DEVELOPPEMENT-KENYA: Le micro-crédit aide les fermiers à labourer d’avance

NAIROBI, 27 oct (IPS) – Il y a 17 ans, il semblait être un rêve impossible d’offrir à des milliers d'agriculteurs à faible revenu un moyen d'emprunter de petites sommes d'argent au Kenya.

Mais les gens qui travaillent dans le secteur du thé, dans les zones rurales, dans le centre du Kenya, étaient déterminés à faire face au manque d'accès au crédit par les agriculteurs. Ils ont créé la Société de coopérative d'épargne et de crédit Muramati (SACCO). Selon Joseph Ngaai, qui est le président de Muramati, un groupe de directeurs de l'usine de thé, des membres du conseil de thé et les responsables qui travaillent avec les petits agriculteurs, ont remarqué les difficultés que les fermiers avaient à accéder aux services bancaires. La SACCO a été formée par la mise en commun des ressources afin de créer une base financière pour les petits agriculteurs. La majorité de la population du Kenya vit dans des zones rurales. Bon nombre sont de petits agriculteurs qui sont aux prises avec l'insuffisance des infrastructures, l'analphabétisme, des entreprises économiques à risque et une faible rentabilité. Les SACCO ont gagné en importance au Kenya, comblant le vide laissé par des banques qui ont une aversion pour le risque. Les SACCO sont des organisations démocratiques détenues, gérées et dirigées par les membres. L'argent est mis en commun et les membres acceptent de se le mettre à disposition à des taux d'intérêt raisonnables. “Nous voulions offrir des services de prêt aux agriculteurs à des coûts minimes. Nous n'avions pas de bureau à partir duquel opérer, mais nous utilisions des points de distribution d’argent mobiles où les fermiers recevaient leur argent”, explique Ngaai. Le mot indigène “muramati” symbolise l’économat, la confiance, les soins et le fait d’être “le gardien de quelqu'un d'autre”. Loin de ses modestes débuts dans un bureau “emprunté” à quelqu'un, avec un capital de base de 500 dollars et presque aucun personnel, la coopérative SACCO Muramati a réussi à recruter plus de 70.000 membres, essentiellement des agriculteurs, et atteint maintenant les centres urbains. Le gouvernement de ce pays d'Afrique orientale a priorisé les institutions quasi-bancaires dans son plan ambitieux intitulé “Kenya Vision 2030”. Le gouvernement considère ces institutions comme un outil pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies. Lawrence Munyua, originaire du district de Murang'a, dans le centre du Kenya, estime que son succès, en tant que fermier, dépendait du soutien de Muramati. Il a adhéré à la société en 2008: “Muramati nous a aidés lorsque la plupart des agriculteurs dans le centre du Kenya étaient frustrés par les mauvais paiements dans le secteur du thé. Des centaines de personnes ont déraciné leurs tiges pour d’autres cultures vivrières qui, selon elles, pourraient marcher comme substituts”, a déclaré Munyua à IPS. Avec le soutien de la société, les agriculteurs ont diversifié leurs méthodes de culture. Bon nombre se sont reconvertis dans la production laitière et ont acheté des chèvres et des vaches. “Muramati, au même moment, a formé les fermiers sur les méthodes d'épargne de base”, affirme Munyua. Munyua explique que les fermiers ont parfois rapidement besoin de crédit et que les SACCO sont capables de vite traiter les demandes. Toutefois, il faut noter que les nouveaux membres de Muramati peuvent accéder uniquement à de petits prêts dans les six premiers mois après adhésion. Munyua déclare avec enthousiasme: “J'ai réussi à envoyer tous mes enfants à l’école et à acheter un lopin de terre ainsi qu’un véhicule avec les prêts”. Mary Wangeci, une productrice de thé, confirme que les SACCO transforment la vie des gens pauvres. “Elles vous écoutent lorsque vous leur soumettez vos problèmes”, a-t-elle confié à IPS au téléphone depuis sa ferme à Thika, dans le centre du Kenya. Les SACCO sont des services financiers qui se multiplient le plus au Kenya. Selon le ministre des Coopératives, Joseph Nyagah, elles représentent actuellement environ 2,2 milliards de dollars d’économies, ce qui fait 32 pour cent des épargnes nationales. Auparavant, bon nombre de SACCO au Kenya s’étaient effondrées en raison de la mauvaise gestion des fonds et de mauvaises prises de décisions. Le gouvernement kényan a adopté une loi en 2008 pour assurer des services de gestion financière prudente au niveau des SACCO. Au début de 2010, le gouvernement a mis en place l’Autorité de régulation des SACCO. La loi de 2008 donne pouvoir à cet organe d’accorder des licences et de réguler les activités des groupes coopératifs d’épargne. Tony Mwangi, directeur général de Muramati, a déclaré à IPS que les SACCO ont acquis leur part de marché malgré la dure concurrence de la part des institutions financières existantes. “La situation financière des SACCO est à la 'hausse'. Elles sont capables de prêter en moyenne 12,3 millions de dollars par an à leurs membres”, affirme Mwangi. Les SACCO élargissent leur gamme de services puisque les opérations bancaires par téléphone cellulaire sont en plein essor. Muramati envisage de donner aux membres la formation de base sur l'utilisation des technologies de l'information et de la communication, notamment l'utilisation des guichets automatiques et les opérations de banque sur Internet ainsi que l’envoi de messages courts par téléphones cellulaires.