SWAZILAND: Lutter pour répondre à l’insuffisance de l’aide alimentaire

MANZINI, Swaziland, 9 nov (IPS) – Le mois de novembre verra le Programme alimentaire mondial lancer son Programme d'alimentation sur ordonnance au Swaziland, mais des dizaines de milliers de personnes qui ont de toute urgence besoin d'aide alimentaire commencent à ne pas en avoir puisqu’un manque de bailleurs de fonds limite l'assistance.

Cela fait maintenant presque un an que Reuben Mamba, 74 ans, a reçu des rations alimentaires à Macetjeni, à quelques kilomètres en dehors du centre commercial de Manzini.

Mamba vit avec sa femme, Agnès âgée de 68 ans, leur fille et six petits-enfants orphelins. Le ménage a eu du mal à joindre les deux bouts avec seulement les 90 dollars de Subventions de la vieillesse que chacun des époux reçoit par trimestre; seul l’appui des parents les a épargnés de la faim.

“Nous recevions de l'aide alimentaire auprès de World Vision mais personne de l'organisation n’est revenu pour nous dire pourquoi ils ne nous donnent plus de vivres”, a déclaré Agnès.

Fikru Gebeyehu, directeur des ressources d'aide alimentaire pour World Vision, une organisation non gouvernementale humanitaire et de développement, au Swaziland, a fait savoir à IPS que l'organisation ne distribue plus de rations alimentaires depuis ces derniers mois. World Vision distribue de l'aide au nom de l'organisme d’aide alimentaire d'urgence des Nations Unies, le Programme alimentaire mondial (PAM), qui selon Gebeyehu avait suspendu son programme d'aide alimentaire.

“Le PAM a évoqué des contraintes de ressources et nous attendons maintenant le gouvernement [du Swaziland] pour qu’il nous donne des vivres que nous distribuerons uniquement aux groupes vulnérables tels que les malades chroniques”, a indiqué Gebeyehu.

A partir de novembre, le PAM commencera à soutenir 19.000 personnes dans le cadre du Programme d’alimentation sur ordonnance qui couvrira les personnes recevant un traitement pour la tuberculose ou la thérapie anti-rétrovirale. L'aide alimentaire sera également fournie à 12.000 orphelins et enfants vulnérables dans les soupes populaires tous les jours, et à 16.000 jeunes et étudiants dans le cadre d’un programme “formation contre nourriture”.

Contraintes mondiales en ressources Selon Karla Hershey, représentante et directrice nationale du PAM au Swaziland, l'organisation connaît de graves contraintes de ressources depuis ces trois dernières années. Elle attribue cette situation à la crise économique mondiale.

“Cela a en particulier touché durement le PAM parce que nous dépendons entièrement du financement des donateurs pour nos activités”, a expliqué Hershey.

Le coordonnateur mondial des médias du PAM, Gregory Barrow, a déclaré aux journalistes que pendant les trois premiers trimestres de 2010, le PAM a reçu moins de la moitié du financement dont il a besoin pour ses activités à travers le monde.

“Le Swaziland n’est pas le seul pays où nos activités ont été réduites”, a dit Barrow. “Beaucoup de pays en développement sont confrontés à ce problème”.

Il a indiqué que la volatilité des prix des denrées alimentaires dans le monde complique davantage la situation. “Si les prix augmentent, nous ne pourrons tout simplement pas acheter autant de nourriture que nous l'espérions”.

Dans le ménage de Mamba, Thembani, la fille d'Agnès, sera la seule personne à bénéficier de l'aide alimentaire parce qu'elle est sous traitement anti-rétroviral.

Le nombre de personnes couvertes par les programmes remaniés du PAM s’élèveront à environ 47.000; 170.000 personnes ont besoin d'aide alimentaire dans le pays, selon le rapport de 2010 de la Commission d'évaluation de la vulnérabilité.

