ENVIRONNEMENT-MALAWI: Des Eléphants hors de danger

LILONGWE, 30 juin (IPS) – Une équipe de capture sud-africaine a presque terminé la translocation d’un troupeau d’éléphants de la réserve forestière de Phirilongwe située dans une zone de gestion communale dans le sud du Malawi.

Quarante-quatre éléphants ont été maintenant retirés d’une zone qui a été la scène d’un très long conflit entre les éléphants et les humains depuis les années 1960.

Un total de 60 éléphants à Phirilongwe constitue le reste d’un troupeau plus grand qui historiquement errait dans une grande zone à la limite sud du lac Malawi, mais a constaté la diminution et la division de son pâturage du fait de l’empiètement de la part d’une population humaine qui croît rapidement. Le directeur du département des Parcs et de la faune (DNPW), Leonard Sefu, a déclaré à IPS que le problème des éléphants et des hommes dans le district de Mangochi, au bord du lac, a été une question controversée au cours des trois dernières décennies. Sefu a confirmé que près de 300.000 dollars avaient été identifiés pour l’exercice de translocation comme faisant partie du Projet de développement de l’écotourisme, qui cherche à repeupler et à transférer la faune de la terre communale sur des zones protégées. Pas assez de place pour tout le monde Une étude de l’utilisation de l’écosystème par l’unité de recherche sur la faune, basée au Parc national de Liwonde voisin de Phirilongwe, révèle qu’il existe une pression constante qui est en train d’être exercée sur les ressources forestières par des activités humaines comprenant la déforestation pour l’énergie du bois, l’empiètement, en autres.

Comme c’est le cas ailleurs en Afrique, une population humaine croissante est en train de défricher régulièrement de nouvelles terres pour l’agriculture dans la forêt de Phirilongwe, réduisant les habitats des éléphants et diminuant la nourriture et les abris des animaux. Les éléphants sont également attrapés au moyen de filets par les braconniers, selon le personnel du DNPW. Dans leur quête pour la nourriture, les éléphants ont causé d’énormes dégâts aux cultures dans les champs, et ont détruit des greniers de maïs. Joe Chinguwo, directeur des parcs et de la faune, en charge de l’éducation environnementale au Parc national du lac Malawi, a confirmé dans un entretien que 16 personnes ont été tuées par des éléphants depuis 2004. La pression de la population sur la réserve semble être irrésistible. Les chercheurs sur la faune préviennent que ce problème se poursuivra tant que les éléphants de Phirilongwe sont encerclés par des terres de gestion communale le long du bras de la baie Mangochi-Monkey à la limite sud du lac Malawi. L’exercice de translocation a commencé assez doucement le 8 juin: “Un groupe de neuf éléphants, y compris trois jeunes éléphanteaux, ont été dardés et tranquillisés avec succès et sont en route depuis Phirilongwe, juste au sud du lac Malawi, vers la réserve naturelle de Majete”, a indiqué Jason Bell-Leask, directeur à l’époque du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) pour l’Afrique australe. Le voyage vers leur nouvelle maison dans la réserve naturelle de Majete, dans la Shire Valley inférieure, à quelque 200 kilomètres plus loin au sud, a duré environ six heures pour ce premier groupe.

Résistance à la translocation Mais l’opération a été ensuite suspendue. Un groupe s’appelant les 'Amis de Phirilongwe' a obtenu une ordonnance de la Haute cour empêchant l’IFAW et le DNPW de déplacer les éléphants, affirmant qu’ils souhaitaient une étude plus approfondie pour déterminer l’avenir des éléphants dans la réserve forestière. “Nous le faisons pour des raisons de transparence. Nous demandons une Evaluation de l’impact environnemental (EIA) pour déterminer ce qui adviendra de la forêt une fois que les éléphants ont été déplacés. Notre inquiétude est qu’il va y avoir plus d’abattage d’arbres et de dégradation environnementale dans la réserve dès que les éléphants auront été retirés. C’est parce que ce qui était d’habitude une menace pour les gens ne serait plus là”, a déclaré à IPS, Ismail Khan, un membre des Amis.

