs à considérer le financement du TAR comme un investissement qui serait rentable à long terme. “Le TAR se révèle être efficace pour diminuer les nouvelles infections, donc cela réduira les besoins en traitement à long terme”, a-t-elle dit. “L'argent qui est investi aujourd'hui permettra d'économiser de l'argent à long terme”. Toutefois, trouver l’argent peut ne pas être si facile. Suite aux promesses non tenues de ses donateurs, le Fonds mondial a suspendu des allocations de subventions au cours de 2011 et les candidats qui ont été privés d'argent en 2010 pourraient être obligés d’attendre jusqu'en 2013 pour recevoir quelque liquidité. L'impact d'un manque de financement pour les programmes de TAR a été l’un des thèmes abordés dans le rapport de MSF, “Devancer la vague”, publié en mai. Examinant 16 pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, qui représentent 52 pour cent de la charge mondiale du SIDA, MSF a évalué l'impact que le TAR avait dans ces pays et d'autres développements dans les réponses au VIH et au SIDA. L’organisation a constaté qu’un accès plus grand au TAR avait réduit les décès liés au VIH, baissé l'infection et les décès dus à la tuberculose, et fortement réduit les coûts des soins de santé puisque les gens passaient moins de temps à l'hôpital et avaient besoin de moins de médicaments supplémentaires. Dans le township de Khayelitsha, au Cap, où environ 16 pour cent de la population adulte estimée à 500.000 habitants sont séropositifs, le TAR a été fourni le première fois en 2001 et l'étude indique qu’au fur et à mesure que la fourniture du TAR augmentait, de nouvelles infections diminuaient. Toutefois, l'étude a averti que pendant que 12 des 16 pays évalués avaient changé de protocoles de traitement pour mettre tôt les gens sous le TAR et que 14 avaient adopté des médicaments mieux supportés par les malades, plusieurs pays, notamment le Malawi et le Zimbabwe, étaient aux prises avec des contraintes financières. Elle a également noté que dans la plupart des pays qu’elle a étudiés, seulement près de la moitié des personnes ayant besoin de médicaments de TAR les obtenaient encore. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, a appelé à un objectif d'au moins 13 millions de personnes recevant le traitement d'ici à 2015; d'autres, notamment l'Alliance internationale contre le VIH/SIDA, souhaitent 15 millions, ce qui, selon elle, représentera toujours une couverture de 80 pour cent. Kerr a insisté que tous les objectifs doivent être également accompagnés par des indicateurs de mesure clairs pour permettre un suivi et une analyse détaillés des progrès réalisés. L'étude de MSF a bien noté qu'il y a eu de grands progrès dans la dernière décennie en termes de réduction des factures de médicaments et d'élargissement de l'accès. Elle indique que la concurrence des fabricants de médicaments génériques a entraîné la chute des prix de la combinaison anti-rétrovirale la plus couramment utilisée, de plus de 10.000 dollars par malade et par an à 67 dollars aujourd'hui – une réduction de 99 pour cent. Un autre progrès important a été l'introduction de tests de dépistage plus simples qui peuvent être utilisés dans des zones reculées sans électricité et par des agents de santé peu formés. Kardas-Nelson de MSF a affirmé que l'innovation médicale était cruciale pour continuer à réduire les coûts et accroître l'accessibilité. “Nous avons besoin d'outils de dépistage novateurs, de moyens innovants pour amener le traitement vers les gens et de nouveaux médicaments novateurs”, a-t-elle expliqué. Tido von Schoen-Angerer, directeur exécutif de la Campagne de MSF pour l'accès au traitement, a indiqué qu'il était crucial que la réunion de l’UNGAS de ce mois soit concluante. Il a déclaré: “Avec la mise en place de bonnes politiques, nous pourrions tripler le nombre de personnes sous traitement sans tripler les coûts”. “Mais si les gouvernements des principaux donateurs n’appuient pas un objectif de traitement, ils envoient ainsi un message clair selon lequel ils n’ont pas l'intention de venir à bout et à jamais de cette pandémie”.

