WASHINGTON, 3 juil (IPS) – Des pressions croissantes de l'Occident, spécialement des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, auront un effet pervers sur les dirigeants africains qui s’étaient réunis récemment en Egypte. Plus l'Occident fait pression, plus il serre les coudes autour de Robert Mugabe du Zimbabwe.
Mugabe se sentait tellement à l'aise parmi ses pairs au sommet de l'Union africaine à Sharm El-Sheikh que son porte-parole a déclaré lundi aux critiques de "aller se faire pendre", et ses garde-corps ont poussé un journaliste britannique qui posait des questions agaçantes au dirigeant âgé de 84 ans. Ainsi la plupart des chefs d'Etat africains ayant pris part à cette rencontre n'ont pas pipé mot, du moins en public, de la réélection de Mugabe, que Washington qualifie de "comédie" et que les propres observateurs de l'UA ont vivement critiquée. "Le vote n'a pas respecté les normes des élections démocratiques de l'Union africaine", ont annoncé lundi les observateurs à Harare, estimant qu'”un dialogue constructif” entre Mugabe et le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, est la meilleure voie à suivre. Nelson Mandela et son groupe fermé d'hommes politiques chevronnés est également intervenu lundi, exhortant l'UA à déclarer illégitime l'élection du 27 juin, à nommer un envoyé spécial pour poursuivre une "médiation robuste", et à faire pression sur le gouvernement de Mugabe pour qu’il respecte les droits de l'Homme et pour qu’il retire sa récente interdiction sur l'activité des organisations humanitaires. Mandela a formé un groupe d'”Anciens” l'année dernière pour "parler fort et librement" des événements actuels. D'autres anciens sont l'ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, l'ancien dirigeant du Brésil, Fernando Henrique Cardoso, Graca Machel du Mozambique et l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. Dans leur déclaration de lundi, les Anciens ont indiqué : "La crise au Zimbabwe affecte tous les Africains. Et le destin de tous les Zimbabwéens est sur notre conscience". Soulignant l'engagement régional pour la bonne gouvernance et l'Etat de droit, les Anciens ont mis l'accent sur le fait que le "leadership de l'UA est nécessaire à ce moment critique. Il peut aider le Zimbabwe à retourner à la grandeur qui a tellement inspiré nombre d'entre nous au cours de son histoire louable". L'histoire du Zimbabwe est précisément le point de désaccord pour plusieurs dirigeants africains, qui se souviennent avec respect du rôle de Mugabe dans le renversement de la Rhodésie britannique en 1980. Depuis cette période, Mugabe a dirigé le pays sans interruption. Son défenseur le plus ardent à la réunion de l'UA, Omar Bongo du Gabon, est le seul dirigeant africain resté au pouvoir plus longtemps — depuis 1967. Quelques chefs d'Etat, notamment le Premier ministre du Kenya, Raila Odinga, ont parlé en faveur d'un règlement négocié entre Mugabe et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de l'opposition, mais jusqu'ici, ni l'UA, ni la Communauté de développement d'Afrique australe n'ont adopté une position officielle sur la récente élection. L'Afrique du Sud, qui sous le leadership du président Thabo Mbeki a longtemps poursuivi la stratégie infructueuse de la "diplomatie tranquille", a maintenant adopté une position publique, appelant au dialogue. Le ministre des Affaires étrangères, Nkosazana Zuma Dlamini, a déclaré aux dirigeants africains réunis en Egypte : "La ZANU-PF et le MDC doivent entrer en négociations qui conduiront à la formation d'un gouvernement de transition qui puisse tirer le Zimbabwe de ses défis politiques actuels". L'Afrique du Sud hésite à critiquer Mugabe à cause de l'aide que le Congrès national africain (ANC) au pouvoir a reçue du Zimbabwe, pendant qu'il poursuivait ses propres objectifs d'autodétermination durant plusieurs années d’apartheid. Mais l'afflux d'environ trois millions de Zimbabwéens pauvres à travers la frontière a commencé à provoquer des tensions et des troubles sociaux en Afrique du Sud, reflétés dans plusieurs déclenchements récents de violences xénophobes. Ailleurs en Afrique, le respect pour les prouesses antérieures de Mugabe, combiné au dégoût et à la colère que partagent en général les dirigeants à l'encontre de l'empire colonial, font qu'ils hésitent beaucoup à le critiquer. Le MDC, qui a gagné plus de voix que la ZANU-PF de Mugabe au premier tour de l’élection en mars, mais n'a pas pu obtenir une majorité, s'est retiré d'un second tour prévu juste deux jours avant sa tenue, évoquant les violences généralisées contre les membres de l'opposition. Ainsi, le scrutin du second tour du 27 juin a été transformé en une victoire facile par Mugabe, qui affirme avoir gagné 85 pour cent des votes émis par 42 pour cent des électeurs. Bien que des appels pour un accord de partage du pouvoir montent, la question capitale est comment un gouvernement d'unité prendrait forme. Plusieurs Occidentaux pensent à la détente réalisée après les élections violemment contestées au Kenya en décembre dernier. Mais ni Mugabe, ni Tsvangirai ne semblent vouloir passer au second plan dans un gouvernement d'unité. Dans une déclaration depuis sa cellule de prison mardi, le numéro deux du MDC Tendai Biti, a nié avec véhémence que des discussions entre les deux partis se tiennent, qualifiant les rumeurs à cet effet de "malicieuses". Le 27 juin, Tsvangirai a déclaré à une station de radio africaine qu'il n'a aucune intention de devenir un "associé" dans le gouvernement du Zimbabwe après avoir gagné le scrutin de mars. Pendant ce temps, Mugabe cite l'élection du 27 juin comme son mandat pour rester au pouvoir — malgré les nombreuses informations sur des électeurs zimbabwéens qui ont été obligés par intimidation et par violence d’aller voter. Cependant, le 'Business Day' d'Afrique du Sud a publié mardi que les envoyés de Mbeki travaillent dur à Harare, essayant de négocier un accord de partage du pouvoir acceptable par les deux parties et par l'UA, et sont "au bord" d'un accord. Washington appelle aussi à la médiation et à la négociation, mais a également d'autres plans. Lundi, l'ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies, Zalmay Khalizad, a averti que les Etats-Unis continueront à faire pression pour obtenir des sanctions multilatérales contre le Zimbabwe à l'ONU, mais peuvent aussi imposer des sanctions unilatérales plus strictes. Selon la porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino, de telles sanctions pourraient inclure une interdiction de voyager pour des responsables du gouvernement, des sanctions économiques visant à débarrasser le régime des fonds étrangers, et probablement un embargo sur les armes.

