SANTE-KENYA: Le tueur silencieux qui continue d’emporter des enfants

NAIROBI, 18 jan (IPS) – Des experts en médecine ont prévenu que le paludisme et le VIH ont monopolisé les interventions orientées vers la réduction de la mortalité infantile au Kenya, ignorant ainsi la maladie tout aussi meurtrière, la diarrhée. Cette maladie tue silencieusement des centaines d'enfants chaque année.

Cecilia Njambi, mère de deux enfants, a perdu son premier fils à cause de la diarrhée. “Il n'avait pas bien dormi la nuit précédente et se plaignait de ce que son ventre lui faisait mal. Sa selle était fluide, mais nous n'étions pas inquiets puisque personne ne prend au sérieux la diarrhée de toute façon. Nous avons juste supposé qu'il a dû manger quelque chose qui n’a pas bien marché avec lui”. “Nous lui avons donné une solution d'eau et de sel, puisque c'est la pratique, et le matin je suis allée au travail. C'était la dernière fois que je voyais mon enfant de cinq ans vivant”. Des statistiques récentes montrent que bien que la mortalité infantile ait chuté, de 120 pour 1.000 décès à 74 pour 1.000 décès, un record, au cours des cinq dernières années, il n’y a pas de stratégies claires pour combattre cette maladie mortelle. Beaucoup d'enfants – particulièrement ceux des zones rurales et des bidonvilles – continuent de succomber à la maladie chaque année, alors même que le pays s'efforce d’atteindre le quatrième Objectif du millénaire pour le développement relatif à la réduction de la mortalité infantile. Des agents de santé soulignent que la diarrhée est un facteur clé de la mortalité infantile, explique Evelyn Mutio, une infirmière et membre de l'Association nationale des infirmiers et infirmières du Kenya (NNAK). Elle ajoute: “Beaucoup de décès évitables dus à la diarrhée chez les enfants proviennent de ce qu'on appelle 'les trois retards' dans la fraternité médicale”. La mère ou le tuteur met du temps à amener l'enfant à l'hôpital pour une raison ou une autre, généralement parce que beaucoup de gens pensent que cette condition peut être facilement maîtrisée et traitée par l’automédication”. Puis, lorsqu’ils décident finalement d’amener l'enfant à l'hôpital, il y a généralement le facteur distance par rapport au dispensaire qui retarde davantage le contact entre l'enfant et l’agent de santé requis. Lorsque l'enfant arrive enfin dans le centre de santé, le diagnostic prend le pas sur les premiers soins. Mutio explique en outre qu'il existe divers types de diarrhée, selon la cause. L’agent de santé doit également veiller à ce que pendant que le diagnostic se fait, l'enfant soit maintenu hydraté. “Ils veulent trouver la cause d’abord et ensuite passer au traitement. Pendant ce temps, l'enfant a perdu beaucoup de liquide. Vous pouvez imaginer l’état de déshydratation de l’enfant si toutes les heures, il fait quatre selles” (des selles fluides qui sont parfois accompagnées de vomissements). Jackline Ngatha affirme que souvent, ces décès résultent de l'ignorance du parent ou du tuteur. “Bien qu’on nous enseigne l'importance de traiter les maladies comme la diarrhée immédiatement, au cours de nos consultations pour vacciner l’enfant, les informations ne sont pas consignées d'une manière qui (nous) alertera à domicile sur la gravité de la maladie”. “Souvent, on nous donne des documents sur l'hygiène, mais la plupart d'entre nous sont plus préoccupées par comment mettre de la nourriture sur la table que par la lecture”. Mutio souligne que le manque d'argent constitue un autre facteur et que la diarrhée est plus fréquente chez les pauvres. Au niveau le plus bas, nous examinons la diarrhée causée par la mauvaise hygiène. L'eau potable coûte de l'argent, la bouillir coûte de l'argent et même l’utilisation de produits chimiques pour la purifier coûte de l'argent. “Elle dit que le retard pour se rendre à l'hôpital est souvent dû au manque d'argent. Quand bien même le gouvernement a installé des dispensaires où les gens peuvent se faire soigner gratuitement, ce n'est jamais totalement gratuit”. “Les dispensaires sont généralement loin et on a besoin de transport. Au dispensaire, on doit acheter un carnet médical. Souvent, il coûte moins d’un dollar et nous vivons avec moins d'un dollar par jour, alors ce montant est encore élevé. Ensuite, l’agent de santé prescrit des médicaments que (vous) devez acheter à la pharmacie”, explique Njambi. “Rien n'est gratuit. Quand un enfant fait la diarrhée, nous préparons des décoctions à la maison pour essayer de la stopper afin d'économiser de l'argent”. James Otieno, un habitant de la banlieue de Kibera – l'un des plus grands bidonvilles d'Afrique – déclare que la situation est particulièrement sombre dans les bidonvilles, puisque les organisations non gouvernementales intéressées par le sort des pauvres ont mis toutes leurs ressources et énergies dans la réduction du VIH. “Il n'y a pas de systèmes d’égouts et d'eau potable dans la banlieue. Le peu d'eau qui est disponible coûte trop cher. Lorsqu’un enfant a été traité pour la diarrhée et retourne dans le même environnement sale, le problème n'a été que reporté”, indique-t-il. Otieno, avec des amis, ont formé un groupe d'autonomisation pour aider les gens à garder leur quartier propre, et aident au même moment la population à lutter contre les maladies causées par ce qu'il appelle 'un manque de gestion des ordures'. C'est une petite initiative, mais pour les voisins, il s'agit d'une solution opportune vers la création d’un environnement adéquat pour élever des enfants sains, les épargnant de la diarrhée et, en fin de compte, de décès qui sont évitables.