BUKAVU, 17 juil (IPS) – L’explosion dramatique d’un camion citerne à Sange, dans la plaine de la Ruzizi à plus de 75 kilomètres au sud de Bukavu, le 2 juillet, alerte les gens qui manipulent et gèrent les carburants au Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Géronce Balegamire, coordonnateur de la cellule de crise à Sange et ministre provincial des Travaux publics et Infrastructures, a présenté, le 12 juillet, un bilan de 271 tués et plus de 90 brûlés graves dans l’accident.
Les initiatives des opérateurs privés locaux ont pris le relais des anciennes compagnies pétrolières occidentales dans la desserte en carburants dans la province du Sud-Kivu au début des années 1990. Beaucoup de particuliers disposent ou louent des camions citernes tanzaniens, kenyans, ougandais, rwandais, burundais. Ces camions citernes en provenance des pays d’Afrique de l’est encombrent longuement, et sans respect des normes du code de la route, de nombreuses artères de Bukavu la capitale provinciale. Ils stationnent à côté des écoles, hôpitaux, bureaux, restaurants, stations de radio, banques… Après la catastrophe de Sange, la population prend peur et les associations environnementalistes craignent d’imminentes conséquences écologiques si un incident similaire advenait dans une autre localité.
Mais, le Service d’entreposage pétrolier (SEP Congo) ne semble pas pressé. «Deux véhicules seulement peuvent être jaugés par jour. Cela crée un embouteillage et fait peur à tous les piétons obligés de se frayer le passage dans le parc automobile de gros transporteurs», se plaint à IPS, Salumu Kigosi, un chauffeur Tanzanien. «Si un seul véhicule a pu faire un tel dégât à Sange où il n’y a pas une grande concentration de la population et d’infrastructures, qu’adviendrait-il de Bukavu», s’interroge Angèle M’Cibanvunya, une vendeuse ambulante de friperies. «Si la catastrophe n’est pas encore survenue à Bukavu, c’est seulement par chance. Les risques d’accident sont très élevés, et nous n’avons pas les moyens d’y faire face», confie à IPS, Descartes Mponge, chargé de programme de l’organisations non gouvernementale Environnement ressources naturelles et développement (ERND). «Avec plus d’une centaine de camions éparpillés dans toute la ville, Bukavu brûlerait comme Sodome et Gomorrhe. Le bilan serait 100 fois plus lourd que celui enregistré à Sange», déclare à IPS, Patrick Nyamatomwa, président du noyau chargé de l’environnement au sein du bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu. Les dénonciations des environnementalistes ne cessent de prédire l’apocalypse dans les radios et bulletins de liaison.
Camille Kasongo, le directeur du siège à Bukavu de la société brassicole BRALIMA, s’inquiète d’être le voisin direct de SEP Congo. «C’est une véritable poudrière. Nous n’avons jamais cessé de nous plaindre de cette présence qui peut mettre en mal l’écologie», a-t-il souligné devant des journalistes le 7 juillet. Ce service du SEP Congo avoisine également des bateaux ancrés sur le lac Kivu, l’usine pharmaceutique de la Pharmakina, le magasin d’armements de la force navale de l’armée congolaise, un poste de transformation de la haute tension de la Société nationale d’électricité… «C’est plus dangereux et très coûteux que d’éteindre ce cocktail molotov qui s’y produirait alors que Bukavu n’a pas de véhicule anti-incendie», souligne à IPS, Manassé Shubazi du service provincial des hydrocarbures. Pour Mponge de ERND, l’absence de pression des autorités est un facteur aggravant. «Il n’échappe à personne que la protection de l’environnement n’est pas la priorité de notre pays. Nous réclamons de l’ordre dans ce domaine : identifier les risques, définir les moyens humains et financiers à mobiliser rapidement en cas de catastrophe», lance-t-il. Les vastes frayères du lac Kivu pour la reproduction des fretins sont très vulnérables. Les communautés de pêcheurs et les îles touristiques de la province (Ibinja, Iko, Ishungu, Idjwi, Ihoka, Ishovu…) subiraient de plein fouet les dégâts d’une marée noire en cas d’explosion provenant des hydrocarbures. Michel Kisumaneno, trésorier du Comité des pêcheurs aux filets maillants sur le lac Kivu, prévient que le lac mettrait des décennies à s’en remettre. La pollution atmosphérique, qui découlerait d’une éventuelle explosion causerait des maladies respiratoires et contribuerait au réchauffement de la planète, souligne à IPS, Dr Aimé Murhula, médecin à l’Hôpital général de Bukavu. A part les dégâts causés aux infrastructures, les souffrances et les décès de civils, ces accidents engendreraient des séquelles graves sur l'environnement. Selon Dr Murhula, les dégradations de l'environnement auraient des effets nuisibles sur la santé humaine et la qualité de vie des populations. La fertilité du sol et les espèces végétales ne seraient pas épargnées. «De trop forts rejets dans le lac peuvent conduire à l'asphyxie des écosystèmes aquatiques, les premiers concernés étant les poissons, la faune et la flore aquatique», affirme Shubazi. Le gaz issu principalement de cette explosion est généralement considéré comme un polluant avec des effets néfastes sur la santé, provoquant des infections, notamment l’asthme, les irritations des voies respiratoires…, ajoute Murhula.

