BULAWAYO, 3 nov (IPS) – Des essais contrôlés de terrain sur une culture génétiquement modifiée (GM) vont commencer dans cinq pays africains au milieu des promesses d’amélioration des cultures poussant dans de mauvaises conditions. Pendant ce temps, des organisations sont accusées de trahir les intérêts des agriculteurs africains.
Une équipe de scientifiques américains, mexicains, kenyans, ougandais, tanzaniens, sud-africains et mozambicains, a développé des variétés de maïs économe en eau dans le cadre du projet 'Water Efficient Maize for Africa' (WEMA – maïs économe en eau). On dit que ces variétés de maïs à fort rendement sont adaptées aux conditions africaines et tolérantes à diverses attaques, y compris la résistance aux ravageurs et à la maladie, trouvées sur les champs des agriculteurs en Afrique orientale et australe.
Bientôt des essais contrôlés de terrain sur 12 variétés du WEMA commenceront dans cinq pays africains.
Les variétés du WEMA tolérantes à la sécheresse ont été développées en partenariat avec la Fondation africaine pour la technologie agricole (AATF), le Centre international pour l’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) du Mexique, la compagnie multinationale de biotechnologie, Mosanto, et les organisations nationales de recherche agricole des cinq pays africains. Le programme a démarré en 2008.
Mais les organisations opposées aux cultures GM, telles que Gene Ethics, soutiennent que cette biotechnologie ne concerne pas la sécurité alimentaire, mais les avantages pour des intérêts commerciaux. Bob Phelps de Gene Ethics, en Australie, accuse le projet WEMA de trahir les intérêts des agriculteurs africains. Il a déclaré que le projet était en train d’augmenter l’accès des entreprises aux ressources publiques et aux marchés afin de maximiser le profit privé.
“Ceci n’est rien de plus qu’un système pour promouvoir et favoriser injustement les techniques des cultures GM et leurs produits par rapport à tous les autres moyens de pratiques durables en zones rurales pour les communautés africaines. L’AATF ne considère que les solutions de la manipulation génétique pour les problèmes de sécheresse en Afrique, ignorant toutes les autres technologies et stratégies de gestion”, a déclaré Phelps à IPS.
“La stratégie remplace également 'la tolérance à la sécheresse par le fait d’aider les plantes à faire face au stress de la sécheresse' – un concept plus élastique, non quantifié et indéfini, qui prête à interprétation”, a déclaré Phelps.
Mais l’Afrique a plus de bouches à nourrir malgré les grands progrès pour donner un coup de pouce à l’investissement agricole et à ses petits agriculteurs sous financés. Certains agriculteurs désespérés de gagner leur vie pensent qu’on doit donner une chance aux cultures GM.
Berean Mukwende, un producteur de maïs au Zimbabwe et vice-président du Syndicat des agriculteurs du Zimbabwe, a déclaré qu’étant donné les mauvaises conditions agricoles et les faibles rendements dans les pays sujets à la sécheresse comme le Zimbabwe, les variétés de résistance à la sécheresse du maïs de base doivent être examinées.
“La semence est chère et normalement non disponible dans les régions rurales et elle n’est pas souvent la variété appropriée. Mais avec des rendements faibles, un rendement plus élevé et des variétés [de maïs] résistantes à la sécheresse augmenteraient la productivité et sont la bienvenue”, a déclaré Mukwende.
Il a ajouté: “les agriculteurs n’ont pas le financement pour acheter les semences et saluer la réduction du coût et ils sont toujours à la recherche des caractéristiques de rendements élevés, de tolérance à la sécheresse, et de résistance aux ravageurs et aux maladies dans les semences”.
La chargée de communications du projet de l’AATF, Grace Wachoro, a déclaré à IPS que le projet WEMA est en train d’utiliser une technologie avancée de reproduction reposant sur le matériel génétique provenant du maïs tolérant à la sécheresse de CIMMYT destiné à l’Afrique. Le projet incorporera la caractéristique transgénique de tolérance à la sécheresse dans certains de ces nouveaux hybrides tolérants à la sécheresse.
L’AATF a déclaré que pendant la sécheresse modérée, les nouvelles variétés sont censées augmenter les rendements de 24 à 35 pour cent par rapport aux variétés actuelles sans cette forme de tolérance à la sécheresse. Si le projet réussit, l’augmentation des rendements se traduirait en deux millions de tonnes supplémentaires de maïs récolté pendant les années de sécheresse.
“Cela signifie que 14 à 21 millions de personnes, dans les cinq pays que nous ciblons, auraient plus à manger et à vendre”, a déclaré Wachoro à IPS depuis Nairobi, au Kenya.
En outre, déclare l’AATF, les nouvelles variétés ont des avantages de santé environnementale et humaine à travers la réduction du besoin et de l’utilisation de pesticides. La culture est également enrichie par une augmentation de minéraux et de vitamines pour une meilleure santé.
Mais les promesses de la biotechnologie pour la relance de la sécurité alimentaire n’ont pas diminué le scepticisme croissant au sujet de la sécurité des cultures GM. Elles ont même développé l’argument contre les aliments GM.
Gene Ethics pense que le plan de WEMA se focalise exclusivement sur des rendements plus élevés avec les cultures GM qui dépendent de plus en plus d’intrants chers et rares, tels que des engrais à base d’hydrocarbures, des pesticides et des combustibles d’engins. L’organisation a déclaré que les systèmes d’agriculture et de gestion intégrée, respectueux de la biodiversité, qui seraient mieux utiles à long terme aux besoins des communautés rurales pour un environnement durable, la nutrition et une alimentation équilibrée, doivent être considérés comme des solutions possibles.
L’AATF a déclaré que les petits agriculteurs devront payer les semences parce que Mosanto était en train de faire don d’une reproduction, d’une technologie et d’une expertise avancées pour améliorer la tolérance à la sécheresse des variétés de maïs adaptées aux conditions africaines. Cependant, on ne leur fera pas payer de redevance.
Les variétés seront autorisées gratuitement à travers l’AATF pour le développement, l’expérimentation, et le déploiement éventuel par de multiples réseaux de distribution de semence.
Mais Phelps n’est pas convaincu. Il a déclaré que rien n’est gratuit à long terme et que les agriculteurs africains paieront année après année la semence GM qu’ils ne peuvent pas conserver pour de nouvelles semailles.
“Mosanto offre d’abord gratuitement ses semences GM, comme il l’a fait en Amérique du Sud avec le soja et le maïs”, a-t-il déclaré.
“Mosanto et l’AATF prévoient accrocher les agriculteurs africains et les gouvernements qui achèteront les produits GM plus tard a des prix élevés quand d’autres options, telles que la semence conservée à la ferme, auront disparu”.

