MADAGASCAR: La conservation de la rivière Nosivolo sauve sa faune

ANTANANARIVO, 10 nov (IPS) – En 2003, quand 'Conservation International' et 'Durrel Wildlife Conservation Trust' étaient venus à Marolambo, c’était pour sauver les 19 espèces de poissons endémiques de Madagascar considérés en danger de la rivière Nosivolo, dans l’est de l’île. Sept ans plus tard, leur bilan est positif.

La rivière, qui possède la concentration la plus élevée de poissons endémiques d'eau douce de Madagascar, a été déclarée site Ramsar en septembre 2010, comme c’est une zone humide reconnue internationalement pour l'importance de son écosystème et de sa biodiversité. Les poissons qui étaient en voie de disparition commencent à être plus nombreux grâce à une stricte réglementation adoptée par les pêcheurs pour mieux protéger les espèces. Et les populations riveraines découvrent une nouvelle façon de vivre plus respectueuse de l’environnement. «Imaginez un champ de chou et de poireau dans une localité où les légumes étaient presque inconnus», raconte Lala Jean Rakotoniaina, responsable de l’appui aux communautés à Durrell Madagascar. «Les habitants de Marolambo étaient habitués à manger du poisson qu'ils pêchaient dans la rivière Nosivolo. Aujourd’hui, ils commencent à consommer les légumes qu’ils cultivent et la volaille qu’ils élèvent», explique-t-il à IPS. La riziculture sur brûlis causait l’érosion des collines, à l’origine de l’envasement et l’ensablement de la rivière. Mais «la pratique du Tavy, la culture sur brûlis, a nettement diminué», confie à IPS, Benoît Lahimarina, ancien député de Marolambo. «Les habitants commencent à prendre conscience de l'importance de la préservation (de l’environnement) et se mettent à utiliser progressivement de nouvelles pratiques culturales», poursuit-il. En 2003, après que les poissons ont été officiellement classés comme étant en danger sur la liste de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN), 'Conservation International' et 'Durrel Wildlife Conservation Trust' ont décidé d’apporter leur appui aux populations riveraines de Nosivolo. «Pour protéger les poissons et leur habitat, il est primordial d’aider les gens», indique Hasina Randriamanampisoa, responsable de la communication à Durrell Madagascar. Les appuis ont notamment porté sur la construction de certaines infrastructures communautaires, comme des bornes fontaines ou des écoles, et sur le financement du lancement de nombreux micro-projets générateurs de revenus. De nombreuses familles de pêcheurs sont aujourd’hui devenues agricultrices, éleveuses, apicultrices ou artisanes. Très engagé dans la conservation lui-même, Lahimarina reconnaît que la campagne de sensibilisation n'a pas été facile. «Les gens n'étaient pas prêts à abandonner aussi facilement des habitudes de vie séculaires», avoue-t-il. «Mais nous n'avons pas baissé les bras, et aujourd'hui, avec l'inscription de Nosivolo comme site Ramsar, nous pouvons dire que nous sommes sur la bonne voie». Pour préserver les poissons endémiques, «les populations riveraines ont établi elles-mêmes des règles strictes de conservation», ajoute Rakotoniaina. Regroupés en de nombreuses associations, elles ont mis en place des conventions communautaires interdisant la pêche en certains endroits de la rivière et réglementant les périodes de pêche. «Si la période de fermeture des pêches est de deux mois à Madagascar selon les textes en vigueur, les associations des riverains de Nosivolo ont étendu cette période à quatre, voire cinq mois», explique Rakotoniaina à IPS. «La réglementation des mailles de filet de pêche est aussi plus stricte que ce qui est prévu par les textes légaux», souligne Luciano Andriamaro, coordinatrice des programmes scientifiques à 'Conservation International Madagascar'. Pour les aider à faire respecter les règles, les associations ont également sollicité qu’un responsable de l’administration forestière soit affecté au niveau de leur district. Des brigades mixtes de contrôle, composées des représentants des autorités locales et des communautés, ont par ailleurs été mises en place. «Les autorités locales ont été très coopératives», déclare Randriamanampisoa à IPS. Les résultats des diverses actions de conservation ne se font pas attendre. «Les poissons qui étaient en danger critique d'extinction sont un peu plus nombreux dans la rivière et ses affluents, et les gens ont remarqué qu’ils sont même plus gros qu’avant», raconte Andriamaro à IPS. Elle souligne toutefois que malgré l’évolution perceptible sur le terrain, le statut de ces espèces, selon le classement de l’UICN, n’a pas encore changé. «La mise à jour de statut nécessite la mobilisation de nombreuses ressources et nous n’y avons pas encore procédé», reconnaît-elle. Outre le changement de leurs habitudes de vie, les habitants de Marolambo se sont également ouverts à la modernité grâce au projet de conservation. «Depuis 2006, les jeunes de Marolambo ont pu voir une voiture. Faute de route, aucun véhicule automobile n’a circulé dans ce district depuis 1972, mais cette situation a été réparée depuis que ce programme de conservation est mis en œuvre», explique à IPS, Vonjisoa Radasimalala, un géographe, dont les travaux de recherche portent sur l’aménagement et la gestion de la rivière Nosivolo. Une compagnie de téléphonie mobile a également connecté la région avec le reste du monde à la suite d’une pétition. La localité s’apprête aussi à s’ouvrir aux touristes. «Des activités écotouristiques, comme le kayak, peuvent très bien être pratiquées dans la localité, et cela sera possible lorsque celle-ci deviendra une aire protégée», ajoute Radasimalala. Après être devenue la première rivière malgache déclarée site Ramsar, Nosivolo s'apprête également à devenir la première aire protégée pour la conservation de poissons à Madagascar. «Le processus est en cours et devra bientôt être officialisé», confie Andriamaro à IPS.