HAITI: Le Bénin organise une chaîne de solidarité

COTONOU, 11 fév (IPS) – Une chaîne de solidarité s’organise à travers le Bénin pour aider le peuple haïtien suite au séisme qui a dévasté le pays le 12 janvier dernier. D’autres actions sont en cours pour l’accueil des étudiants et des orphelins haïtiens.

Précédant cet élan national de solidarité, l’Etat béninois a déjà mobilisé plus de 110 millions de francs CFA (environ 236.000 dollars US). Sur ce montant, 10 millions FCFA (environ 21.500 dollars) ont été offerts aux étudiants haïtiens vivant au Bénin, environ une trentaine.

«Des comptes ont été ouverts dans toutes les banques du pays pour collecter des fonds en faveur du peuple haïtien», indiquent le ministère en charge des Affaires étrangères et l’ambassade d’Haïti au Bénin.

La diplomate Gisèle Balley Mèdégan, directrice adjointe de cabinet du ministère en charge des Affaires étrangères, est responsable de la Cellule de crise du même ministère sur Haïti. «Au niveau des banques, les dons en espèces continuent de tomber au compte-gouttes. Le point global de cette collecte de fonds n’est pas encore fait. Mais elle permettra de recueillir aussi quelques millions de FCFA», explique-t-elle à IPS.

«Les numéros des comptes bancaires de la cellule de crise de l’ambassade d’Haïti près le Bénin seront communiqués à d’autres pays africains pour recueillir les dons», promet Jean Especa, chargé d’affaires de l’ambassade.

En fait, l’ambassade d’Haïti au Bénin est la seule représentation diplomatique du pays en Afrique. «Le Bénin a été privilégié pour abriter cette représentation diplomatique compte tenu des liens historiques et culturels qui unissent les deux pays et les deux peuples», explique Jean Especa, rappelant que le héros haïtien Toussaint Louverture a ses racines au Bénin.

En dehors de la collecte dans les banques, des messes sont également célébrées et des quêtes initiées dans les différentes confessions religieuses pour recueillir des dons au profit des victimes du séisme.

«Le gouvernement du Bénin envisage de mener d’autres actions sociales en faveur des Haïtiens pour répondre à leurs nombreuses demandes de visa formulées au niveau du consulat du Bénin en Haïti», révèle Balley Mèdégan, soulignant que le comité interministériel de crise s’active déjà afin de trouver des solutions à ces demandes, environ mille.

Selon elle, ce travail se fait en coordination avec l’ambassade d’Haïti au Bénin, le Programme alimentaire mondial (PAM), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Union européenne (UE) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il permettra d’étudier les capacités et les différentes possibilités d’accueil.

«Ce qui est sûr et certain, le comité interministériel de crise ainsi que les partenaires feront tout ce qu’ils peuvent pour sauver l’année scolaire des élèves et étudiants haïtiens», assure la diplomate. Les étudiants et les élèves haïtiens (des classes de seconde, de première et de terminale) seront privilégiés.

L’adoption des orphelins haïtiens est également envisagée. Le gouvernement du Bénin, indique Balley Mèdégan, est en train d’étudier tous les paramètres en concertation avec le médiateur de la République, le professeur Albert Tévoédjrè, à travers la 'Fondation Gantin' – du nom du feu cardinal Bernardin Gantin – et certaines entités confessionnelles.

«Les gens s’annoncent déjà pour adopter les enfants, mais le gouvernement veut d’abord prendre les garde-fous nécessaires pour que ces derniers puissent réellement être intégrés dans des familles d’accueil capables d’assurer leur éducation et leur formation», précise-t-elle.

Les statistiques sont évolutives, indique le chargé d’affaires, dressant le bilan du séisme. «A la date du 19 janvier 2010», dit-il, «nous parlions de 200.000 morts, 400.000 blessés et plus de trois millions de personnes sinistrées; avec ce séisme, plus des trois quarts de la ville sont détruits».

Au sein de la communauté haïtienne résidant au Bénin, plusieurs personnes sont aussi éplorées. C’est le cas de Charles Ernest, 25 ans, étudiant à l’Ecole nationale d’économie et de management à Cotonou depuis 2005, qui a perdu sept parents dans la catastrophe.

Son voisin de chambre, Jeudy Franck Nicson, 33 ans, étudiant à Gaza Formation a perdu huit parents dont cinq corps ont été retrouvés. «Nous sommes au bord du désespoir en pensant à tous ces morts. C’est trop dur pour nous», ont-ils confié à IPS lors d’une séance de prière en mémoire des défunts.