ABIDJAN, 15 fév (IPS) – Une campagne de vaccination jumelée contre la rougeole et la fièvre jaune débutera mercredi, 16 février, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire – un pays qui présente un environnement favorable à l’éclosion des épidémies, selon des organisations humanitaires.
Plus de 500.000 enfants de moins de cinq ans seront donc vaccinés jusqu’au 25 février, souligne l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un communiqué signé conjointement avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). “La vaccination contre la fièvre jaune est à titre préventif. Mais celle de la rougeole est une riposte contre l’épidémie”, a assuré mardi à IPS, Souleymane Koné, chargé d’information au bureau de l’OMS à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. “Des études ont montré que les districts concernés constituent des zones à risque en raison de leur position de porte d’entrée et de sortie vers le Ghana, pays voisin”, explique-t-il. Selon le communiqué, l’épidémie de rougeole sévit dans la région du Sud-Comoé, notamment dans les districts sanitaires d’Adiaké et d’Aboisso.
L’investigation conduite par le ministère de la Santé en collaboration avec l’UNICEF et l’OMS, indique le communiqué, a permis de détecter 47 cas avec un décès. La plupart étaient des enfants de moins de cinq ans (78,7 pour cent) parmi lesquels 87,2 pour cent n’étaient pas vaccinés contre cette maladie. “Le nombre de cas confirmés de rougeole en Côte d’Ivoire est en constante évolution depuis ces trois dernières années”, révèle le communiqué OMS/UNICEF. Il était de 22 cas confirmés en 2008; 183 en 2009 et 433 en 2010. Le nombre de districts sanitaires en épidémie est également évolutif : de zéro district en 2008, il était de 10 en 2009 et de 15 en 2010, indique le document. “La situation humanitaire actuelle est favorable à l’éclosion des épidémies. Les vaccinations de routine qui doivent renforcer l’immunité des enfants contre ces affections ne se font pas régulièrement, ce qui les rend vulnérables. Il est donc impérieux de réagir rapidement…”, explique le représentant de l’OMS en Côte d’Ivoire, Dr Mamadou Ball. De son côté, le représentant par intérim de l’UNICEF, Dr Agostino Paganini, a indiqué que “la résurgence d’une épidémie de rougeole est une conséquence de la crise humanitaire qui s’aggrave de jour en jour en Côte d’Ivoire”. La priorité serait donc de réagir très vite “pour éviter que les épidémies ne se propagent dans tout le pays”. La rougeole est une maladie infectieuse mortelle pour les enfants, souligne le communiqué. “L’immunisation contre cette maladie fait partie du programme de vaccination de routine en Côte d’Ivoire, mais la crise politique qui perdure, perturbe fortement les services de santé dans tout le pays, rendant difficile la mise en œuvre des activités de vaccination de routine”. En effet, selon des organisations humanitaires, depuis l’éclatement de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, le système sanitaire dans le pays, notamment dans les zones sous contrôle des ex-rebelles, se désagrège de jour en jour. Ce qui a obligé à une vaccination contre la fièvre jaune en janvier 2011, avec du personnel de santé peu qualifié émanant des organisations non gouvernementales. “Il y a cinq centres de santé qui sont fermés dans l’ouest. Dans d’autres hôpitaux, les soignants sont absents pour avoir migré en majorité vers le sud rendant difficiles les soins de santé primaires aux populations”, a indiqué à IPS, Louis Vignault, chargé d’information à l’UNICEF. Toutefois, affirme Koné, “nous avons eu un taux de couverture de 88 pour cent, soit 700.000 personnes vaccinées dans les districts de Séguéla, Mankono, Katiola et Béoumi (nord et centre du pays). Nous sommes donc satisfaits, mais la vigilance est toujours de mise”. Juste après la fièvre jaune, ces organisations humanitaires ont dû faire face à une épidémie de choléra qui s’est déclarée, fin janvier 2011, dans le pays pour la première fois en saison sèche. Elle avait causé la mort de huit personnes et infectées une soixantaine d’autres, selon le ministère de la Santé du camp Gbagbo. Les organisations ont alors fourni aux communautés affectées 250.000 savonnettes et cinq kits de traitement du choléra, ainsi que 3.000 posters avec des conseils de prévention. “La fièvre jaune, le choléra, la rougeole et, peut-être bientôt, la fièvre typhoïde avec l’arrivée progressive de la petite saison des pluies et d’autres maladies. A ce rythme, il faut craindre que le pays soit confronté simultanément à des problèmes de santé”, déclare à IPS, Dr Fabrice Konan, médecin généraliste au centre communautaire de Yopougon, au nord d’Abidjan. Pour Konan, “les ingrédients d’une grave crise sont chaque jour réunis, en raison de la dégradation progressive du système sanitaire, de l’environnement pollué par les ordures, mais surtout du climat politique qui affecte le mental des populations”.

