NATIONS UNIES, 24 mars (IPS) – Imaginez une femme courbée dans un champ sous le chaud soleil toute la journée, tous les jours, rentrer à la maison à la tombée de la nuit pour s’occuper de sa famille dans un domicile sans électricité ni eau courante.
Telle est une journée de travail typique pour beaucoup de femmes rurales du monde en développement, où le manque d'accès à l'éducation et à la technologie transforme les efforts pour gagner leur vie en une longue et épuisante lutte. Pourtant, il existe aussi des moyens tangibles et réalisables pour changer cette réalité, selon des militants africains au cours de la réunion de la Commission de la condition de la femme (CCF), qui s’est déroulée à New York en février. L’organisation non gouvernementale, 'Femmes, droit et développement en Afrique' (WILDAF), un réseau panafricain couvrant 23 pays, fait partie des groupes qui s’attaquent à ce problème de front. Bisi Olateru-Olagbegi, directrice exécutive du Consortium des femmes du Nigeria (WOCON) et membre du conseil de WILDAF, dit qu'éduquer les filles à la fois avec l'instruction formelle et pratique est essentiel pour remédier aux déséquilibres entre les sexes et briser le cycle de la pauvreté. “Lorsqu’une femme est autonome et qu’elle peut faire valoir ses droits dans la communauté, elle peut évoluer jusqu'à n'importe quel poste et participer aux prises de décisions et améliorer le statut des femmes”, a déclaré Olateru-Olagbegi. Bien que les taux de scolarisation augmentent dans beaucoup de pays en développement depuis 2000, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance estimait qu'il y avait encore plus de 100 millions d'enfants non scolarisés en 2008, dont 52 pour cent sont des filles et la majorité vit en Afrique subsaharienne. En conséquence, le taux d'analphabétisme est élevé, notamment dans les zones rurales où cinq à sept femmes âgées de plus de 10 ans ne savent ni lire ni écrire. Olateru-Olagbegi a indiqué qu’alors que certaines régions progressaient dans le domaine de l'égalité de genre, le changement dans les “pratiques traditionnelles et patriarcales” dans beaucoup de régions d'Afrique se révélait lent. “[On a pensé] que les femmes ne sont pas censées être vues en public, elles sont supposées être à la cuisine”, a-t-elle dit. “Mais au fil des années, cela s’est révélé faux; ce n'est pas vrai parce que les filles et les garçons doivent être instruits pour que nous ayons un développement significatif”. Les militants sociaux ont fait de grands progrès en Afrique ces dernières années, luttant pour les droits des femmes au travail et à l'éducation. Il y a eu une augmentation sensible de la scolarisation des filles, une tendance qui a entraîné la baisse des mariages précoces et des grossesses chez les adolescentes ainsi que la réduction du nombre de jeunes filles qui sont trafiquées et prostituées. Mais, les filles sont toujours largement sous-représentées dans les domaines de la science et la technologie. “Même quand les filles vont à l'école, il y a un préjugé selon lequel les filles ne sont pas censées étudier la science et la technologie; elles font toujours les sciences sociales et les sciences humaines”, a affirmé Olateru-Olagbegi. “Ils [les gens] ne pensent pas que les facultés des filles sont assez développées et c'est simplement de la discrimination”. Ce n'est pas un problème en Afrique seule. A la CCF, des représentants des nations européennes se sont réunis pour discuter du déséquilibre permanent constaté chez les femmes dans les industries de la science et de la technologie dans la région, se concentrant sur les opportunités dans le secteur émergent des emplois verts. Kira Appel, ministre danois de l'Egalité de Genre, a déclaré que la correction du déséquilibre non seulement autonomiserait les femmes, mais aussi renforcerait les économies. “Une étude récente dans les pays nordiques a prouvé que si vous améliorez l'équilibre entre les sexes au sein des entreprises, le taux d'innovation doublera”, a indiqué Appel. “Nous avons besoin des femmes, pour l’amour de l'égalité des sexes et de l'autonomisation des femmes, mais aussi pour le bien de la course mondiale pour le développement des cerveaux”. Olateru-Olagbegi a déclaré à IPS qu’en Afrique, pour corriger les inégalités actuelles dans la scolarisation, il fallait convaincre les mères de ce que les filles méritent d’être scolarisées. “Nous sensibilisons les parents, en particulier les mères qui sont les premières éducatrices, pour leur apprendre qu'elles devraient avoir l’équilibre entre les sexes dans l'éducation et la formation des enfants”, a-t-elle souligné. “Ainsi, elles ne permettront pas aux garçons d'aller jouer au football pendant que les filles restent à la cuisine”.

