ZIMBABWE: Des femmes ferronnières rompent avec la tradition

BULAWAYO, Zimbabwe, 29 oct (IPS) – A une époque où davantage de femmes à travers le monde occupent des postes dans des domaines dominés par les hommes, Sithabile Ruswa, 41 ans, se fait également une réputation, quoique bien loin des salles de conférence climatisées généralement médiatisées.

Comme des millions d'autres femmes à travers le Zimbabwe, Ruswa n'a eu aucune opportunité pour accéder au marché du travail formel. Aujourd'hui, elle travaille dans une profession qui a été considérée comme “un monde pour hommes”.

Ruswa transforme le métal en pots, en casseroles, en plateaux de cuisson, en chandeliers, en pelles à poussière et en toute une gamme d'articles de cuisine qu'elle vend aux habitants de Bulawayo, la deuxième ville la plus grande du Zimbabwe, avec environ deux millions d’habitants.

Travaillant à partir de son arrière-cour et comptant sur des membres de famille non rémunérés pour sa seule main-d'œuvre, elle a créé une petite entreprise florissante malgré les nombreux obstacles dressés contre elle. C'est un pays où les femmes d'affaires ont toujours un accès limité au capital ou à tout appui formel des institutions financières.

“J'ai appris de mon défunt mari comment fabriquer ces pots. Il pourvoyait à nos besoins en fabriquant et en réparant des pots”, déclare Ruswa. Entre deux périodes de travail, elle s'occupe également de cinq enfants scolarisés dans une maison de quatre pièces bourrée, dans la banlieue de la classe ouvrière de Mabutweni à Bulawayo.

“C'était difficile au début mais maintenant j'ai maîtrisé cela. Mes enfants travaillent comme mes assistants. Ils vont dans les banlieues et le quartier central des affaires pour vendre les pots”, dit-elle.

Les préjugés contre les femmes qui entrent dans ce domaine sont prouvés dans un entretien avec Gillian Msakwa, qui s’est créé localement un nom comme étant un artisan qui fabrique des articles de ménage en acier.

Tout en affirmant que des femmes comme Ruswa devraient être soutenues, il évoque “l'inquiétude” habituelle concernant les femmes qui entrent dans des professions qui sont considérées comme étant “trop exigeantes physiquement” pour elles.

Il est également préoccupé par les femmes qui exercent de tels métiers puisqu’elles devraient plutôt occuper les fonctions associées au fait d'être la “colonne vertébrale de la famille”. Dans l'entretien accordé à IPS, il admet également que certains hommes doivent encore changer leurs attitudes envers les femmes qui brisent les stéréotypes de genre dans leurs choix de métier.

L'ingéniosité des femmes du Zimbabwe, telles que Ruswa, est ce qui leur permet de s’en sortir dans un contexte où la formation d'un gouvernement d'union nationale n'a pas apporté de soulagement sous forme d’opportunités d’emploi formel, surtout pour les femmes.

L’entreprise à domicile de Ruswa n’est que l'une des nombreuses entreprises que l'on trouve en train de fournir un moyen de survie dans ce pays d'Afrique australe où les possibilités économiques ont diminué en raison de la crise politique. “Je suis heureuse d'envoyer mes enfants à l'école. Je n'ai jamais espéré une vie au-delà de cela”, confie Ruswa.

Comme beaucoup d'autres femmes qui dirigent des micro-entreprises d'arrière-cour, Ruswa vit au jour le jour sans aucune possibilité d'agrandir son entreprise ou d'investir, malgré une demande constante pour ses produits bon marché.

Elle s’approvisionne en son matériel pour fabriquer ses articles auprès des usines et des fonderies locales. Ses prix s’élèvent à quatre dollars pour un pot, trois dollars pour un plateau de cuisson et un dollar pour un chandelier.

Un pot d'une taille similaire coûterait 10 dollars dans les magasins de détail. Dans un pays où les revenus disponibles ont été érodés, les produits de Ruswa constituent des alternatives bon marché et pratiques.

Mais: “Je n'ai jamais pensé à l’agrandissement. Ce serait bon si j’avais une petite usine où je pourrais produire plus”, affirme Ruswa.

Jennifer Tizirai, une consultante qui travaille au ministère des petites et moyennes Entreprises et du Développement coopératif, explique le problème: “Ce que nous avons constaté, c’est que peu de femmes se présentent pour demander de l'aide en termes de finance ou de conseils sur la façon de pérenniser leurs entreprises généralement petites mais prospères.

“Finalement, elles demeurent coincées sans se rendre compte de tout leur potentiel”.

Malgré l'existence du ministère des petites et moyennes Entreprises et du Développement coopératif, des femmes comme Ruswa ne savent pas vers où se tourner pour obtenir de l'aide.

Ruswa n'a jamais entendu parler d'une entité qui cherche à aider des femmes comme elle, et croit qu’il revient à ces groupes de faire connaître le type d'assistance qu'ils peuvent lui offrir.

“Ce sont les femmes instruites et riches qui ont accès à l’aide financière parce qu'elles savent où aller tandis que nous devons être contentes d’obtenir un peu d'argent pour acheter du pain”, dit-elle, exprimant ce qui a été une plainte persistante chez les travailleurs du secteur informel à Bulawayo.

Des industries d’arrière-cour comme la sienne ont été détruites en 2005 par le seul parti au pouvoir à l’époque, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), au cours d’une attaque contre les travailleurs du secteur informel qui étaient perçus comme des partisans du parti de l'opposition. Ruswa demeure reconnaissante que son entreprise ait fonctionner sans interruption depuis cette année terrible.

“Je n'ai pas eu de problèmes avec les autorités, même si certaines personnes se sont plaintes au sujet du bruit que nous faisons avec le métal”, admet-elle.

Malgré les règlements rigoureux de la municipalité, l'autorité locale a autorisé ces industries d’arrière-cour à fonctionner, étant bien consciente aussi des difficultés économiques qui ont jeté des millions de personnes dans l'économie informelle afin de survivre.