Il y avait eu un long débat sur le retrait des éléphants de la région. Un document de 2005 du Fonds mondial pour la nature (WWF), examinant les options pour mettre un terme au conflit entre les hommes et les éléphants à Phirilongwe, avait proposé la création d’un parc dans la zone, indiquant que sans la protection de la forêt par les éléphants, elle disparaîtrait dans 20 ans. L’étude de WWF, effectuée en réponse aux demandes des autorités traditionnelles dans la zone pour trouver une solution au conflit entre les hommes et les animaux, avait proposé la clôture des principaux habitats des éléphants, ainsi que l’extension éventuelle du Park national du lac Malawi et la réintroduction d’autres espèces sauvages afin de protéger définitivement les habitats, tout en offrant aux populations de la zone des moyens d’existence alternatifs liés au tourisme. Cette étude avait également concédé que le déménagement des éléphants était une option écologiquement bonne. Des incursions croissantes des éléphants en maraude ont entraîné la formation, en janvier 2007, d’un groupe de travail local, comprenant des chefs et d’autres de la communauté locale, et le programme de translocation a été approuvé. Des bailleurs ont été dûment trouvés pour financer le déménagement, et des colliers ont été mis à plusieurs éléphants – pour une identification et un suivi faciles de leurs mouvements et de leur répartition dans l’empressement pour la translocation. Toutefois, jusqu’en mars 2008, il y avait encore des gens influents dans la zone résistant au déménagement et plaidant pour le maintien des éléphants dans le district pour accroître le tourisme, estimant qu’à long terme, cela créerait des emplois et le développement pour la zone. En avril 2008, des autorités traditionnelles ont formulé encore une plainte – cette fois dirigée vers le président et le gouvernement – disant qu’elles souhaitaient que les éléphants soient transférés. La demande juridique des 'Amis de Phirilongwe' a provoqué seulement un retard temporaire, et la translocation a repris le 18 juin. Déplacer 60 éléphants Humphreys Nzima, un écologiste malawien célèbre et coordinateur du Secteur sauvegardé transfrontalier Malawi/Zambie, a indiqué que bien qu’il y ait une valeur potentielle dans le maintien des éléphants dans la zone forestière de Phirilongwe, les dangers que représentent ces pachydermes dans la zone sont immédiats, alors que tirer des profits de la rétention du troupeau dans la zone nécessiterait un développement à long terme. Une population croissante semble être certaine de continuer par mettre la pression sur la réserve forestière de Phirilongwe. Le chef traditionnel de Namkumba a résumé le point de vue de la majorité des habitants locaux sur l’avenir des éléphants. “Nous sommes surpris que ceux s’appelant 'Amis de Phirilongwe' se disputent au sujet des habitats de la forêt. Nous avons perdu des vies humaines à cause des débandades des éléphants… [Nous avons connu] la perte de cultures et de propriétés pendant quelque temps maintenant. Les éléphants doivent aller à Majete maintenant”, a déclaré le chef traditionnel de Namkumba. La Forêt verdoyante de Neil de l’IFAW a annoncé que 26 autres éléphants ont été capturés et transférés avec succès à Majete dès que la cour a statué que la translocation pourrait se poursuivre. “Le dimanche (21 juin), nous avons chargé un éléphant femelle de plus de 50 ans environ dans la caisse lui permettant de rester en éveil pour son déménagement jusqu’à la réserve, ses tempes enfoncées indiquant une grande vielle dame qui a tout vu. J'ai ressenti un grand sentiment de satisfaction et de réussite en sachant qu'elle sera en mesure de passer son âge d'or dans la sécurité d'une zone protégée”, a-t-il écrit dans son blog depuis le Malawi. (*Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS – Inter Press Service et IFEJ – Fédération internationale des journalistes environnementalistes, pour l’Alliance des communicateurs pour un développement durable).