ABIDJAN, 4 nov (IPS) – Le président sortant, Laurent Gbagbo, devance son rival, l’ancien Premier ministre et opposant, Alassane Dramane Ouattara, selon les premiers résultats provisoires du scrutin présidentiel du dimanche, 31 octobre, en Côte d’Ivoire.
Dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 novembre, les rues d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, étaient désertées. Jusque tard dans la nuit, la Commission électorale indépendante (CEI) a égrené sur les ondes de la Radio télévision ivoirienne (RTI) les premiers résultats provisoires d’une élection présidentielle déjà reportée à six reprises. Et il y a fort à parier que la quasi-totalité des quelque 4,2 millions de votants de ce premier tour – soit 80 pour cent des inscrits, «l’un des taux les plus élevés au monde», selon le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Youn-Jin Choi – étaient tous rivés devant leur téléviseur.
Selon ces résultats provisoires qui doivent encore être validés par le Conseil constitutionnel, le président sortant Gbagbo arrive en tête avec 38,30 pour cent des suffrages, devant l’ancien Premier ministre Ouattara, crédité de 32,08 pour cent des voix. Quant à l’ancien président Henri Konan Bédié, il est en troisième position, avec 25,24 pour cent des suffrages. Les onze autres candidats en lice se partagent les quelque quatre pour cent restants.
Longue attente Le scénario le plus crédible verra donc Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara s’affronter lors d’un second tour prévu le 28 novembre.
L’attente des résultats donnés par la CEI a été longue pour les Ivoiriens et dénoncée par les observateurs internationaux. Depuis le premier tour de dimanche, la capitale économique vit au rythme de la rumeur. Et même les discours ou les nombreux appels au calme du Premier ministre Guillaume Soro ou du chef d’état-major, le général Philippe Mangou, ne rassurent guère la rue abidjanaise. La peur, qui est aussi la conséquence de dix ans de crise politico-militaire, a envahi la ville.
Repli identitaire Partout, les magasins et les banques ferment plus tôt. Même les taxis, d’habitude si nombreux, ont arrêté de circuler. Seuls quelques téméraires travaillent encore. Le quartier du Plateau, celui des affaires et des ambassades, ne connaît plus son incessant ballet de grosses berlines. Et les rares piétons rencontrés assurent qu’il «vaut mieux suivre les résultats chez soi».
Car ce qu’il faut craindre pour demain, au vu de la cartographie électorale, c’est le repli identitaire, un problème majeur dans le pays. Et la présence au second tour d’Alassane Ouattara, longtemps exclu de ce scrutin, ne résout rien. Victime du concept d’”ivoirité”, cet homme, «à la nationalité douteuse», selon ses détracteurs, a fédéré la majorité de la région nord du pays. Après le long règne des Akan, avec Félix Houphouët-Boigny puis Henri Konan Bédié, et de deux «enfants» de l’ouest, Robert Gueï et Laurent Gbagbo, la montée fulgurante de cet ancien directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI) est vue par ses «frères du nord» comme une occasion de revanche ou leur tour de présider aux destinées de la Côte d’Ivoire.
*(Michel Koffi est journaliste et a écrit pour InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).

