AFRIQUE: Des promesses non tenues jonchent le lendemain de la crise mondiale

STOCKHOLM, 27 oct (IPS) – Il semble que, une fois encore, l'Afrique et le reste du monde en développement ont été roulés, étant donné les promesses non tenues à la suite de l'implosion économique mondiale.

Le monde développé n'a pas agi de bonne foi envers l'Afrique et d’autres régions en développement au lendemain de la crise financière mondiale. Une grande partie des plans de relance promis est allée au profit des banques dans ces pays, plutôt que d'aider ceux qui sont devenus les victimes d'un problème qu'ils n'ont pas causé, a affirmé Josef Berger, chargé de politiques à CONCORD, la Confédération européenne des ONG d'urgence et de développement.

IPS a eu un entretien avec lui à Stockholm en marge de la Conférence des journées européennes du développement (22-24 octobre), un événement organisé par la présidence et la Commission de l'Union européenne (UE) pour “présenter l’engagement continu et durable de l'Union européenne au développement”. Berger a souligné que lorsque la crise financière mondiale a éclaté, les dirigeants de l'Ouest ont promis une aide conséquente. Malheureusement, “ces promesses ne sont pas encore effectives. La réponse n'a pas été jusque-là utile. “Ce que nous avons vu, en général, c’est la fourniture d'importantes sommes d'argent pour renflouer les banques dans leurs pays respectifs, plutôt que de protéger les pays qui ont été amenés à souffrir à cause de ce que ces banques ont fait”, a-t-il ajouté. CONCORD représente plus de 1.600 ONG de développement à travers l'Europe et vise à renforcer leur influence vis-à-vis des institutions européennes.

Berger estime que les organisations de la société civile dans le monde en développement ont besoin d’être renforcées pour tenir responsables leurs gouvernements afin qu'ils soient capables de parler au nom de l’ensemble de leurs citoyens sur des questions comme celle-ci.

Otive Igbuzor, directeur de campagne de ActionAid, a déclaré à la plénière, au cours de la session sur la réponse mondiale à la récession économique, qu’alors que le Groupe des 20 (G20) pays “retrouvait difficilement la vie, des millions de personnes dans le monde en développement s'enfoncent davantage dans la pauvreté, ébranlées par une crise mondiale qu’elles n'ont pas causée”. ActionAid est une organisation non gouvernementale internationale progressiste qui lutte contre la pauvreté. “Plus d'un milliard de personnes souffrent de la faim chaque jour et, cette année seule, jusqu'à 100 millions de personnes tomberont en dessous du seuil de pauvreté d’un dollar par jour. Les gens les plus pauvres ont été plus durement touchés, et pourtant, il n'y a aucun renflouement pour les pauvres”, a ajouté Igbuzor.

Selon lui, pendant que les prévisions pour les pays développés s’améliorent, des millions de personnes dans le monde en développement continuent de se battre pour garder leur tête au-dessus de l'eau. Mais plus de 150 milliards de dollars ont été mobilisés pour des banques telles que Northern Rock, Dexia et Commerzbank. “C’est plus que le double du montant de l'aide de l’UE au développement en 2009”.

Igbuzor a noté que les pays de l'UE ont radicalement réduit leurs budgets d'aide, avec des réductions plus profondes attendues en 2010. La communauté internationale aurait dû sauver plutôt des réformes financières et mettre un frein aux sorties de capitaux des pays en développement, y compris l’évasion fiscale, a-t-il ajouté.

Le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, a présenté un tableau sombre: “La crise a anéanti 10 ans de croissance économique au Botswana et à l’Ile Maurice”. Lorsque la crise a commencé, certains pensaient que l’Afrique serait épargnée à cause de son statut marginalisé dans l'économie mondiale, a-t-il poursuivi. Mais elle a été plus durement touchée, c’est pourquoi le continent devrait faire partie de toutes les réformes qui ont été instituées pour lutter contre la crise.

George Soros, financier international et philanthrope, a confié à la plénière que la crise était différente de toutes les autres depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. “Elle est née au centre et a touché la périphérie”. Les gouvernements devaient garantir efficacement qu'aucune autre institution courant le risque de compromettre le système ne serait autorisée à échouer, a ajouté Soros. “Les pays à la périphérie ne pouvaient pas fournir des garanties crédibles; par conséquent, le capital financier a trouvé refuge au centre”. Il a suggéré que les pays développés offrent aux pays pauvres une partie de leurs ressources au Fonds monétaire international (FMI) pour compenser la baisse de l'aide au développement. Le FMI pourrait utiliser ses réserves d'or pour payer l’intérêt qui devient un dû lorsque les droits de tirage spéciaux des pays sont convertis en devises fortes. Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, semblait accepter la suggestion. Il a déclaré que “le FMI a changé et continue de changer et serait en train de changer dans les mois à venir”. Le fonds s'est écarté de son passé qui a été une “accumulation de conditions plutôt que de solutions”. Il a mis derrière ses politiques de 'une taille correspond à tous'. “Nous sommes maintenant flexibles, prenant en compte les réalités des pays”, a-t-il ajouté.

Il a suggéré que les pays à faible revenu devraient avoir une voix dans les organes qui prennent les décisions sur les problèmes mondiaux qui nécessitent des solutions globales. Peut-être qu'avec ces changements suggérés, une porte de sortie pourrait être trouvée à partir de la crise actuelle. Et, peut-être, le monde pourrait être changé à partir de ce que Igbuzor décrit comme “un monde de contrastes : l'opulence et la pauvreté, l'obésité et la malnutrition, le renflouement et la mise sur le carreau”.