COTE D’IVOIRE: Restaurer la sécurité, un défi majeur

ABIDJAN, 6 juin (IPS) – Installé sous un hangar couvert d’une bâche bleue perforée par endroits, Ibrahim Traoré, un élément des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, est à côté de son commandant pour enregistrer les plaintes des habitants d’Abobo-Avocatier, au nord-ouest d’Abidjan, la capitale économique.

“Nous avons entre 10 et 15 plaintes par jour. Des personnes victimes d’attaques à domicile ou dans la rue par des hommes armés”, indique Traoré à IPS. “Le problème est que le port d’un treillis et d’une arme est désormais courant au sein de la population. Il est donc difficile de distinguer un malfrat d’un des nôtres. Alors, nous sommes accusés chaque fois qu’il y a une agression”, explique-t-il. Fin mai, Joseph Akichi, instituteur à la retraite à Abobo, a reçu par deux fois la visite de personnes armées et portant des treillis de l’ex-armée. “La première fois, ils sont repartis avec mon épargne de 300.000 francs CFA (environ 600 dollars). Mais à leur second passage, ils ont tout emporté, y compris les meubles”, raconte-t-il à IPS. “Le commissariat (de police) étant fermé, je viens chaque fois poser mes problèmes ici, mais je n’ai jamais eu gain de cause”, déclare Akichi, toujours apeuré, à l’idée d’avoir encore ses agresseurs en face de lui. A Marcory (sud d’Abidjan), Fabrice Mensah, 35 ans, et chef d’une entreprise de vente de pièces d’automobile, a été victime d’un premier braquage, le 26 mai, au cours duquel des individus armés et en treillis ont emporté ses trois véhicules de travail. Ensuite, ils sont revenus, dans la nuit du 28 au 29 mai, pour prendre la totalité des salaires de ses 15 employés, estimée à huit millions FCFA (environ 40.000 dollars). “J’ai repris les activités, il y a à peine trois semaines après la crise postélectorale. Il y avait des signes encourageants. Alors, je ne m’attendais pas à subir un tel coup aussi vite”, déplore Mensah. Depuis sa mésaventure, dit-il, les opérateurs économiques installés dans son secteur ont décidé de fermer et de remettre en chômage technique leurs employés en attendant une nette amélioration de la situation sécuritaire. Le soldat Traoré, qui déplore aussi ces agressions, explique à IPS: “Beaucoup d’entre nous attendent au moins une réintégration dans la nouvelle armée. Où alors, il faudra dédommager les combattants avant qu’ils n’abandonnent les armes et les tenues militaires”. Alors, il prévient: “Il y a de nombreux combattants qui sont encore incontrôlés, et le climat d’insécurité qu’ils ont instauré, pourrait encore durer si le processus d’encasernement et de désarmement continue de traîner”. Le président ivoirien Alassane Ouattara a formé son premier gouvernement de comprenant 36 membres le 1er juin dernier. L’une des principales missions de ce gouvernement, a-t-il indiqué, est d’améliorer en quelques semaines la sécurité dans le pays et de ramener la quiétude au sein des entreprises privées, qui ont subi, durant la crise, des dommages évalués à quelque 1.000 milliards FCFA (environ deux milliards de dollars) par la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire. Mais, près de deux mois après le changement de régime en Côte d’Ivoire, ce défi restera difficile à relever, même à moyen terme, estiment des observateurs. “Nous sommes entrés dans la phase la plus délicate de l’après crise parce que de nombreux individus – des combattants et ex-prisonniers libérés à la faveur de la guerre – disposent d’armes légères ou de guerre et s’en servent contre les populations”, souligne Armand Obou Kessié, ancien gendarme, expert en sécurité dans une entreprise privée. Le pays n'a toujours pas retrouvé une stabilité sécuritaire; dans plusieurs villes comme à Abidjan, les locaux de la police et de la gendarmerie sont encore occupés par les éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), a constaté IPS. “Lorsque les combattants des FRCI acceptent le retour des agents de forces de l’ordre dans leurs locaux, ils refusent que ces derniers soient sur le terrain (avec eux) pour des patrouilles. Pourtant, sans formation sur la sécurité et le maintien de l’ordre, les combattants ne sont pas outillés pour cette tâche et commettent parfois des exactions”, affirme Kessié. Mais, le combattant appelé commandant Soum explique à IPS: “Pour le moment, le travail n’a pas encore totalement repris pour eux (gendarmes et policiers); donc, nous travaillons avec nos éléments. Après l’enrôlement des combattants (dans la nouvelle armée), nous allons leur céder la place…”