SANTE-OUGANDA: Incapable de contenir la tuberculose

BUDUDA, Ouganda, 7 oct (IPS) – John Mahanga est assis sur son lit d'hôpital, toussant de façon persistante. Cet homme de 42 ans souffre de la tuberculose depuis les trois dernières années.

Pour cela, Mahanga a été mis sous traitement, mais il a, à plusieurs reprises, arrêté de prendre les médicaments quand il se sentait mieux. Les médecins ont maintenant diagnostiqué chez lui la tuberculose multi-résistante (MDR-TB). “Je ne voyais pas pourquoi je devrais continuer à prendre les médicaments alors que la toux avait guéri et que j'avais pris du poids”, déclare Mahanga, qui a été admis à l'Hôpital de Bududa, dans l’est de l'Ouganda. Il ne savait pas qu’une ligne de traitement de la tuberculose doit être suivie jusqu'au bout pour être efficace. L’histoire de Mahanga n'est pas étrange en Ouganda, qui était classé, en 2008, 15ème sur la liste de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) des 22 pays les plus touchés par la tuberculose. Actuellement, environ 16 pour cent des malades de la tuberculose n’observent pas le traitement, selon le ministère de la Santé nationale. Le manque de sensibilisation n'est pas la seule raison pour laquelle le pays a du mal à maîtriser la tuberculose. Beaucoup de malades ne suivent pas le traitement à cause des difficultés à se rendre dans les centres de santé pour les suivis et les contrôles, ou parce que les médicaments nécessaires sont en rupture de stock, expliquent des experts en santé. La MDR-TB est devenue un problème grave dans le pays, parce qu'il y a peu d'options thérapeutiques pour les malades qui sont devenus immunisés contre les médicaments ordinaires de traitement de la tuberculose. Ces malades deviennent ensuite une source dangereuse d'infection pour d'autres, explique Dr Martin Okot, consultant principal sur la tuberculose à l'hôpital national de référence à Mulago, au nord de Kampala, la capitale ougandaise. La tuberculose a été déclarée maladie d’urgence en 2005, et bien que le gouvernement ait consacré 38 pour cent du budget du ministère de la Santé à la lutte contre l'épidémie, peu de progrès ont été réalisés pour la contenir. Les services de santé de l'Ouganda dépistent un peu plus de la moitié des cas de tuberculose, selon le ministère de la Santé du pays, ce qui est bien en dessous de l’objectif de 75 pour cent indiqué par l'OMS. L'Ouganda a réalisé seulement 68 pour cent de réussite du traitement et est donc loin de l’objectif de 85 pour cent visé par l'OMS. “La situation est inquiétante”, souligne Dr Joaquim Saweka, le représentant résident de l'OMS en Ouganda. Des experts en santé estiment que la stratégie n’a pas été à la hauteur parce qu’un élément important fait défaut: alors que le gouvernement s’est concentré sur l'augmentation du nombre de centres de santé pour le diagnostic et le traitement de la tuberculose, peu de fonds ont été mis à disposition pour acheter les médicaments et lancer des campagnes de sensibilisation au sein des communautés à travers le pays. “Le programme a échoué à cause de l'insuffisance du financement qu’il fallait pour soutenir la supervision nationale et la sensibilisation communautaire”, confirme Rosette Mutambi, directrice exécutive de l’Organisation des usagers de la santé en Ouganda. Saweka affirme que l'Ouganda doit rigoureusement mettre en œuvre la stratégie “Halte à la tuberculose”, le modèle de l'OMS pour le traitement et le contrôle de la tuberculose, qui comprend l'accès universel aux médicaments et le suivi de l'observance du traitement dans la communauté. Cela signifie que les agents de santé publique organisent des séances de sensibilisation au sein des communautés afin de fournir, aux malades de la tuberculose ainsi qu’à d'autres membres de la communauté, des informations sur la façon de prévenir, de détecter et de traiter la maladie. “La communauté et les membres de famille peuvent aider à identifier la tuberculose et à encourager tous ceux qui souffrent d’une toux depuis plus de deux semaines à aller faire le dépistage”, explique Dr Francis Adatu, directeur du programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre. Adatu déclare que le programme national de lutte contre la tuberculose a déjà fait un effort pour vulgariser les services de traitement dans les petits centres de santé, soulignant que la tuberculose est curable. En attendant que les problèmes structurels du système de santé publique soient réglés, l'Ouganda devra miser sur la prévention, indique Adatu. La sensibilisation des communautés joue un rôle majeur dans le dépistage précoce de la tuberculose, rendant possible la limitation de la propagation de la maladie. Et les malades qui reçoivent tôt le traitement, y réagissent mieux. Le gouvernement est conscient du problème. Le ministre des Soins de Santé primaires, James Kakooza, a déclaré à IPS qu'il ferait en sorte que les services de dépistage de la tuberculose, les médicaments et les registres normalisés pour surveiller l’évolution du traitement soient rendus disponibles à tous les citoyens. Mais pour ce faire, il s'appuie sur le soutien financier des donateurs comme le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme ainsi que le Plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le SIDA (PEPFAR), admet Kakoza. Comme l'approvisionnement du pays en anti-rétroviraux, les médicaments contre la tuberculose sont à 95 pour cent financés par des donateurs en Ouganda. En 2008, l’Agence américaine pour le développement international (USAID) a donné à l'Ouganda 2,2 millions de dollars pour les programmes de lutte contre la tuberculose, tandis que le Fonds mondial a approuvé près de huit millions de dollars. Mais depuis ce temps, le flux des soutiens financiers a baissé. Kakooza dit que le gouvernement ougandais a adressé des demandes de fonds supplémentaires à ces donateurs, mais n'a pas voulu divulguer le montant qui avait été demandé. Il était également incapable d’indiquer si les fonds parviendront au pays ni à quel moment.