LILONGWE, 10 nov (IPS) – Pour Tereza Chatsilizika, séropositive, la subvention mensuelle de 10 dollars qu’elle reçoit signifie qu’elle peut scolariser ses filles handicapées et mettre la nourriture sur la table.
Chatsilizika a perdu son mari en 2000 à cause d’une maladie liée au VIH, et n’a été dépistée séropositive que quelques années plus tard. Depuis ce temps, elle se bat pour s’occuper de ses deux filles, Aida, 14 ans, et Eneless, 12 ans. Les deux filles sont soupçonnées d’avoir contracté la poliomyélite et ne peuvent pas donc marcher. Et à cause de son problème de santé, Chatsilizika était incapable de travailler et de subvenir aux besoins de sa famille. “Mes deux enfants ne pouvaient pas aller à l'école et il y avait très peu de nourriture dans l’assiette”, affirme Chatsilizika, parlant de leur vie avant de bénéficier de la subvention. Mais lorsqu’un programme de transfert de fonds sociaux a été expérimenté dans son district natal de Mchinji en 2006, la vie a changé pour Chatsilizika et ses enfants. La subvention mensuelle de 10 dollars signifiait que les deux filles pourraient aller à l'école et même engager quelqu'un pour les y pousser dans leurs fauteuils roulants offerts par le gouvernement. “Avec les subventions en espèces, mes deux enfants sont maintenant retournées à l’école. Mes filles espèrent faire les travaux de bureau et devenir par la suite de hauts cadres”, déclare Chatsilizika. L'introduction, depuis en 2006, d’un projet de transfert de fonds sociaux par une organisation non gouvernementale et le gouvernement, a avantagé des milliers de Malawites comme Chatsilizika. Toutefois, les experts avertissent que le retard du gouvernement du Malawi à approuver une politique de protection sociale pourrait entraver tous les programmes actuels et futurs de transfert de fonds. Environ 52 pour cent des Malawites vivent avec moins d'un dollar par jour et quatre millions d'enfants à travers le pays vivent dans la pauvreté. L'épidémie croissante du VIH/SIDA a exposé les enfants à la vulnérabilité et aux risques, puisque 13 pour cent des 7,3 millions d'enfants du pays, âgés de moins de 18 ans, ont perdu leurs parents et les personnes qui s’occupent d’eux à cause de maladies liées au VIH. Mais en 2006, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), la Commission nationale de lutte contre le SIDA (NAC) ainsi que le ministère de la Planification économique et la Coopération au développement du Malawi ont commencé à accorder des subventions en espèces aux familles touchées par la pauvreté et le VIH/SIDA. Environ 16.810 personnes issues de 4.106 ménages dans les districts de Mchinji, de Likoma Island, de Salima et de Machinga ont bénéficié de ce projet. Par ailleurs, le gouvernement et l'UNICEF espèrent atteindre 300.000 ménages avec 900.000 enfants dans tous les 28 districts du pays d'ici à 2015. Toutefois, l'absence de lignes directrices du gouvernement par rapport à la gestion des subventions a entraîné des cas où des ménages, qui ne sont pas dans le besoin, sont devenus des bénéficiaires. Une étude de suivi et d'évaluation menée par la NAC a révélé que le conseil de district de Salima a commis une erreur et a fini par offrir des transferts de fonds de 16 dollars à des ménages qui gagnaient de gros salaires au lieu des orphelins et d'autres individus et ménages ultra pauvres. En conséquence, environ 5.000 orphelins n'ont pas encore reçu le soutien initialement destiné à eux. “Le conseil de district a vraiment commis une erreur dans l'identification des bénéficiaires. Il a été constaté que des enseignants, qui ne sont pas pauvres, bénéficient du programme de transfert de fonds sociaux”, a déclaré Blessings Nkhoma, coordonnateur de la planification et du développement du conseil de district de Salima. On ne sait pas quand la NAC lèvera la suspension du programme de transfert de fonds sociaux dans le district. Mais les donateurs estiment qu’avec la politique appropriée mise en place, des erreurs comme celle-ci seront évitées. Présentement, le gouvernement du Malawi n’a pas encore approuvé un projet de politique de protection sociale, qui prévoit des lignes directrices pour réduire la pauvreté et fournir un bien-être aux ménages pauvres. Tayllor Spadafora, un expert de la protection sociale à l'UNICEF-Malawi, affirme que le gouvernement a besoin de rendre durable le programme de transfert de fonds sociaux en approuvant la politique de protection sociale en Conseil des ministres. Sinon, les donateurs pourraient fuir, parce que la politique assure la coordination stratégique des initiatives de protection sociale avec un cadre institutionnel et de financement commun. “Les partenaires au développement sont prêts à soutenir et contribuer au financement tant qu'il existe un engagement du gouvernement. (Ils) comptent également sur cela pour fournir un appui financier en vue de la durabilité (du programme)”, explique Spadafora. Selon Blessings Chinsinga, un expert en développement basé à l'Université du Malawi, l'absence d'une politique fait qu’il est difficile de rendre le gouvernement responsable. Il ajoute que le processus d’élaboration de la politique a été dicté par les donateurs, dirigé par la Banque mondiale et le département du développement international, et que le gouvernement doit commencer à en débattre. “Les politiciens ne sont pas encore engagés dans le processus. Ni les structures au niveau inférieur du gouvernement ni la base n’ont été jusque-là consultées ou impliquées de façon significative dans le processus”, déclare Chinsinga. Une évaluation du Malawi, menée en 2007 par la Banque mondiale, a révélé que le gouvernement, avec le soutien de ses partenaires donateurs, a dépensé plus de 500 millions de dollars entre 2003 et 2006 sur les réponses humanitaires et les activités liées aux transferts de fonds sociaux. En attendant, Ernest Chikuni, chargé de la protection sociale dans le district de Mchinji, soutient le maintien du programme de transfert de fonds sociaux. “Il ne rend pas les gens paresseux; en effet, les bénéficiaires savent comment budgétiser l'argent, ils ne font pas une mauvaise utilisation des ressources”, affirme Chikuni.

