ECONOMIE-AFRIQUE: La "menace" d’un secteur privé indépendant

STOCKHOLM, 28 oct (IPS) – De l'Algérie au Zimbabwe, il y a eu des appels pour développer le secteur privé. Mais, certains gouvernements considèrent les secteurs privés indépendants comme une menace à leur pouvoir et ont même activement bloqué les affaires.

Pendant ce temps, les femmes africaines ont bénéficié d’un traitement injuste dans les affaires. Certains Africains se demandent si le secteur privé ou l'Etat devrait conduire le développement.

Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka, a déclaré à IPS, en marge de l'événement des Journées européennes du développement à Stockholm, que “le secteur privé est très important pour l'Afrique parce qu’il peut fournir l'effort nécessaire dont le continent a besoin pour amener le développement pour sa population”. Cet événement annuel s’est déroulé du 22 au 24 octobre et a été abrité par la présidence de l'Union européenne (UE) et de la Commission européenne pour “présenter l'engagement continu et durable de l’UE au développement”. Kaberuka a noté que même si certains efforts ont été mis en place à travers le continent, il y a le besoin d’assurer que les mécanismes nécessaires, requis par le secteur privé pour prospérer, sont développés. “Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est, entre autres, un environnement stable pour que le secteur propulse la croissance tant nécessaire à travers le continent. Cela signifie également que les règles d’une participation équitable pour tous doivent être mises en place”, a-t-il ajouté. Kaberuka estime qu’avec la diffusion de la démocratie à travers le continent, le décor est désormais planté pour le développement du secteur privé, qui peut survivre seulement sans des soubresauts dans la société. Les investisseurs ne devraient plus avoir peur de mettre leur capital dans des entreprises. Cela dépendrait en grande partie de l'établissement des règles nécessaires pour protéger le secteur. Peter Bill Kisitu, président directeur général d’un cabinet de conseil basé à Bruxelles, a confié à IPS que “l'Afrique a besoin du secteur privé parce qu’il aiderait le continent dans ses efforts pour atteindre le développement pour la population. Malheureusement pour l'Afrique, les politiciens, à travers le continent, ont eu peur du développement du secteur privé et n'ont pas manifesté un intérêt à le développer”.

Pour développer le secteur privé, les pays africains devraient mettre en place des institutions visant à protéger les gens du monde des affaires du contrôle du gouvernement. “Nombre de gouvernements africains considèrent les hommes d'affaires prospères comme des menaces à leur pouvoir et feraient tout pour couper les ailes de tout individu qui réussit dans les affaires au-delà d'une certaine limite.

“En Ouganda, nous l’avons constaté dans le secteur des banques où des individus ont essayé de construire des banques ayant eu du succès, seulement pour voir le gouvernement leur couper les ailes en utilisant toutes sortes d'interventions de l'Etat”, a expliqué Kisitu.

Il y a un autre élément qui se perd fréquemment: “Les femmes à travers le continent se sont, pendant tant d'années, engagées dans le commerce à petite échelle, mais lorsque le secteur privé est mentionné, personne ne les écoute”, a déclaré à IPS, Berna Ngolobe, la responsable de plaidoyer de 'Women of Uganda Network' (Réseau des femmes de l’Ouganda).

Le secteur privé n'est pas une grosse affaire, a-t-elle souligné. “Ces femmes ont tellement contribué au secteur privé à travers le continent, mais personne ne prend la peine de les aider à grandir, ce qui est un signe clair de la marginalisation que connaissent les femmes sur le continent”.

Citant l'exemple des femmes dans le secteur des technologies de l'information et de la communication en Ouganda, Ngolobe a affirmé que lorsqu’il s’agit de soumissionner pour de petits contrats, la plupart des femmes n'ont pas l'argent pour faire une soumission et sont donc écartées du travail qu'elles sont capables de faire.

“Cela signifie que lorsque nous parlons du développement du secteur privé, il est nécessaire d'examiner l'ensemble du secteur afin de corriger les anomalies qui existent. Autrement, les femmes seraient écartées”, a-t-elle ajouté.

Mais Otive Igbuzor, responsable des campagnes internationales de ActionAid, a émis un point de vue totalement différent: “Nous n'avons pas besoin du secteur privé en Afrique”. Il a indiqué à IPS, dans un entretien, que le secteur privé “est mal équipé et dépendant du gouvernement. Le succès dans les affaires s’est toujours reposé sur les gouvernements et la taille des relations que l’on a avec la classe dirigeante. “Maintenant, la préoccupation majeure pour le continent africain n’est pas comment développer le secteur privé, mais plutôt comment développer la capacité de l'Etat à pousser l'effort de développement”. Des preuves au cours des deux dernières décennies ont montré, à travers le monde, que les pays qui ont dégagé une croissance réelle ne sont pas ceux qui ont laissé leurs économies dans les mains du secteur privé, a-t-il ajouté.

“Le Brésil et la Chine se sont considérablement développés parce qu’ils ont permis à l'Etat de jouer un rôle fort pour diriger le processus de développement”. Ces deux pays se sont concentrés sur l’élimination du fossé entre les pauvres et les riches. “Au cours des six dernières années, la Chine a sorti de la pauvreté 58 millions de personnes tandis que l'Inde, qui est présentée comme utilisant le secteur privé pour développer son économie, en a mis 30 millions dans la pauvreté”, a-t-il affirmé.