POLITIQUE-MOZAMBIQUE: Toujours l'affaire des hommes?

MAPUTO, 11 nov (IPS) – Il n'y a que quelques femmes candidates aux élections municipales mozambicaines prévues le 19 novembre. Parmi les 111 candidats en lice pour briguer la présidence dans 43 conseils municipaux, il n'y a que huit femmes.

Parmi ces femmes, le parti au pouvoir, le Front pour la libération du Mozambique (Frelimo) aligne trois, tandis que le principal parti d'opposition, le Mouvement de la résistance nationale mozambicaine-Union électorale (Renamo-UE, en portugais), aligne une et les autres sont issues de petits partis. Au nombre des candidates du Frelimo, il y a Rita Bengo Muianga de la zone côtière touristique du Xai-Xai, Maria Helena José, pour Manjacaza dans la province de Gaza, et Marta de Anunciação Romeu, pour Marrupa, dans la province de Niassa. La seule femme candidate du Renamo, pour la municipalité de Cuamba dans la province de Niassa, est sa très populaire présidente de groupe parlementaire Maria Moreno. Elle constitue un atout important pour les efforts du Renamo visant à gagner plus que les cinq municipalités qu'il détient dans son fief traditionnel dans les régions centrales et septentrionales — Beira, Marromeu, Ilha de Moçambique, Angoche et Nacala Porto. Le porte-parole du Renamo, Fernando Mazanga, a confié à IPS que les femmes continuent de répugner à rivaliser pour des postes élevés. “Certaines femmes ne se sont pas libérées de la tradition d'être participantes au lieu de rivaliser directement pour des postes de responsabilité”, a-t-il dit. Face de cette réalité, le Conseil national du Renamo a convenu l'année dernière de réserver 30 pour cent de ses listes des membres des assemblées municipales aux femmes, a expliqué Mazanga. Seuls les présidents des conseils municipaux sont élus au suffrage direct alors que les parties désignent les membres des assemblées municipales. Le secrétaire à la mobilisation et à la propagande du Frelimo, Edson Macuacua, a indiqué à IPS que dans son parti, les femmes sont sélectionnées sur la base de leur capacité, non pas de leur sexe. “Chaque membre du parti jouit du droit de se présenter aux élections. On n'empêche pas les femmes de poser leur candidature. Dans le Frelimo, nous choisissons les candidats ayant les meilleurs profiles”, a-t-il déclaré. Il semble que les femmes préféreraient être sélectionnées par le biais de leurs partis plutôt que de rivaliser par les urnes. Toutefois, elles font des avancées au niveau municipal par le biais des partis. L'assemblée municipale de Maputo, la capitale, compte 61 membres dont 26 — soit 42 pour cent — sont des femmes. Dans la province de Manica, l'assemblée municipale comprend 36 pour cent de femmes. Sónia Maria Mboa, 33 ans, est membre de l'assemblée municipale pour le compte du Renamo à Maputo. Elle remarque que l'autocensure, le manque d'estime de soi et de confiance en soi empêchent les femmes de rivaliser pour des postes élevés. “Des femmes continuent de penser que la politique est réservée aux hommes”, a-t-elle confié à IPS. Elle prévient, toutefois, que l'émotion et le désir ne sont pas suffisants pour briguer un poste politique : “Les femmes doivent être aussi compétentes”. Mboa brigue un second mandat et n'exclut pas de briguer la présidence du conseil municipal à l'avenir. “Je ne m'arrête pas ici, j'ai d'autres projets”, a-t-elle dit Sa collègue du conseil municipal de Maputo, Farida Cassamo, brigue aussi un second mandat, même si c'est pour le Frelimo. “Les femmes sont toujours sous-représentées aux postes politiques, mais à chaque élection, elles font des progrès. En 2003, il y avait peu de femmes candidates, maintenant, nous en avons plus”, a-t-elle déclaré à IPS. Atteindre 50/50 Avec 30 pour cent de femmes au parlement et des nombres croissants dans les assemblées municipales, il ne doit pas être difficile au Mozambique d'atteindre la représentation de 50/50 de femmes au gouvernement, contenue dans le Protocole sur le genre de la Communauté de développement de l'Afrique australe, signé en août. Toutefois, certains émettent des réserves par rapport aux objectifs imposés. “Le Renamo n'est pas certain que ce soit la meilleure manière. Nous pensons que les gens doivent être candidats sur la base de leur compétence et de leur dévotion. Les objectifs fixés introduisent une discrimination contre les femmes”, a affirmé Mazanga. Il a ajouté que son parti avait besoin de temps pour étudier le protocole à fond. Le Frelimo, un ancien parti marxiste, fait traditionnellement la promotion des femmes, tout au moins au niveau moyen. “C'est le principe que nous avons adopté depuis 40 ans, que les femmes et les hommes doivent avoir les mêmes opportunités”, a indiqué Macuacua. “A ce rythme, je pense que nous nous acquitterons de nos engagements internationaux à temps”. Il s'agit des troisièmes élections municipales du Mozambique, qui font partie du processus de décentralisation et de dévolution du pouvoir au niveau local, par opposition à la centralisation par la capitale Maputo, et à la nomination des gouverneurs des dix provinces par le gouvernement. Le nombre de municipalités dans les dix provinces est passé de 33 en 2003 à 43 en 2008. La campagne a été lancée le 4 novembre. Le jour des élections, les Mozambicains verront si la politique municipale reste encore “l'affaire des hommes”.