KIKWIT, RD Congo, 16 fév (IPS) – Pour électrifier trois agglomérations de la province du Bandundu, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), une entreprise indienne, chargée d’exécuter le barrage de Kakobola, a commencé les travaux qui dureront 36 mois, selon le contrat de réalisation de l’ouvrage.
«Nous laisserons un barrage de 9,3 mégawatts ici, il produira du courant de façon permanente. Nous travaillons pour ce projet qui est pour le bien-être de la population de Gungu, d’Idiofa et de Kikwit», déclare V.K. Sharma, responsable de l’entreprise indienne 'Angelique International Limited', interrogé par IPS sur le site du barrage, dans le territoire de Gungu à 200 kilomètres de Kikwit, la capitale provinciale. L’entreprise est chargée de construire un barrage hydroélectrique sur la rivière Lufuku, dont les travaux ont démarré le 28 janvier 2011. Le travail est «hautement technique et l’entreprise travaille avec des experts qui ont une grande expérience», explique Sharma, ajoutant que ces ingénieurs ont déjà travaillé pour des projets similaires en Afghanistan en Asie centrale, au Rwanda et au Soudan, en Afrique. «Faire un barrage sur une rivière est plus facile qu’en faire sur une chute comme celle-ci», souligne-t-il. La chute sur la rivière Lufuku est d’une hauteur de 29 mètres, indique Sharma. Il précise que le barrage de Kakobola aura un réservoir de quatre mètres de haut, des turbines pour produire de l’électricité, et que les travaux ne supprimeront pas la chute naturelle. «Le plan d’électrification prévoit de mettre un transformateur à la cité de Gungu, avec des lignes pour le territoire d’Idiofa et la ville de Kikwit», explique Jean Benoît Bosese, membre du comité de pilotage et représentant du gouverneur de la province du Bandundu dans le projet. «Les études de faisabilité de ce barrage ont été faites en 2008 par une société française dénommée Compagnie de réalisation des travaux industriels», indique Remy Matala, un technicien du ministère de l’Energie de la RDC, qui collabore au projet. «Il faut 52 millions de dollars pour ce barrage. Le gouvernement indien, à travers 'Import-Export Bank', apporte 42 millions de dollars. La contrepartie financière congolaise est de 10 millions de dollars sur le budget 2011» de l’Etat, affirme-t-il. «Je veux que ce courant arrive vite. Ce n’est pas normal qu’une grande ville comme Kikwit (environ un million d’habitants) ne soit pas électrifiée», se plaint Mave Kupe, étudiante à l’Institut supérieur pédagogique, qui étudie encore en février 2011 avec une lampe tempête à la maison. Plus de trois millions d’habitants de Gungu, d’Idiofa et de Kikwit n’ont pas d’électricité depuis des décennies. Plusieurs familles recourent aux lampes tempêtes, aux bougies ou même à un système d’éclairage spécial avec des ampoules des lampes torches raccordées à un boîtier contenant beaucoup de piles. Lors de la deuxième rencontre du 21 octobre 2010 à Kinshasa, pour la signature du contrat de ce barrage avec les partenaires, Gilbert Thilongo, ministre de l’Energie de la RDC avait rappelé que le projet Kakobola remontait à 1980. Cette centrale hydroélectrique est la première du genre sur un total de 315 sites à aménager dans l’ensemble du pays. Elle sera suivie de celle de Katende, au Kasaï occidental, selon le ministre. «Que les travaux de ce barrage ne s’arrêtent pas en cours de route. Nous avons plusieurs fois vu, dans notre pays, de tels travaux commencer avec acuité, mais après, c’est un silence morne qui s’installe», déclare Emery Raphaël Mikolo, infirmier à Idiofa. Louis Kasende, vice-président de la Commission de reconstruction et développement au niveau de l’assemblée provinciale de Bandundu et député de l’opposition, demande au gouvernement congolais de dire clairement après combien de temps il remboursera l’argent qu’apportent les Indiens. Selon lui, ce n’est pas un don gratuit, mais un prêt à rembourser. Maxime Pakumu, administrateur du territoire de Gungu, note, pour sa part, que la construction de cette centrale va résorber le chômage dans cette contrée par la création des emplois, relever et améliorer le niveau de vie, le pouvoir d’achat, réduire la mortalité et la morbidité de la population. Pierre Aimé Mayoko, président de la Fraternité des natifs et amis de Kikwit, une organisation non gouvernementale basée dans la commune de Lukolela, estime que l’électricité étant un facteur prioritaire du développement, la réalisation de ce projet contribuera à accroître le nombre des agglomérations connectées à travers le pays. Les mêmes populations du Bandundu attendent également du barrage de Kakobola qu’il leur assure un approvisionnement régulier en eau potable, notamment à Kikwit où quelque 800.000 personnes n’y ont pas toujours encore accès.

