LE CAP, 6 oct (IPS) – L’obésité n’est plus une question limitée aux nations riches. Chez leurs homologues en développement d’Afrique, un nombre croissant de personnes peuvent être classées comme étant obèses. Selon les chercheurs, cette tendance pourrait être préjudiciable aux économies déjà fragiles des pays.
Dr. Zandile Mchiza, chercheuse au Conseil de recherche en sciences humaines (HSRC) de l’Afrique du Sud, a constaté que la sous-nutrition et la surnutrition sont manifestes dans les communautés pauvres d’Afrique et que ces phénomènes sont étroitement liés. Sa recherche vise à informer les politiques afin d’aborder le problème croissant d’obésité en Afrique.
“L’Obésité peut entraîner toutes sortes de maladies chroniques, comme le diabète, l’hypertension, l’arthrite, les problèmes cardiaques et divers types de cancer. Ceci peut avoir diverses implications pour les économies des pays”, explique Mchiza.
Mchiza a géré un récent projet de recherche qui a examiné la portée du problème d’obésité en Afrique. L’institution légale HSRC se spécialise dans la recherche en sciences humaines et sociales, avec pour objet l’Afrique.
“Un travailleur agricole obèse ne sera pas aussi productif que quelqu’un ayant un niveau de poids sain. Une telle personne ne pourra pas parcourir de longues distances ni rester debout sur place pendant une longue période de temps lors de l’exécution des tâches. La perte de la productivité en raison de l’obésité peut ainsi entraver l’économie d’un pays”, selon Mchiza.
L’obésité peut aussi conduire à l’absentéisme, ajoute-elle: “Si vous êtes obèse, vous serez probablement en train d’aller plus souvent chez le médecin par rapport aux personnes en bonne santé, surtout si vous souffrez d’une maladie liée à l’obésité. Ceci est encore préjudiciable à la productivité et affectera l’économie si ça se produit à grande échelle”.
La détermination de l’obésité ou du surpoids de quelqu’un peut être faite par l’utilisation de l’indice de masse corporelle (IMC) qui demande qu’on divise le poids en kilogrammes d’une personne par sa taille en mètres carrés. On admet généralement que l’IMC supérieur à 25 kg par mètre carré est défini comme étant du surpoids et l’IMC supérieur à 30kg/m2 comme étant de l’obésité.
Une forte prévalence de l’obésité peut mettre une pression supplémentaire sur les systèmes de santé publique de l’Afrique déjà surchargés, souligne Mchiza. De nombreuses nations africaines sont aux prises avec la pénurie d’infirmiers, de médecins et d’autres professionnels des soins de santé, aussi bien qu’avec le manque de fonds pour les hôpitaux et les cliniques.
“Si davantage de personnes utilisent le système de soins de santé publique déjà surchargé en raison des problèmes liés à l’obésité, ça peut obliger le gouvernement à dépenser plus sur le traitement des maladies qu’on peut prévenir et de celles inutiles. Ceci pourrait conduire à réduire l’argent disponible pour le logement, l’éducation, et autres priorités”, fait remarquer Mchiza.
Le nombre exact d’Africains obèses est inconnu, puisque beaucoup de recherches n’ont pas été menées sur le sujet.
“La plupart des informations disponibles traitent de la situation en Afrique du Sud. Cela est dû à la qualité de des infrastructures de communication et de technologie et à la façon dont les divers ministères du gouvernement sont organisés.
“Ce n’est pas le cas dans la plupart des autres pays, ce qui rend difficile l’obtention des informations sur l’obésité”, souligne Mchiza. Sa recherche, qui a été menée en 2008 et en 2009, a principalement induit l’examen des enquêtes disponibles sur la santé démographique dans les Etats africains, publiées entre 2003 et 2007.
Mchiza a découvert que l’obésité est plus courante parmi les femmes et les adolescentes. “Elles sont beaucoup plus tolérantes à l’obésité, puisque les corps gros sont associés à la beauté et au statut dans la plupart des cultures africaines”, explique-t-elle.
En analysant les données disponibles, l’Egypte est le pays africain ayant le problème d’obésité le plus important, puisque 35,7 pour cent des femmes sont obèses. Le pays des pharaons est suivi par l’Afrique du Sud (27,4 pour cent), le Swaziland (23,1 pour cent), la Mauritanie (16,4 pour cent), le Lesotho (16,1 pour cent) et la Namibie (11,7 pour cent).
Le Ghana (9,3 pour cent), la République du Congo (7,5 pour cent) et le Zimbabwe (7,2 pourcent) ont un problème naissant d’obésité.
La hausse des niveaux d’obésité vient en partie du changement des modes de vie dû à l’influence de la mondialisation de la culture occidentale, tel que le choix des aliments prêts à consommer et des fast-foods par rapport aux mets traditionnels. Le prix est aussi un facteur important.
“Une assiette de frites est souvent moins chère qu’un repas équilibré”, déclare Mchiza. “Les Africains ont quitté les régimes alimentaires traditionnels pour des aliments prêts à consommer et des fast-foods”.
L’un des pays où l’obésité est un problème et qui n’est pas sur la liste de Mchiza est le Botswana. Selon son tout premier projet de recherche conduit par l’Université de Botswana, environ 20,3 pour cent des adolescents du pays entre 11 et 19 ans, sont obèses ou en surpoids.
“Environ 21,5 pour cent des étudiants classés comme étant obèses ou en surpoids sont de sexe féminin”, déclare Dr. Segametsi Maruapula, professeur au département de l’éducation familiale de l’université et chef de l’enquête. “Un peu plus de 18 pour cent était de sexe masculin”.
L’industrie alimentaire est en partie responsable du problème d’obésité du Botswana, explique Maruapula: “Les gens de nos jours mangent des aliments plus raffinés qui sont riches en matières grasses et en sucre. Nous ne parlons pas seulement des fast-foods comme des hamburgers et des hot-dogs mais également des collations savoureuses et d’autres aliments prêts à consommer”.
“La moitié des jeunes que nous avons interrogés nous ont dit qu’ils mangent du fast-food régulièrement. Environ 26 pour cent ont déclaré manger dehors une fois par jour, 18 pour cent mangeait une fois par semaine. Le problème lié au fast-food et aux aliments prêts à consommer est qu’ils sont très accessibles, en forte promotion et très moins chers”.
Maruapula soutient que l’industrie du fast-food doit prendre la responsabilité du surpoids et de l’obésité au niveau de la population active: “L’industrie doit collaborer plus étroitement avec les professionnels des soins de santé et doit écouter ces derniers concernant la façon dont elle doit rendre ses produits plus sains”, suggère-t-elle.
“La santé n’est pas seulement une tâche pour les agents des soins de santé. C’est aussi la responsabilité de l’industrie alimentaire”.
Mchiza reconnaît le rôle du fast-food dans le problème d’obésité en Afrique mais ne considère pas l’industrie du fast-food comme la principale responsable: “C’est le consommateur qui fait le choix. Les entreprises comme MacDonald's ont proposé des produits plus sains, pourtant la plupart des gens semblent préférer des produits gras”.

