COTONOU, 22 oct (IPS) – Morsures de serpents dans l’eau, décès par noyage, écoles et habitations détruites, voies secondaires défoncées, des milliers de sans abri, autant de faits qui confirment les graves inondations que le Bénin vit actuellement comme un drame national.
Selon un communiqué du Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR), publié le 22 octobre, quelque 680.000 personnes sont touchées par les inondations provoquées par les crues des fleuves Niger et Ouémé au Bénin. Un précédent communiqué du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), daté du 19 octobre, indique que 51 communes, sur les 77 que compte le pays, sont touchées par la montée des eaux, avec au moins 43 morts. «Plus de 360.000 personnes, dont 186.500 femmes et 64.500 enfants âgés de moins de cinq ans, ont été affectées par les inondations qui se sont abattues au Bénin depuis environ un mois», souligne l’UNICEF, ajoutant qu’au moins 278 écoles ont été détruites. Selon l’UNICEF, «Les besoins immédiats portent sur les abris d’urgence – car environ 500.000 personnes sont déplacées et près de 98.000 restent sans abris -, la fourniture d’eau potable aux populations, l’alimentation, la nutrition, l’accès aux services de santé, d’autant plus qu’une épidémie de choléra s’étend notamment à Cotonou où 39 nouveaux cas sont déclarés».
«Lundi dernier (18 octobre), à Ahouansori Toweta, Tossou Nougo Dosan, 54 ans, est mort par noyage. Il dormait sur une table dans sa maison inondée qu’il s’est refusé à quitter pour ne pas laisser les voleurs emporter ses biens. Je viens de signer son acte de décès», a déclaré à IPS, François Gandonou, chef du quartier Toweta, dans le 6ème arrondissement de Cotonou, la capitale économique du Bénin.
«Nous n’avions jamais vu des eaux aussi cruelles, elles nous viennent jusqu’à la poitrine. J’ai dû envoyer ma femme et mes enfants auprès de quelques amis et moi-même, je reste dans mon bureau. Ma maison est prise en otage par les eaux», a–t-il souligné.
Dans le 9ème arrondissement de Cotonou, Rosalie Dhossou, chef du quartier Médédjro, estime que les trois quarts des habitations sont sous l’eau. «Ce sont surtout les morsures de serpents dans l’eau qui sèment aujourd’hui la panique. Faute de moyens, les populations dorment à la belle étoile, près des caniveaux, au bord des voies pavées», indique-t-elle à IPS. «A Vossa (un autre quartier), un jeune couple a échoué dans un puits couvert par la montée des eaux», affirme encore Dhossou, lançant un appel au secours et à l’aide.
Dans le quartier Ladji de Cotonou, une dame, Nouvoessi Katcha, pleure encore son enfant de trois ans tombé dans le lac Nokoué rempli par les eaux du fleuve Ouémé en crue, souligne Antoine Tchina, chef de la localité.
Maxime Avénon, un sociologue travaillant dans un projet de la Banque mondiale, témoigne qu’il a été surpris en pleine nuit par des eaux qui ont envahi sa chambre au quartier Djijè de Cotonou. «Il sonnait 3 heures du matin lorsque nous avons constaté qu’un visiteur indésirable occupait notre espace. Nous avons alors rassemblé nos affaires et sommes partis précipitamment».
Du côté du sud-est du pays, à Porto-Novo, la capitale administrative du Bénin, la situation n’est pas meilleure. Selon le directeur des services techniques de la mairie, Daniel Hounkpevi, les 2ème et 5ème arrondissements de cette ville sont les plus touchés. Dans les quartiers de Djègankpèvi, Tokpota, et Lokpodji, les populations sont contraintes au départ.
Dans le centre du Bénin, le maire de Ouinhi, Innocent Sékou, a exprimé son désarroi à IPS. «Il y a de l’eau partout. Récemment, un élève du premier cycle allant de Tohouè à Zato pour s’inscrire à l’école, a lamentablement échoué dans les eaux. La situation est alarmante», a-t-il dit.
Selon Philippe Bognonkpè, le maire de Zagnadado, dans la même zone, les inondations de cette année sont une calamité.
Dans le nord-est du pays, le maire la commune de Tchaourou, Sounon Bouko Bio, a déclaré que les eaux ont emporté deux ponts reliant d’une part, les arrondissements de Bétérou et d’Alafiarou, et d’autre part, Kpanme et Kpawa; tandis que quelque 2.000 hectares de cultures sont emportés et 419 habitations détruites.
Plus au nord, le maire de Malanville, Issaka Bako, affirme avoir enregistré deux décès de jeunes de moins de 30 ans par noyade. «Mais aujourd’hui, les eaux (du fleuve Niger) commencent à se retirer progressivement», ajoute-t-il.
Dans la commune de Karimama, dans la même zone, le maire Moussa Maman-Bello dénombre 1.737 ménages sans abri correspondant à 12.124 personnes; 14 écoles inondées, 14.000 hectares de terre emblavées emportées par les eaux; 45 pirogues et 1.377 filets de pêche disparus. Et dans l’arrondissement de Kompa, on recense au total 732 enfants de zéro à cinq ans sans abri. Les femmes enceintes sans abris sont plus de 500 dans toute la commune, dont 323 dans le seul arrondissement de Monsey.
Selon le représentant de l’UNICEF, Dr Souleymane Diallo, «les inondations sont courantes au Bénin, mais on n’a jamais connu une telle ampleur. La situation est grave et semble perdurer, ce qui affecte prioritairement les femmes et les enfants». «Les récoltes sont détruites, ce qui a un impact considérable sur les rations alimentaires. A cause du manque d’eau potable et de la pollution, il est à craindre une recrudescence des maladies d’origine hydrique», a ajouté Diallo.
Au ministère de la Santé, le chef du service épidémie, Dr Honoré Djogbé, affirme qu’un travail de veille se fait actuellement : «Nous surveillons les maladies diarrhéiques et pré-positionnons des solutés pour réhydrater. Nous avons énormément distribué les comprimés pour stériliser les eaux et assainir l’environnement des sinistrés», a-t-il dit à IPS.
Les agences des Nations Unies au Bénin sont très préoccupées par la situation. Le PNUD, l’OMS, le PAM, le HCR, l’UNFPA, la FAO, l’UNICEF et la Banque mondiale travaillent en synergie pour apporter une réponse d’urgence.
Une cellule de gestion de crise, présidée par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique est opérationnelle. Elle regroupe tous les acteurs dont les ministères, les agences de l’ONU, les ONG, notamment Caritas, Catholic Relief Services, Plan Bénin, et la Croix-Rouge. Un financement urgent est attendu à hauteur d’environ 8,7 millions de dollars pour assurer les interventions liées à la gestion de la crise et au relèvement des populations sinistrées, indique l’UNICEF.

