LE CAIRE, 4 juil (IPS) – Des organisations de la société civile ont des sentiments contradictoires au sujet des résultats du dernier Sommet de l'Union africaine (UA), qui s'est achevée dans la station égyptienne de Sharm El Sheikh, cette semaine. La rencontre des chefs d'Etat a été largement dominée par le débat — ou l'absence de débat — sur la crise au Zimbabwe et la participation du président controversé, Robert Mugabe.
Mais certaines organisations de la société civile (OSC) ont senti que le sommet de l'UA a manqué d'analyse critique et d'engagement sincère pour des mesures nécessaires visant à produire des interventions positives dans des conflits tels que celui du Zimbabwe ou sur d'autres problèmes cruciaux en Afrique. Plus de 100 organisations non gouvernementales (ONG) se sont réunies en prélude au sommet lui-même pour préparer les rencontres des officiels de l'UA, mais selon Ziad Abdel Tawab de l'Institut du Caire pour les droits de l'Homme, leur participation a été limitée par un système d'accréditation trop compliqué. "Nous voyons le sommet de l'UA comme un forum pour des discussions, et non un forum pour le changement, parce que les OSC n'ont pas joué un rôle réel dans ce sommet", a déclaré Abdel Tawab. Il a dit que le processus pour l'approbation des organisations à participer au sommet en tant qu'observateurs a manqué de transparence — des groupes n'étaient pas sûrs s'ils ont été rejetés à cause des mesures de sécurité de l'Egypte ou d'autres facteurs. Il a également indiqué qu'il n'y avait aucun mécanisme pour lancer un appel. Le résultat était que plusieurs organisations ont été empêchées de prendre part au sommet. Des membres de la communauté des ONG ont critiqué le sommet pour n'avoir pas consacré assez de temps aux questions pressantes telles que les crises alimentaire et sanitaire actuelles en Afrique. D'autres exigences majeures de la société civile ont été également ignorées, telles que la mise en œuvre et l'accélération d'un engagement des gouvernements africains pris à Abuja, il y a sept ans, à aller vers la dépense d'au moins 15 pour cent de leur budget total sur la santé. Abdel Tawab a expliqué davantage que l'efficacité du sommet dépendait fortement de la participation des ONG. "Les ONG constituent le moyen d'entendre la voix du peuple. Elles émettent des recommandations qui sont les plus proches des opinions et de la voix du peuple et ainsi, s'il n'y a pas de sens d'appartenance des ONG aux sommets, il y a un grand écart entre le sommet et les citoyens". Par contre, Dr Amany Asfour, présidente de l'Association des femmes d'affaires égyptiennes et hôte de la conférence du pré-sommet qui a rassemblé des dizaines des groupes de la société civile — y compris l'ONG de Abdel Tawab — était satisfaite de la participation de son groupe. Dr Asfour a expliqué que le thème du Sommet de l'UA de cette année, "Réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement sur l'eau et l'assainissement", est au cœur des besoins des femmes en Afrique. Elle a déclaré que soulever ces questions est essentiel pour les femmes dans les zones rurales qui manquent présentement d'accès à l'eau potable et aux systèmes d'égout adéquats. Dr Asfour a affirmé que son groupe a rencontré des dirigeants du monde et des premières dames venant de partout en Afrique. Elles ont également discuté des moyens de combattre les violences à l'encontre des femmes, le trafic humain, la mutilation génitale féminine, le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose. Elle a souligné que des femmes en Afrique continuaient de souffrir de taux élevés de mortalité maternelle. Des chiffres de 2005 indiquent que l'Afrique est la seule région où les décès maternels ont augmenté depuis 1990 et qu'environ la moitié de tous ces décès maternels à travers le monde concernent des femmes africaines. Dans une lettre adressée aux dirigeants, les ONG ont exhorté les gouvernements à respecter leur engagement à augmenter les dépenses relatives à la santé. "La non-tenue de la promesse des 15 pour cent est en train de dévaster rapidement nos populations et pays à travers des décès de proches africains sur une telle échelle que les décès annuels causés par les problèmes de santé liés à la maladie ou non, dépassent maintenant les populations de plusieurs pays africains combinés".
Des dirigeants africains ont convenu mollement d'élaborer des stratégies et des plans d'action pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sur l'eau et l'assainissement au cours des sept prochaines années. Plusieurs ONG étaient également déçues que l'apparition de Mugabe ait occupé le devant de la scène dans la couverture médiatique de ce sommet. "C'est très décevant que le Zimbabwe défraye la chronique parce que M. Mugabe était là. Il n'y avait pas eu suffisamment de mesures énergiques de la part de l'UA. Il y a encore des préoccupations importantes au Zimbabwe, au Darfour et au Kenya que l'UA n'arrive pas à régler correctement", a déclaré Abdel Tawab. Pendant que les dirigeants des Etats-Unis ont qualifié les assassinats au Darfour de génocide et que l'ONU continue d'y rapporter des violations massives des droits humains, les dirigeants de l'UA au sommet se sont abstenus d'une condamnation catégorique des violations au Soudan. L'UA a déployé des troupes de maintien de la paix au Darfour, mais n'a pas menacé d'imposer des sanctions sur les dirigeants soudanais comme l'Union européenne l'a fait, a ajouté Abdel Tawab. Et pendant que l'UE a qualifié l'élection de M. Mugabe d'un "exercice pour s'emparer du pouvoir", l'UA a adopté une position plus souple. Dans un communiqué, l'UA a dit qu'elle était "profondément préoccupée par les violences et les pertes de vies qui se produisent au Zimbabwe", et a encouragé le président à parvenir à un gouvernement d'unité nationale. Le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai a déclaré mercredi qu'il n'envisagerait pas de participer à un gouvernement d'unité en tant qu'associé de Mugabe, qu'il a accusé de tuer sur son chemin vers la réélection la semaine dernière. Neuf autres partisans de l'opposition seraient tués depuis l'élection du 27 juin, portant le nombre de morts à au moins 95 personnes. D'autre part, des groupes de la société civile ont condamné la situation au Zimbabwe, fournissant un autre exemple de différences nettes entre la plupart de la communauté des ONG et les dirigeants africains au sommet.
Le président du groupe de défense des droits humains, basé à Dakar, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme, Alioune Tine, a déclaré que "La situation des élections au Zimbabwe est inacceptable. A quoi sert d'avoir des élections en Afrique, si cela finira toujours par un système de partage du pouvoir? L'exemple kényan ne devrait pas être un modèle pour l'Afrique".

