ABIDJAN, 11 nov (IPS) – Jacqueline Lohouès Oble, la première femme candidate à une élection présidentielle en Côte d’Ivoire, est classée huitième – avec 0,27 pour cent des voix – sur les 14 candidats en lice au premier tour d’un scrutin censé sortir le pays d’une décennie de crise.
Le second tour de cette élection a été fixé au 28 novembre. Il opposera le président sortant, Laurent Gbagbo (candidat de la majorité présidentielle), à l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara (candidat du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix – opposition). Gbagbo est arrivé en tête du premier tour du scrutin du 31 octobre avec 38,04 pour cent, contre 32,07 pour cent pour Ouattara, selon les derniers résultats annoncés par la Commission électorale indépendante et validés par le Conseil constitutionnel, le 6 novembre. L’ancien président Henri Konan Bédié est le troisième, avec 25,24 pour cent des suffrages exprimés.
Avec ses 0,27 pour cent, la candidate indépendante Oble est loin d’être déçue. Tout au contraire, elle affirme ne pas vouloir abandonner les idées de son programme de gouvernement qui accorde notamment une large place à la femme et à la relance du secteur de la santé et de l’éducation. “Ce fut une riche expérience démocratique. Je suis prête à me rallier à un autre candidat, à condition d'en trouver un qui poursuive mon combat… On verra bien. Il faudra discuter si l’on veut mon soutien”, a déclaré Oble, cette ancienne ministre de la Justice, le 5 novembre. Oble avait promis, dans son programme politique et pendant sa campagne, de reformer le système éducatif et de promouvoir la recherche. Elle voulait également instaurer une assurance maladie dans le système médical pour permettre l’accès aux soins pour les plus pauvres; et promouvoir l’égalité des sexes, avec une parité de 50/50 dans l’administration publique. A ce jour, la présence des femmes dans les organes de décision en Côte d’Ivoire est très faible : seulement cinq femmes sont présentes au gouvernement sur les 28 ministres. Par ailleurs, aucune femme n’a encore dirigé une institution de la République depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1960. “Il faudrait surtout saluer l’audace de cette femme (Oble). Elle a brisé le mythe créé par les hommes autour des élections. Sans elle, peu d’entre nous auraient toujours pensé qu’il serait impossible pour une femme en Côte d’Ivoire d’aller défier les hommes sur ce terrain”, se réjouit Alphonse Kouamé, responsable du Réseau ivoirien pour l’égalité entre les genres, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Pour Kouamé, il ne faudrait pas tenir compte du score obtenu par la candidate. “Nous avons eu droit à une première expérience encourageante. La sphère politique étant dominée par trois grands leaders qui règnent selon des appartenances régionalistes. L’on savait qu’il était difficile pour Oble de bousculer ces réalités fortement enracinées”, explique Kouamé à IPS. En effet, la cartographie des élections, publiée par la presse ivoirienne au lendemain du premier tour du scrutin, indique que Gbagbo s’impose largement dans l’ouest et le sud du pays; Ouattara dans le nord, et Bédié dans le centre. “Nous tentons de sortir d’une longue crise et à mon sens, il n’était pas indiqué que cette candidature féminine se pose”, estime Rolande N’da, conseillère à l’éducation dans un établissement scolaire de Grand-Bassam, à l’est d’Abidjan. “Son message est certes convaincant et avec un choix automatique des femmes sur sa personne, Oble devait gagner. Mais, je pense que psychologiquement, personne n’y était préparé”, explique-t-elle à IPS. Selon Marie-Paule Kodjo, présidente de la Coordination des femmes pour les élections et la reconstruction post-crise, une ONG basée à Abidjan, 50,81 pour cent des 5.784.490 personnes inscrites sur la liste électorale sont des femmes. Et pour le premier tour du scrutin, sur les 4.843.445 votants, 54 pour cent étaient des femmes. “Il est évident que les choses ne sont pas systématiques. Oble a été une candidate surprise et il faut se demander si elle été adoptée par les femmes, qui devaient être des électrices potentielles. Sinon, son engagement méritait mieux que d’être un simple qu’un modèle de démocratie”, estime Antoine Djaha, un politologue basé à Abidjan. Mais Oble est formelle et déclare vouloir suivre les pas de la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf dont l’avènement à la tête de la magistrature a permis, dit-elle, de ramener la paix dans cet autre pays d’Afrique de l’ouest. “Les populations sont fatiguées de plusieurs années de crise. Il faut en sortir dans la paix et penser au développement”, ajoute-t-elle. “Si les femmes n’ont pas remporté le défi de la présidentielle, il faudra qu’elles se concentrent dès maintenant sur les (élections) législatives, les municipales et les conseils généraux à venir. Elles y ont beaucoup à gagner si elles veulent constituer à moyen terme une force sur l’échiquier politique”, souligne Djaha à IPS.

