DEVELOPPEMENT: Les Zimbabwéens inquiets de l'aide conditionnée

HARARE, 12 nov (IPS) – L'aide conditionnée ne conduit pas souvent à l'amélioration des conditions de vie des gens auxquels cet argent est soi-disant destiné en premier lieu. La majeure partie du capital reçu sous forme d'aide est utilisée pour rembourser la dette due aux bailleurs de fonds occidentaux.

Ce sont là les points de vue des participants à la conférence de la Coalition du Zimbabwe sur la dette et le développement (ZIMCODD) tenue à Harare, la capitale du Zimbabwe, la semaine dernière. La ZIMCODD est une organisation de la société civile qui lutte pour la justice sociale et économique. La conférence a été organisée pour discuter de comment l'économie zimbabwéenne peut être rapidement relancée une fois que le règlement politique de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) pour le pays sera en place. Il y a déjà des informations selon lesquelles un grand nombre de donateurs seraient prêts à apporter leur soutien au nouveau gouvernement d'unité du Zimbabwe. Mais le pays continue de crouler sous le poids du remboursement de la dette qui remonte jusqu'à 1980, année à laquelle il a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne. Une partie de cette aide a été reçue au cours des années 1990 par le biais du désastreux Programme d'ajustement structurel et économique (ESAP) et a contribué à l'augmentation de la dette du Zimbabwe, estimée à 4,9 milliards de dollars, selon des statistiques de l'organisation suédoise pour la solidarité 'Africa Groups of Sweden' (AGS). Lors d'un exposé intitulé “Scénario pour l'aide, perspectives pour le Zimbabwe”, Vitalice Meja, du Forum et réseau africains sur la dette et le développement (AFRODAD), a soutenu qu'en raison des contraintes qui accompagnent l'argent de l'aide, les gouvernements africains finissent par utiliser seulement le quart de l'argent reçu tout en remboursant plus de quatre fois le montant qui était reçu. AFRODAD est une organisation de la société civile qui s'occupe du poids de la dette de l'Afrique. “L'aide est toujours conditionnée et, par conséquent, les gouvernements africains finissent par utiliser seulement environ 37 pour cent du montant de départ, alors à quoi cela sert-il?”, a demandé Meja. Il a déclaré que la société civile a un rôle significatif à jouer dans les futurs accords entre bailleurs de fonds et tout nouveau gouvernement du Zimbabwe. “Il nous faut démystifier l'aide comme de la charité. Elle ne l'est pas, mais a toujours un rôle à jouer dans ce pays. Par exemple, plus de 11,7 milliards de dollars US sont nécessaires pour réhabiliter des routes et assurer un approvisionnement en eau adéquat — qui constituent certains des éléments clés pour un redressement. "Mais d'où proviendra tout cet argent?" Meja a exigé un nouvel examen : “Il est temps que nous disions arrêtez de nous apporter votre aide, nous n'en avons plus besoin. Les pays africains sont des exportateurs nets de capitaux. Ces bailleurs de fonds doivent être pris pour ce qu'ils sont — des voyous. Car 95 pour cent du capital de l'Afrique sont acheminés vers l'Occident sous forme de remboursement de la dette”. Il a insisté sur le fait que si les gouvernements africains doivent refuser l'aide, des politiques économiques saines doivent être d'abord mises en place. Il a indiqué que d'autres pays du Sud comme le Chili et l'Argentine ont remis en cause ce système inéquitable, mais ils se sont assuré qu'ils avaient des cadres de politique macroéconomiques appropriés en place. Il a ajouté qu'au lieu de chercher à attirer des investissements directs étrangers en provenance des pays occidentaux, les Africains devraient séduire les investisseurs de la Diaspora africaine. Dennis Kellecioglu, économiste de 'Africa Groups of Sweden' (AGS), a contredit Meja, estimant que des pays africains comme le Zimbabwe ne peuvent pas s'offrir le luxe de rejeter l'aide étrangère car toutes les aides ne sont pas mauvaises. “En tant qu'Africains, nous devons nous poser la question de savoir si nous sommes capables de faire cela au cas où nous aurions encore de la bonne aide. Par exemple, cette rencontre est financée par l'argent de l'aide. Nous prenons des déjeuners copieux, la location des lieux de la réunion est payée et nous nous renforçons avec l'argent de l'aide. N'est-ce pas là de la bonne aide?” L'aide à l'Afrique constitue souvent un point de discussion. Beaucoup pensent qu'elle est gaspillée par des gouvernements corrompus ou dépensée pour financer des projets qui échouent. Il est indéniable qu'au cours des années, la majeure partie de l'aide n'a pas été utilisée aussi efficacement qu'elle aurait pu l'être. Mais l'aide peut beaucoup apporter une grande différence dans la vie de femmes et d'hommes qui végètent dans la pauvreté. Un pays comme le Mozambique était auparavant l'un des pays les plus pauvres du monde, mais il est passé à une croissance durable, grâce à l'aide. Au cours des années, l'aide a été utilisée à la fois comme un pion politique sur l'échiquier de la Guerre froide et pour propager des modèles économiques particuliers. Par le biais de ce qui est communément connu sous le nom de “Consensus de Washington”, les bailleurs de fonds, la Banque mondiale, et le Fonds monétaire international ont prescrit la réduction des dépenses publiques. Dans le même temps, ils ont encouragé les gouvernements à libéraliser le commerce et à réduire le rôle de l'Etat dans les affaires économiques, notamment à travers la privatisation des sociétés d'Etat. Ceci a abouti à la privatisation des principaux secteurs des pays africains, et obligé bon nombre de pays en développement à se battre tout seuls pour venir à bout des crises alimentaire et financière mondiales actuelles. Il est probable que les mêmes bailleurs de fonds abandonnent ces pays pour chercher à maîtriser la crise financière mondiale. Selon l'Institut de l'emploi et de la recherche sur le développement économique du Zimbabwe (LEDRIZ), tout porte de plus en plus à croire que les solutions qui accompagnent l'argent de l'aide sont rarement bénéfiques pour les pauvres. Au cours de ces cinq dernières années, il s'est dégagé un consensus international croissant sur le fait que la conditionnalité de la politique économique ne marche pas. LEDRIZ est un creuset de politique et de recherche du Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU). La Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide, signée par les bailleurs de fonds et les bénéficiaires de l'aide en 2005, a fixé 12 objectifs à atteindre d'ici à 2010. Le point central est la nécessité d'offrir davantage d'aide sur le long terme à travers des systèmes de gouvernements récipiendaires en liaison avec des priorités de développement de ces gouvernements. Mais Meja a toujours insisté sur le fait que “l'idéal serait que les pays africains en finissent avec l'aide et cessent de se comporter comme des jeunes de 20 ans qui ne sont toujours pas totalement sevrés. Nous devons exiger des réparations pour ce que ces mêmes pays donateurs nous avaient fait, mais ceci doit être fait ensemble”.