NAIROBI, 10 juin (IPS) – Les agriculteurs à travers l’Afrique de l'est et du sud auront bientôt un nouvel insecticide biologique suffisamment efficace pour tuer un de leurs ennemis les plus mortels – la chenille légionnaire.
Les chenilles légionnaires ou Spodoptera frugiperda, de leur nom scientifique, sont les chenilles qui finissent par se transformer en papillons nocturnes gris brunâtres. Si l’on n’y prend garde, elles se multiplient en des millions par jour et sont bien connues pour leur capacité à détruire les feuilles des cultures sur des centaines de kilomètres carrés de terre en quelques jours. Une fois qu’ils épuisent la nourriture en un lieu, elles migrent vers leur prochaine destination.
En janvier, les chenilles légionnaires ont détruit 35.000 hectares de cultures, et ont menacé la sécurité alimentaire de plus de 120.000 familles au Malawi. En mars, le quotidien New Vision en Ouganda a rapporté qu'un déchainement de chenilles légionnaires a détruit environs 100 hectares de maïs. Et les années précédentes, la Sierra Leone et la Tanzanie ont fait face à une dévastation due aux invasions de chenilles légionnaires.
L’attaque la plus meurtrière est survenue au Liberia en 2009 où les chenilles légionnaires ont attaqué environ 100 villages et détruit des cultures, y compris des plantations de café et des pâturages. Plus de 500.000 personnes ont été touchées. Plus de 20.000 habitants ont été obligés de fuir leurs maisons.
Mais aujourd'hui, les scientifiques ont redonné de l’espoir aux agriculteurs.
Les scientifiques ont maintenant mis au point un nouvel insecticide biologique qui cible spécifiquement les chenilles légionnaires, et qui est connu sous le nom de SpexNPV. L'étude sur le développement du SpexNPV a été publiée dans le volume 27 de la revue scientifique – ScienceDirect.
Auparavant, un pesticide non chimique fabriqué à base d'une maladie incurable d'origine naturelle qui affecte les chenilles légionnaires appelé virus de la polyédrose nucléaire (VPN), a été utilisé. Mais ce pesticide a tué tous les insectes. Cela a conduit les scientifiques à développer le SpexNPV.
Le virus de la PN a été découvert pour la première fois en 1965 en Tanzanie, lorsqu’on a découvert que les chenilles légionnaires y succombaient.
“Les insectes morts ont été isolés pour être analysés au laboratoire. Depuis lors, les scientifiques ont travaillé sur ce projet pour trouver les meilleures souches qui peuvent attaquer les chenilles légionnaires seulement sans affecter d'autres insectes”, a déclaré Wilfred Mushobozi, le chercheur principal pendant le projet de développement du pesticide biologique, travaillant à Eco Agri Consultancy Services, au Kenya.
Pour fabriquer le virus, les chenilles mortes sont broyées pour libérer le virus, qui est ensuite mélangé avec de l'eau et pulvérisé sur les champs. Les papillons infectés aident également à la propagation du virus.
“Une fois chez leurs hôtes, les virus vont toujours se multiplier par mutation. Ceci est très avantageux pour nous, car les insectes nous aident dans la fabrication des pesticides”, a déclaré Mushobozi.
Mais le SpexNPV ne fonctionne pas de manière indépendante. Les scientifiques ont combiné des recherches antérieures sur la prévision des attaques de chenilles légionnaires avec l'utilisation du nouveau pesticide biologique.
“La prévision est essentielle pour que ce pesticide soit efficace, car il ne tue pas aussi vite que les insecticides chimiques. Il rend (d’abord) les insectes malades, et puis il les fait mourir plus tard”, dit Mushobozi.
La recherche a été menée en collaboration avec l'Institut des ressources naturelles (NRI) de l'Université de Greenwich; le Centre International pour l'Agriculture et les sciences biologiques(CABI), et le département des sciences biologiques de l'Université de Lancaster au Royaume-Uni.
Mushombozi a dit que les insectes, après avoir absorbé le SpexNPV, peuvent encore se nourrir et se reproduire, continuant ainsi à faire des ravages. “Plus tôt sont-ils infectées, mieux cela vaut, d’où l'importance des prévisions”, a-t-il expliqué.
Des essais communautaires sur la prévision des chenilles légionnaires ont commencé après que le NRI a développé un outil qui attire les chenilles légionnaires de sexe masculin à la phase de leur cycle de vie où ils deviennent des papillons.
“L'outil, encore appelé ‘le piège de phéromone’, est un récipient en plastique contenant du matériel en caoutchouc qui a été traité à l'appât de phéromone des femelles (légionnaires) des papillons de nuit”, a déclaré le Dr Hassan Nayem du NRI.
Une phéromone est une substance chimique biologique, sécrétée par les insectes femelles ou même par les mammifères, qui déclenche l’attraction d’un mâle vers une femelle. Dans le cas de la chenille légionnaire, elle est l'indicateur de base utilisé par les papillons mâles pour identifier les papillons femelles pour l'accouplement.
Selon de nombreuses preuves, les papillons mâles légionnaires sont capables de détecter l'odeur de la phéromone dans un rayon de 10 kilomètres, selon la direction du vent.
“Le piège de phéromone contient également un insecticide. Une fois à l'intérieur, les papillons meurent, après quoi les prévisionnistes communautaires les comptent toutes les semaines”, a déclaré Nayem. “Il est important de les tuer car une fois qu'ils sont morts ils ne peuvent pas s’échapper. Cela permet au prévisionniste de compter le nombre exact de papillons (légionnaires) capturés chaque semaine”.
Plus de papillons morts indique la probabilité d'une attaque, tandis que moins de papillons indique le contraire. Selon les scientifiques, plus de 30 captures des papillons de nuit par semaine est un avertissement clair d'une éventuelle invasion de chenilles légionnaires. Lorsque cela se produit, une alerte est donnée de bouche à oreille dans les écoles, lors des réunions des chefs, dans les églises et les radios communautaires. En conséquence, les communautés font la pulvérisation de la SpexNPV.
Après des essais de prévision réussis, qui ont débuté en 2001 et se sont achevés au début de 2010, plusieurs communautés de la région de l'Afrique subsaharienne ont déjà bénéficié du piège de phéromone gratuit. Les pièges sont en cours de distribution par des organisations nationales en Tanzanie, au Malawi et au Zimbabwe, en collaboration avec le CABI.
La recherche sur le SpexNPV a été achevée et le produit est en cours de préparation pour la commercialisation. On l’espère sur le marché une fois que le processus normal de commercialisation est terminé dans les différents pays.

