DAKAR, 16 fév (IPS) – Les pêcheurs sénégalais, qui ont participé au Forum social mondial (FSM) de février 2011 à Dakar, ont demandé aux gouvernements “de veiller à la réglementation éthique et transparente de l'accès à la pêche” afin de freiner la surexploitation de cette ressource de plus en plus rare.
Charles Bakundakwita, secrétaire exécutif de l'Association ouest-africaine pour le développement de la pêche artisanale (ADEPA), a déclaré à IPS au FSM que “nous demandons aux Etats africains et à l'Union européenne de considérer ce danger et de limiter l'épuisement des stocks de poissons, à la fois par les gros pêcheurs et les petits pêcheurs”. La pêche fournit officiellement du travail à 600.000 personnes au Sénégal, soit 17 pour cent de la population active. Environ 400.000 tonnes de poissons sont capturées chaque année, contribuant pour 2,3 pour cent au produit intérieur brut et pour 30 pour cent aux exportations. Mais, la rareté des poissons est un problème majeur. Pendant la période de “soudure” – la saison des pluies où il n'y a pas de poissons – les gens s'endettent. Depuis 2007, le Sénégal n'a pas renouvelé les accords de pêche avec l'Union européenne (UE) qui donnaient l'accès aux gros chalutiers européens aux eaux nationales. La Fédération nationale des GIE (FENAGIE) a joué un rôle clé dans l'opposition à ces permis de pêche. Les licences signifiaient une insuffisance de la compensation financière qui ne profitait pas aux communautés. “Le Sénégal recevait entre 21 et 23 millions de dollars par an de ces accords de pêche”, a indiqué, dans un entretien à IPS, Papa Gora Ndiaye, secrétaire exécutif de la division pêche de 'Enda Tiers Monde', le Réseau sur les politiques de pêche en Afrique de l’ouest (REPAO). 'Enda Tiers Monde' est une organisation internationale non gouvernementale basée à Dakar, travaillant sur les questions de développement. “Mais, comparativement aux recettes d'exportation de 165 à 207 millions de dollars, la compensation financière des accords de pêche était ridicule, sinon plus, si l'on considère les avantages potentiels du commerce équitable. Si l'accès au marché de l'UE était amélioré, le Sénégal pourrait gagner beaucoup plus”. Même si le Sénégal, comme tous les autres pays les moins développés, peut exporter hors taxe et sans quotas vers l'UE conformément à l'initiative 'Tout sauf les armes', d'autres barrières techniques au commerce, telles que les règles d'origine et les mesures sanitaires et phytosanitaires, font qu'il est difficile pour les poissons locaux d’atteindre le marché européen. Les accords de pêche avec l'UE ont largement contribué à l'épuisement des ressources, bien que la FENAGIE reconnaisse que les mauvaises pratiques des pêcheurs sénégalais sont à condamner également. Même si les permis ont été suspendus, les pêcheurs craignent l'existence d'accords secrets avec d'autres propriétaires de bateaux étrangers. “Notre principale recommandation est d'avoir une gestion transparente et éthique des ressources de pêche en Afrique de l'ouest”, a souligné Ndiaye. “Le FSM fournit un élan pour la mobilisation et la sensibilisation des acteurs. C’est une ouverture pour nous”. Bakundakwita a ajouté : “Alors que la pêche était une activité prospère, il y a quelques années, les petits pêcheurs deviennent maintenant de plus en plus pauvres. La pêche artisanale s'est détériorée. Il y a trop de pêcheurs: des chalutiers étrangers, mais aussi des pêcheurs locaux industriels et artisanaux”. Il a expliqué que les pêcheurs artisanaux ne pêchent plus les poissons pour leur propre consommation, mais pour vendre leurs produits sur le marché local. Les meilleures prises vont vers des marchés étrangers plus lucratifs. L'épuisement des stocks de poissons fait que les poissons sont de plus en plus chers et beaucoup de gens ne peuvent plus les acheter. Cette baisse de la disponibilité de poissons touche principalement les femmes, qui traitent et sèchent les poissons. “S'il n'y a plus de poissons, elles seront sans emploi et ce sera une catastrophe”, estime Bakundakwita. Selon lui, les autorités ont peur de réglementer. “Les permis de pêche apportent de l'argent. Pour limiter l'accès des petits pêcheurs à la mer, il doit exister des activités alternatives pour eux, et il n'y en a pas”. Ndiaye a également exprimé une inquiétude au sujet des accords de partenariat économique (APE) actuellement en cours de négociation avec l'UE. Le marché africain sera ouvert aux produits européens, comme le thon qui y entrera à un coût plus bas que celui du thon local. “Mais avant même que les APE ne soient adoptés, il y a eu une érosion progressive des préférences commerciales. Le thon sénégalais est peu compétitif sur le marché européen, comparativement au thon asiatique qui est élevé dans l'aquaculture avec un soutien gouvernemental énorme”.