“Le gouvernement a l’entière responsabilité de la sécurité alimentaire de ses citoyens dans tous les pays”, a affirmé Hershey. “Les partenaires au développement, y compris des organismes des Nations Unies comme le PAM, sont invités à contribuer à la réponse nationale aux pénuries alimentaires partout où il y a un manque de ressources gouvernementales”.

Des solutions à court et à long terme Une baisse des recettes de l'Union douanière d'Afrique australe, de 713 millions de dollars à seulement 143 millions de dollars cette année, a plongé le pays dans une crise financière, ce qui l’a amené à se rapprocher de la Banque africaine de développement pour un prêt en septembre.

Le gouvernement est sous une pression budgétaire immense puisqu’il cherche à assurer une aide alimentaire pour les personnes à risque.

“Nous avons déjà acheté du maïs d'Afrique du Sud qui sera distribué sous peu, mais je ne sais pas s’il sera suffisant pour tout le monde et s’il durera jusqu'à mars prochain, lorsque l'année fiscale se terminera”, a déclaré Ben Sibandze, président de l'Agence nationale de gestion des catastrophes (NDMA).

L’énorme surplus de grains de maïs de l'Afrique du Sud voisine constitue une source potentielle de maïs bon marché, mais il existe quelques obstacles.

Il a affirmé que l’Autorité de protection de l’environnement du Swaziland avait commencé à appliquer des règlements qui régissent les importations d'organismes génétiquement modifiés (OGM), ce qui retarde le processus d'approvisionnement.

“Les nouveaux règlements sur le maïs [génétiquement modifié] rendront encore plus difficile la fourniture de la nourriture aux pauvres”, a indiqué Sibandze.

“Nous devions obtenir un Certificat attestant que le maïs n’est pas un OGM avant de l'importer dans le pays et cela nous a pris un certain temps”, a déclaré Sibandze. “Auparavant, nous importions du maïs, même OGM, sans aucun problème”.

Sibandze a déclaré que le gouvernement donnera la priorité aux ménages dirigés par les enfants, les personnes âgées et les malades chroniques.

“D'autres seront mis sous le programme 'travail contre nourriture', dans lequel ils aideront à développer les infrastructures communautaires contre l'aide alimentaire”, a-t-il expliqué.

La politique nationale 'travail contre nourriture' a été élaborée par la NDMA avec l'aide du PAM, a déclaré Hershey: “En juin de cette année, nous avons offert à la NDMA des outils de 'travail contre nourriture' afin de l’aider à démarrer sa mise en œuvre dans le pays”.

Le programme 'travail contre nourriture' permettra de réduire la dépendance permanente de l'aide alimentaire, a dit Sibandze.

“Depuis 1992, nous fournissons de l'aide alimentaire”, a déclaré Sibandze. “Il est temps que les gens essaient de se sortir de la situation”.

Mais avec la prolongation de la sécheresse, qui réduit les récoltes ou amène les agriculteurs à abandonner l'agriculture, et la disponibilité de très peu d'emplois alternatifs, l’appel de Sibandze pour que les gens s'entraident semble être vain.

Le président du Fonds international de développement agricole, Kanayo Nwanze, a invité les pays en développement à investir dans l'agriculture pour répondre à leurs exigences en termes de sécurité alimentaire. “L'agriculture doit être traitée comme une entreprise, peu importe sa taille”, a déclaré Nwanze.

Il a dit que les pays devraient développer des infrastructures agricoles, des marchés et la technologie afin d’accroître les revenus ruraux – et rendre le secteur plus attrayant pour les jeunes.

Un tel investissement permettrait de rendre les agriculteurs du Swaziland plus résistants – réduisant leur dépendance de la pluviométrie grâce à l'irrigation par exemple – et capables de produire du maïs et des légumes qui sont actuellement importés d'Afrique du Sud.

Mais avec les difficultés financières immédiates que connaît le pays, il se pourrait que le gouvernement mette du temps avant d’être en mesure de répondre à l'appel de Nwanze.