AFRIQUE: Sans investissement dans l’agriculture, la famine perdure

JOHANNESBURG, 11 nov (IPS) – L’accès insuffisant à l’eau, les inondations et les sécheresses récurrentes ainsi que le manque de volonté politique d’investir dans l’agriculture à petite échelle perpétuent la faim à travers l’Afrique, selon les experts en sécurité alimentaire du continent.

Ils sont en train de réagir par rapport à l’indice 2010 de la faim dans le monde (GHI), publié mi-octobre, qui montre que 29 pays dans le monde ont des niveaux de faim considérés comme alarmants ou pires. Vingt-deux d’entre eux – plus des deux tiers – sont situés en Afrique subsaharienne.

Le GHI – un système de 100 points calculés sur la base de la proportion des personnes sous-alimentées, du pourcentage d’enfants de moins de cinq ans souffrant d’insuffisance de poids et des taux de mortalité infantile des pays – est publié annuellement par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et l’organisation caritative irlandaise 'Concern Worldwide'.

Le score de l’Afrique s’est amélioré légèrement au cours des vingt dernières années, passant de 25,3 points en 1990 à 21,7 points en 2010; mais à ce rythme, il n’est pas possible que l’Afrique, en tant que continent, atteigne l’objectif du millénaire pour le développement qui est de réduire de moitié la faim d’ici à 2015.

“Il y a un manque de progrès”, prévient Marie Ruel, directrice de la division pauvreté, santé et nutrition de IFPRI, notant que c’est une préoccupation particulière que, dans certains pays africains, le pourcentage de personnes affamées ait augmenté au cours des dernières années.

La faim persiste Selon l’indice, la République démocratique du Congo (RDC) a la plus forte proportion des personnes confrontées à la faim par rapport à n’importe quel pays dans le monde, suivie du Tchad, de l’Erythrée et du Burundi. La RDC a également la plus forte proportion de personnes sous-alimentées – trois quarts de sa population – et l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés dans le monde.

Le Burundi, les Comores et l’Erythrée ne sont pas beaucoup mieux, avec la moitié de leurs populations sous-alimentées.

L’une des principales raisons de la faim dans ces pays est, selon le rapport, l’insécurité prolongée due à la guerre; mais il y a beaucoup d’autres facteurs qui contribuent à l’insécurité alimentaire, tels que l’accès limité à l’eau, le manque d’investissement dans l’agriculture et les effets du changement climatique.

Parlant du Burundi, par exemple, une raison principale d’insécurité alimentaire est la mauvaise gestion de l’eau qui mine le secteur agricole du pays, selon le professeur Sheryl Hendriks, une chercheuse au département d’économie agricole, d’extension et de développement rural, à l’université de Pretoria en Afrique du Sud.

“Le manque de gestion de l’eau entraîne, dans un pays où l’eau est insuffisante comme le Burundi, un mauvais rendement au niveau de la production alimentaire”, déclare-t-elle.

En raison de la famine, plus de la moitié des enfants du Burundi ont un retard de croissance, selon le GHI. Le Madagascar, le Malawi, l’Ethiopie et le Rwanda font état de niveaux de retard de croissance similaires, pendant que le Tchad, l’Angola et la Somalie sont confrontés à des taux de mortalité de plus de 20 pour cent pour les moins de cinq ans, à cause de la faim.

Des niveaux de production bas Comme au Burundi, la faible production agricole est la cause de la faim généralisée en Erythrée où des sécheresses récurrentes et la pose de mines terrestres dans les zones agricoles après une guerre de deux ans avec l’Ethiopie qui a pris fin en 2000, ont provoqué l’insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies.

Pendant ses années productives, l’Erythrée ne produit que 60 pour cent de ses besoins en céréales et compte sur des importations pour le reste, rapporte l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Pendant les années improductives, la production de céréales chute jusqu’à 25 pour cent de la demande.

De même, au Tchad, l’agriculture, déjà limitée par son climat, a été minée par une succession de guerres, avec 80 pour cent de la population comptant sur l’aide alimentaire, selon le PAM.

La guerre a également sévi entre les frontières de la RDC depuis 1996, faisant monter d’un coup les prix des produits alimentaires de 52 pour cent entre mai 2008 et juin 2009, selon le PAM, bien au-delà de l’accessibilité de la plupart des Congolais. L’aide humanitaire demeure rare dans les parties du pays les plus ravagées par la guerre, surtout dans sa province du Nord Kivu.

Seuls quelques gouvernements africains ont réussi à améliorer la sécurité alimentaire dans leurs pays, principalement à travers l’augmentation des investissements dans l’agriculture. Le Ghana, par exemple, est arrivé à améliorer son classement sur l’indice en passant de 23,4 en 1990 à 10 cette année, selon le GHI.

Hendriks pense que le Ghana est le premier pays africain en voie d’atteindre l’OMD 1.

“[Le Ghana] investit dans l’agriculture, dans des programmes d’alimentation scolaires et dans des systèmes et capacité d’information”, déclare-t-elle, ajoutant que le gouvernement du Ghana se concentre également avec succès sur l’accord de subventions aux petits agriculteurs.

L’Ethiopie, l’Angola, et le Mozambique ont fait aussi des progrès vers la réduction de la faim, bien que la situation de la sécurité alimentaire de tous ces trois pays demeure “alarmante” avec des scores respectifs de 29,8; 27,2, et 23,7, selon le rapport.

Pas de solutions miracles Les experts en sécurité alimentaire recommandent que d’autres pays africains investissent dans l’agriculture à l’instar du Ghana, annoncent qu’il n’y a pas de solution miracle pour renverser l’insécurité alimentaire sur le continent.

Bien que l’assistance à court terme pour combattre la faim, à travers l’aide alimentaire par exemple, soit nécessaire pour gérer les pénuries alimentaires imprévues, les gouvernements africains doivent se concentrer sur la mise en œuvre de stratégies à long terme pour relancer la production agricole, déclare Dr Joyce Chitja, directrice par intérim du Centre africain pour la sécurité alimentaire à l’université de KwaZulu-Natal en Afrique du Sud.

“Il est important de faire en sorte que les initiatives de soulagement de la faim et l’aide alimentaire soient progressivement remplacées par la normalisation de la productivité agricole”, explique-t-elle, notant que les gouvernements doivent faire renaître et rétablir la productivité agricole”.

Hendriks convient de ce que l’insécurité alimentaire ne peut être résolue sur le continent que si les pays africains produisent assez d’aliment pour nourrir leurs populations. “La solution à l’insécurité alimentaire en Afrique réside dans l’augmentation de la production et de la productivité agricoles [parlant] des cultures, de l’élevage et de la pêche, [combinée avec] l’augmentation de l’accès aux marchés et aux infrastructures”.