VIHIGA, ouest Kenya, 28 oct (IPS) – Le pasteur Joseph Muhembeli et son épouse, Beatrice font la queue au centre de santé de Vihiga avec leur fille de six mois pour la prévention de la transmission mère-enfant (PTME).
Mais très tôt, conformément à la politique de la clinique, le couple est rapidement déplacé devant la file – tout cela parce que Muhembeli a accompagné son épouse pour les soins.
Le couple a été testé séropositif il y a quatre ans. Mais grâce à la participation de Muhembeli au programme de PTME, leur fille de six mois a été testée séronégative.
“Depuis deux ans maintenant, nous encourageons la participation masculine à la prévention du traitement materno-foetale du VIH. Et c’est pourquoi nous accordons un traitement spécial à tous les hommes qui accompagnent leurs épouses aux consultations soit prénatales soit post-natales”, a déclaré Martha Opisa, l’infirmière en chef du centre de santé.
Opisa a déclaré que le centre de santé de Vihiga a l’habitude d’accueillir par mois environ 40 clients en quête de services de PTME avant la participation active des hommes aux consultations prénatales et post-natales. “Mais maintenant, nous accueillons entre 60 et 70 clients par mois, presque le doublement du chiffre originel”, a-t-elle déclaré.
Les consultations masculines font partie du programme Zingatia Maisha ('considérer soigneusement la vie' ou 'action positive' en swahili) financé par GlaxoSmithKline en collaboration avec les ministères kenyans de la Santé publique et des Services médicaux. Le programme renforce aussi les liens entre les groupes communautaires de soutien au VIH et les centres de santé publics.
L’initiative a été lancée en 2008 et le succès des consultations masculines, pendant lesquelles les hommes sont éduqués sur différentes questions sanitaires, a entraîné un changement dans les croyances culturelles masculines. Les consultations masculines ont eu un impact dans la région de Muhembeli, une zone où, traditionnellement, les hommes croyaient que la participation aux consultations prénatales et post-natales était purement le devoir de leurs épouses.
Maintenant, Muhembeli est simplement l’un des centaines d’hommes déterminés à changer cette croyance.
C’était à travers une telle consultation masculine que Muhembeli et son épouse ont découvert leur séropositivité au VIH. “Grâce aux leçons reçues de la clinique, l’encouragement des membres des groupes de soutien et d’autres experts, nous avons pu avoir deux enfants séronégatives”, a-t-il déclaré. Le couple a une autre fille séronégative âgée de trois ans.
“Pendant les consultations [masculines], nous fournissons aussi des conseils et le test de dépistage du VIH à ceux qui sont bien disposés. Nous contrôlons toute autre infection sexuellement transmissible y compris la tuberculose et nous offrons le traitement pour toute autre maladie dont le client pourrait souffrir”, a déclaré Opisa. Les cliniques disposent également de cours prénatals sur les soins au bébé, la planification familiale, l’hygiène, la prévention et l’infection au VIH, entre autres.
Les séropositifs déclarés sont envoyés vers un groupe de soutien où ils apprennent à vivre positivement et à se lancer dans les activités génératrices de revenus. Les individus séronégatifs ont leur propre groupe de soutien à travers lequel ils communiquent l’importance des consultations masculines à la communauté.
Mais dans le cas de Muhembeli, sa participation à la consultation masculine a commencé lorsque sa femme l’a convaincu de le faire.”Ça n’a pas été une décision facile. Mais ma femme a insisté au point que j’ai dû l’écouter”, a dit Muhembeli. Mais, a-t-il ajouté, tous les hommes n’écoutent pas leurs épouses, d’où l’importance des consultations masculines.
Il a déclaré avoir constaté qu’à travers le programme Zingatia Maisha, les hommes ont encouragé d’autres hommes à participer aux consultations prénatales et post-natales avec leurs épouses. Ça a réussi, a déclaré Muhembeli, parce que les hommes 'écoutent d’autres hommes' au lieu de leurs épouses ou des femmes.
Selon Opisa, il est plus facile de conseiller un couple ensemble que de conseiller simplement l’épouse seule. “Quand nous conseillons les couples, c’est plus facile de révéler leur état lorsqu’ils sont ensemble que lorsqu’on engage un partenaire à le révéler à l’autre. S’ils sont réactifs, c’est aussi facile de les inscrire au programme de PTME”, a-t-elle déclaré.
Le programme mis en oeuvre par la Fondation Elizabeth Glaser pour le SIDA pédiatrique (EGPAF), la Fondation africaine de recherche médicale et le Réseau national pour l’autonomisation des personnes vivant avec le VIH/SIDA, a aidé à relier 15.000 personnes vivant avec le VIH des provinces orientales et occidentales du Kenya aux groupes de soutien.
Selon Dr Lucy Matu, experte en pédiatrie et conseillère technique de EGPAF sur la PTME, 40 pour cent des femmes séropositives transmettent le virus à leurs enfants dans les cas où il n’y a aucune intervention. “Mais avec l’intervention d’une dose unique de Nevirapine, nous avons remarqué que la transmission aux bébés est réduite de moitié”, a-t-elle déclaré.
Non seulement les consultations masculines ont empêché les filles de Beatrice Muhembeli d’être séronégatives, mais elles ont également amélioré la vie du couple à d’autres égards, selon elle. “Après que nous avons appris à vivre positivement avec la maladie, la vie n’a jamais été pareille. Il m’aime comme il ne m’a jamais aimé auparavant, il m’accompagne chaque fois à la clinique et nous rappelons l’un à l’autre le moment de la prise de nos médicaments. En fait, il est mon partenaire en traitement”, a-t-elle déclaré.

