PORT-LOUIS, 19 jan (IPS) – Une nouvelle initiative pour soutenir la production d'énergie renouvelable à l'Ile Maurice peut constituer un modèle à suivre pour d'autres pays.
“Nous avons tellement de soleil ici”, déclare Andrea Gungadin, recteur de 'Hindu Girls College', un établissement d'enseignement supérieur privé à Curepipe, dans le sud de Maurice. “Pourquoi le gaspiller alors que nous pouvons l'utiliser pour produire de l'électricité à un moment où les combustibles fossiles deviennent de plus en plus rares et plus chers?” Cette université, qui compte 1.400 étudiants, produit quotidiennement 14 KWh d'électricité propre à partir d'un système solaire de trois kilowatts monté sur le toit. Cela représente environ un cinquième des besoins énergétiques de l'établissement. En décembre 2010, l’Ile Maurice a lancé une initiative demandant à la population de produire de l'électricité à partir de sources renouvelables. Le ministre de l’Energie et des Services publics, Dr Rashid Beebeejaun, affirme que l'objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'île et de renforcer sa capacité énergétique. “Nous sommes en train de transformer Maurice en une île viable et faire d’elle un modèle de viabilité écologique”, dit-il. La série de 17 panneaux solaires de 'Hindu Girls College' coûte environ 4.600 dollars, mais Pavitra Maulloo, un ingénieur, explique que le coût variera en fonction des facteurs tels que la situation du site, le nombre de panneaux désirés, la structure elle-même et l'accès au site. “Les investissements dans un tel projet peuvent être couverts dans un délai de cinq ans pour un bureau ou une institution et sept à huit ans pour un foyer. Ensuite, vous produisez, utilisez et vendez seulement votre électricité pendant 20 ans”, affirme-t-il. Les écoles publiques sont en train d’emboîter le pas à 'Hindu Girls College'. Le ministère de l'Education a lancé un appel d'offres pour l'installation de panneaux solaires dans dix des établissements primaires et secondaires de l'île. Une capacité de production totale de 55.000 KW sera atteinte dans le cadre de ce projet et sera utilisée par les écoles. Pendant les vacances, l'électricité produite sera vendue au 'Central Electricity Board' (CEB), la société d’énergie électrique du pays. Le code permettant aux clients d'alimenter le réseau national en énergie électrique attire également les producteurs de canne à sucre qui sont confrontés à une baisse des prix du sucre. Des milliers d'hectares de plantations de canne à sucre ont été abandonnées, mais les agriculteurs invitent maintenant les petits producteurs d'énergie éolienne à y installer des moulins à vent. “Ils aimeraient tirer quelques revenus pour compenser la perte des prix du sucre, ainsi que pour continuer à produire quelques légumes et fruits pour le marché local sur les terres situées autour des fermes éoliennes”, a déclaré à IPS, Nundlall Basant Roi, président de la Fédération des coopératives agricoles de l'Ile Maurice. L'idée est au stade préliminaire, avec une incertitude par rapport aux revenus supplémentaires que ces fermes éoliennes pourraient produire. L’Ile Maurice consomme environ 350 MWh d'électricité par jour. Elle dépend actuellement surtout du pétrole et du charbon importés pour satisfaire ses besoins énergétiques, avec seulement environ 18 pour cent produits à partir de sources d'énergies renouvelables, y compris la bagasse (résidu de canne à sucre), l’énergie hydraulique, solaire et éolienne. Le CEB projette que l'île aura besoin d'environ 400 MWh tous les jours d’ici à 2025, et il envisage de produire 60 pour cent de ses besoins énergétiques à partir de sources renouvelables. La vision du gouvernement d'une île durable a trouvé un public prêt. A Vacoas, dans le centre de l'île, Deven Maulloo a installé quatre panneaux photovoltaïques qui fournissent de l'électricité à son domicile; il ne vend rien au CEB, mais économise environ 75 dollars sur sa facture mensuelle. Il admet toutefois que son système solaire n’est pas idéal. “Nous devons changer notre façon de vivre et l'adapter au régime solaire. Nous faisons tous nos travaux domestiques qui ont besoin d'électricité dans la journée”, dit-il. Le Code réseau est une étape importante pour promouvoir l'adoption de la production d'énergie renouvelable à petite échelle chez les consommateurs. Le coût de l'investissement dans l’énergie renouvelable est élevé, et la possibilité de vendre un excédent permet d’attirer davantage de participants. Gungadin affirme que son établissement n'aurait pas considéré ce projet s'il n'y avait aucune possibilité de vendre l'excédent au CEB, mais elle voit cela comme présentant plusieurs avantages. “Il ne s'agit pas que de produire de l'électricité et de gagner de l'argent. C’est aussi un moyen de former nos étudiants sur les changements climatiques, la production d'électricité à partir de combustibles fossiles et pourquoi nous devons la produire à partir de sources renouvelables”, souligne Gungadin. Gungadin et Maulloo soutiennent que l'énergie solaire est rentable sur le long terme.

