GENEVE, 9 juin (IPS) – Bien que la question de récolte précoce pour les pays les moins développés ait été soulevée à maintes reprises, il demeure “une certaine réticence” au fait d’en faire une priorité dans le Cycle de Doha sur les négociations commerciales de l’Organisation mondiale du commerce, selon le ministre sud-africain du commerce, Dr Rob Davies.
La récolte précoce proposée par les pays les moins avancés (PMA) comprend une résolution immédiate au problème des subventions américaines au coton, qui faussent les échanges; l’accès au marché sans droits de douane ni limitation quantitative pour les exportations des PMA; une exception pour accélérer les exportations venant des pays pauvres; et des mesures de facilitation des exigences d’accès pour les PMA souhaitant faire leur entrée à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
“Plusieurs observateurs pensent que la condition sine qua non pour accomplir un cycle réussi, c’est la nécessité de convaincre les PMA sur un accès préférentiel aux pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE)”, ont écrit Celine Carrere et Jaime de Melo dans un article de recherche en 2009.
En dehors des PMA, l’Afrique du Sud, la Chine, l’Inde, et le Brésil ont encore soulevé leur demande en suspens depuis longtemps sur la récolte précoce lors du sommet non officiel des ministres sur le commerce, le 27 mai, mais ils n’ont pas réussi à avoir une réponse immédiate, ont déclaré à IPS plusieurs ministres du Commerce.
Davies en a donné les raisons de la manière suivante: “Le problème en question est que certains pays craignent que l’admission d’une récolte précoce implique l’échec du Cycle de Doha. L’argument qui s’y oppose est que les PMA ne sont pas supposés payer; ils sont supposés recevoir des concessions pour être intégrés dans le système commercial global.
Quelle que soit la dynamique en jeu, cela ne doit pas affecter les PMA et c’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’une récolte précoce pour ces pays”, a ajouté Davies.
“La question qui prévaut est de savoir ce que le Cycle de Doha offre aux PMA. J’ai soulevé la question d’une récolte précoce de concert avec les PMA pendant la conférence parce que plusieurs PMA ont besoin d’une résolution urgente pour leurs préoccupations commerciales immédiates, telles que l’accès au marché sans droits de douane ni limitation quantitative, et la question des subventions au coton, entre autres”, a déclaré Davies à IPS.
L’envoyé du commerce Matern Yakobo Christian Lumbanga de la Tanzanie, un PMA, convient avec Davies: “Nous ne pouvons pas attendre jusqu’à ce que les grands acteurs règlent leurs divergences dans les négociations de Doha. Nous voulons une réponse immédiate à nos revendications”.
“Les PMA”, poursuit-il, “vont élaborer une déclaration pour faire passer le message selon lequel il est nécessaire d’aborder promptement leurs préoccupations particulières au sujet du programme de Doha et sans les soumettre à d’autres exigences”.
Le coordonnateur des PMA à l’OMC et envoyé du commerce de la Zambie, Darlington Mwape, a soutenu lors de la rencontre que le retard dans la prise en compte des préoccupations des PMA revient à un refus des “objectifs de développement”.
Le Cycle de Doha, lancé en 2001 comme un “cycle de développement” a pour mandat de veiller à ce que les PMA améliorent leur intégration dans le système commercial mondial.
Bien qu’il y ait eu un consentement des ministres du Commerce dans l'accord-cadre de juillet 2004 et la déclaration ministérielle de Hong Kong de 2005 pour fournir une “ambitieuse et rapide” solution à la réduction des subventions au coton, il y a eu peu ou pas du tout de progrès jusqu'à présent.
La principale pierre d'achoppement pour aborder la question des subventions au coton – qui a sérieusement affecté le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad – est notamment l'opposition de l’acteur mondial des subventions au coton, les États-Unis. Washington a affirmé à maintes reprises qu'il ne peut réduire les subventions au coton que lorsqu’il y aura un accord total sur toutes les questions relatives au Cycle de Doha.
L'accès aux marchés sans droits de douane ni limitation quantitative, qui a été encouragé par les ministres du Commerce à la réunion de l'OMC à Hong Kong en 2005, comprend l'accès totalement libre au marché pour 97 pour cent des grilles tarifaires des pays industrialisés et une simplification des règles d'origine pour un accès effectif plus grand au marché pour les PMA.
A la question de savoir pourquoi les principaux acteurs du commerce sont réticents à une récolte précoce, le ministre du Commerce de la Nouvelle-Zélande, M. Tim Groser a déclaré à IPS: “Je ne vais pas faire de commentaire sur les circonstances politiques des pays développés. Ce n'est pas un problème pour la Nouvelle-Zélande de réaliser un libre accès pour les PMA”.
Alors que les économies émergentes – la Chine, l’Inde, et le Brésil – et la Nouvelle Zélande, l’Union européenne, le Japon, le Canada, et la Norvège, entre autres, offrent un accès sans droits de douane ni limitation quantitative pour les exportations des PMA, les Etats-Unis ont un cadre différent pour offrir un tel accès.
“Les Etats-Unis devraient accorder un accès sans droits de douane ni limitation quantitative aux PMA pour niveler le terrain et, partant, éviter de donner moins d’accès au marché pour les PMA qu’à d'autres partenaires commerciaux avec lesquels ils ont des ALE (accords de libre-échange)”, ont écrit Carrere et de Melo.
Leur article de recherche, intitulé “Le Cycle de Doha et l'accès aux marchés pour les PMA: Scénarii pour l'Union européenne et les marchés américains”, a été publié par le Centre de recherche sur la politique économique, un organisme indépendant, basé à Londres, qui coordonne un réseau mondial d’économistes.
Les auteurs ont souligné que si les pays de l'OCDE sont sérieux sur la question du développement, ils devraient accorder sans plus tarder un accès sans droits de douane ni limitation quantitative pour les PMA.

