OUAGADOUGOU, 12 nov (IPS) – Le Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) estime que la maîtrise de l’eau est un préalable pour ne pas retomber dans les crises alimentaires en cas de déficit de précipitations.
Le CILSS lance cet appel à la vigilance malgré la bonne production agricole cette année dans les pays du Sahel et en Afrique de l’ouest, qui est en hausse de 12 pour cent par rapport à l’an dernier. La production céréalière prévisionnelle dans la région, sans les statistiques du Sénégal et du Mali, est de 51.031.000 tonnes en 2010 contre 45.486.000 tonnes en 2009, selon le rapport du CILSS sur les productions vivrières, publié le 5 novembre à Ouagadougou.
“C’est vrai que cette année, nous avons un excédent mais si l’année prochaine, il n’y a pas d’eau, il y aura sécheresse. Donc pour éviter le cycle, il faut maîtriser l’eau. Il est important que tous les pays y pensent”, déclare à IPS, Maty Badiao, chef du département information et recherche au Centre AGRHYMET de Niamey, au Niger. Le Centre pour l’agriculture, la recherche hydraulique et météorologique (AGRHYMET) est une agence spécialisée du CILSS. Le CILSS dote aujourd’hui les pays membres de plus de 60 pour cent de cadres qui opèrent dans la météorologie, l’agriculture et la sécurité alimentaire pour les innovations technologiques et les politiques visant à mieux affronter les changements climatiques dans la région. Selon le CILSS, les hausses significatives de production céréalière sont prévues au Tchad, au Niger et au Burkina Faso.
La production de riz qui est estimée à 9.850.000 tonnes est en hausse de cinq pour cent par rapport à la saison écoulée, indique le CILSS. Des baisses de production de riz sont cependant prévues au Bénin, au Togo et au Niger.
Selon le CILSS, la production de maïs estimée à 15.439.000 tonnes est en hausse de trois pour cent. Les autres cultures dont l’igname et le manioc se chiffrent respectivement à 55.462.000 tonnes et 76.304.000 tonnes.
Les efforts consentis par les Etats et leurs partenaires pour la relance des productions vivrières ainsi que la bonne pluviométrie sont les facteurs de bons résultats de la campagne agricole, souligne le rapport du CILSS.
Les pluies irrégulières de 2009 ont causé de graves pénuries d'eau, des récoltes insuffisantes et l'assèchement des zones de pâturages, estime l’ONG britannique Oxfam, entraînant une crise alimentaire pour plus de 10 millions de personnes en Afrique de l'ouest.
Le pays le plus durement touché est le Niger où 7,1 millions de personnes ont souffert de famine. Les récoltes ont chuté de 26 pour cent par rapport à l’année précédente et certaines régions, particulièrement à Diffa, dans l’est du pays, et à Tillabéry dans l’ouest, n’ont obtenu aucune récolte, indique Oxfam.
Au Tchad, les récoltes ont chuté de 34 pour cent, et près de deux millions étaient menacées de famine. Des régions du Mali, du Nigeria et du Burkina Faso ont été également touchées par la crise alimentaire liée à la sécheresse, selon Oxfam.
Le centre AGRHYMET prévoit que d’ici à 2020 et 2050, une baisse de 10 à 50 pour cent de certaines variétés de sorgho et de mil serait due aux changements climatiques.
“Dans le cadre de la gouvernance globale du climat il faut des structures, des réunions périodiques, au niveau des Etats, qui mettent ensemble toutes les interventions”, déclare à IPS, Mohamed Ould Mohamed Mahmoud, directeur général du Centre AGRHYMET. Sur les neuf pays membres du CILSS, seul le Cap Vert se situe en deçà du seuil de pénurie d’eau – au-dessous de 1.000 mètres cubes d’eau – renouvelable par an et par personne et en dessous du seuil du stress qui est de 1.700 mètres cubes d’eau par an par personne, indique le CILSS.
Initiatives régionales nécessaires Créé au lendemain de la grande sécheresse de 1973, le CILSS critique les neuf pays du Sahel qui ne comptent au total que 20 grands barrages sur les 110 recensés dans l’ensemble des 16 pays d’Afrique de l’ouest et où moins de trois pour cent des terres arables sont irriguées malgré leur niveau élevé de vulnérabilité aux aléas climatiques.
La majorité de la population des pays sahéliens vit toujours de l’agriculture pluviale qui occupe 78 pour cent de la main-d’oeuvre contre 61 pour cent dans les pays ouest-africains non-membres du CILSS, souligne l’institution.
Le CILSS a formulé deux initiatives qui sont le Programme régional d’appui au développement de la petite irrigation au Sahel; et le Programme régional sur les pluies provoquées, qui souffrent d’un manque d’investissement.
Seuls le Mali et le Burkina font déjà l’ensemencement des nuages. Pour Badiao, ce programme devrait exister à l’échelle régionale car, explique-t-elle à IPS, “vous pouvez ensemencer les nuages et les pluies tombent chez le voisin”.
Par ailleurs, pour mettre les populations à l’abri de l’insécurité alimentaire liée aux aléas climatiques, le CILSS propose aux Etats la reconstitution des stocks nationaux et communautaires de sécurité alimentaire en opérant des achats dans les zones excédentaires.
“II ne faut pas oublier que nous venons d’une période difficile dans des zones comme le Niger, le nord-est du Mali, le Tchad et le nord du Nigeria. Donc il faut la vigilance pour les populations qui ont perdu leur cheptel, et voir comment elles peuvent avoir accès aux productions car les populations pastorales ne produisent pas ces céréales”, avertit Salif Sow, représentant régional du Programme d’alerte précoce contre la faim. Sow justifie ses inquiétudes par la hausse des prix des céréales malgré les bonnes prévisions et surtout l’offre limitée du riz qui entraîne une augmentation de 10 à 20 pour cent du prix sur le marché international. Ce qui pourrait “fragiliser” la situation alimentaire des plus démunis.

