HARARE, 1 juil (IPS) – "Nous connaissons trop bien les violences qui ont été infligées à bon nombre d'entre nous, depuis 1890 lorsque les colonialistes sont arrivés dans notre pays jusqu'aux élections les plus récentes. La principale forme de ces violences est la violence sexuelle, et sa conséquence concomitante, l'infection du VIH. Des femmes zimbabwéennes ont actuellement l'espérance de vie la plus courte à l'échelle mondiale à cause du VIH/SIDA — 34 ans".
Ceci provient de la déclaration publiée par le 'Feminist Political Education Project' (FePEP) le 10 avril, lorsque le pays attendait toujours les résultats inexplicablement retardés de l'élection présidentielle du 29 mars. Le FePEP a exprimé l'opinion selon laquelle, indépendamment de qui a gagné, ni Tsvangirai ni Mugabe ne pourrait rassembler toutes les parties et avancer dans l'intérêt de tout le pays. Priscilla Misihairabwi-Mushonga, une ancienne députée du MDC et l'un des coordinateurs du FePEP, a déclaré à IPS que le retrait du 22 juin de Tsvangirai du second tour du scrutin présidentiel "était la bonne chose qu'il devait faire, quoique cela arrive trop tard". "Notre position est cohérente; les problèmes actuels au Zimbabwe ne peuvent pas être résolus à travers une élection", a indiqué Misihairabwi-Mushonga. "Notre société est divisée au beau milieu et tout gouvernement devrait par nature être inclusif si nous voulons sérieusement travailler en vue de résoudre l'impasse actuelle. Les problèmes de ce pays ne disparaîtront pas. Nous devrions continuer à faire pression pour le dialogue". Pendant que la ZANU-PF s'est hâtivement préparée pour faire prêter serment à Robert Mugabe, âgé de 84 ans en tant que président, les Zimbabwéens continuent de calculer le coût de la lutte brutale du parti pour se maintenir au pouvoir. "Des femmes souffrent le plus dans ces violences", a affirmé Netsai Mushonga, la coordinatrice de la Coalition des femmes du Zimbabwe, une organisation qui chapeaute des organisations de femmes zimbabwéennes. D'après ce que nous avons rassemblé jusqu'ici, nous estimons que le nombre des cas de viol triplera. Nous devons cependant nous asseoir en tant qu'organisation pour faire une analyse détaillée de la situation". Selon Alouis Chaumba, président du 'Zimbabwe Peace Project' (Projet de paix du Zimbabwe) — une ONG qui fournit des renseignements sur des incidents de violence politique — la plupart des hommes supporters de l'opposition ont fui les zones rurales, laissant les femmes plus vulnérables. "Pour obliger les hommes à retourner, les milices de la ZANU-PF ont tendance à kidnapper des femmes et des enfants. Il y a plusieurs cas de femmes et d'enfants qui sont considérés comme des rançons et sont détenus de force dans des bases jusqu'à ce que leurs pères ou maris retournent dans leurs villages. Des femmes sont agressées, torturées et victimes du harcèlement sexuel", a dit Chauma. Martha Marime*, une femme de 29 ans originaire du village de Chaona, dans la Province centrale de Mashonaland, Chiweshe, a raconté comment elle a été enlevée à la fin-mai et violée à plusieurs reprises par la milice de la ZANU-PF pendant des heures. "Je ne pense que je pourrai jamais me remettre de la douleur et des ennuis que j'ai connus. J'ai été obligée de faire des choses que je n'ai jamais faites dans ma vie et cela me fait vraiment de la peine de penser à cela. Ils m'ont violée à tour de rôle, et après cela, ils m'ont battue disant que j'étais une prostituée. J'étais enceinte de deux mois quand ils m'ont battue, et le jour même où ils m'ont relâchée, j'ai fait une fausse couche", a déclaré Marime. La responsable d'une importante organisation de femmes, qui a refusé d'être nommée, a dit que la plupart des femmes étaient harcelées parce que leurs maris, fils ou parents hommes étaient soupçonnés d'être des partisans de l'opposition. "Nous continuons de compiler les détails, mais nous avons eu un exemple récent où Abigail Chiroto a été enlevée et horriblement assassinée parce que son mari est un militant du MDC. Pour empirer les choses, il semble qu'ils ont fait tout ceci pendant que son fils de quatre ans regardait. Les choses sont vraiment mauvaises pour les femmes, mais la plupart d'entre elles ne sont pas assez courageuses pour se montrer ouvertement par crainte de représailles.", a indiqué cette responsable. Abigail Chiroto, l'épouse du maire nouvellement élu de Harare, Emmanuel Chiroto, a été enlevée à son domicile à Hatcliffe, Harare, et a été retrouvée plus tard morte dans une ferme à la périphérie de la capitale. Son fils était indemne. Des femmes candidates sont également victimes de violence. La candidate perdante à la députation dans la circonscription électorale de Mt Pleasant, Trudy Stevenson — de la faction du MDC dirigée par Arthur Mutambara — a vécu dans la clandestinité pendant ces quelques dernières semaines, suite aux tentatives répétées des partisans suspects de la ZANU-PF d'attaquer sa maison. Stevenson a déclaré : "Je suis dans un lieu sûr, mais évidemment, je suis très inquiète que cet endroit sera attaqué à tout moment, étant donné ce scénario répété plusieurs fois, avec des gens étant enlevés, torturés et assassinés et les maisons bombardées avec des cocktails Molotov. La plupart de mes collègues ne sont pas non plus en sécurité". Theresa Makone, la députée nouvellement élue dans le nord de Harare et présidente de la Ligue des femmes du MDC, vit dans la clandestinité depuis plus d'un mois maintenant. Son chauffeur, Beta Chokururama, a été assassiné par des milices suspectes de la ZANU-PF le 13 juin. Le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa, a nié que son parti soit responsable du règne de la terreur depuis les élections du 29 mars. "L'opposition est en train de faire toute sorte d'allégation pour attirer une attention gratuite, pour des raisons que nous ignorons. D'après les informations que nous avons reçues de la police, les partisans du MDC sont en train de perpétrer des violences contre nos gens, volent ensuite notre matériel de campagne et se déguisent en membres de notre parti", a déclaré Chinamasa, qui préside également le sous-comité des médias pour les élections. Interrogé sur les incidents de viol dans les bases de la ZANU-PF, Chinamasa a seulement affirmé que son parti "ne dispose d'aucune de ces bases". Robert Mugabe a rejoint lundi d'autres chefs d'Etat au Sommet de l'Union africaine (UA) qui se tient en Egypte, où malgré les critiques récentes des dirigeants africains, notamment du président zambien Levy Mwanawasa — qui, en tant président de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), a déclaré que les élections au Zimbabwe sont très loin des normes régionales d'équité — l'UA a proposé un accord de partage du pouvoir semblable à ce qui a été convenu au Kenya. Mais comment un tel accord corrigera-t-il les préjudices et l'injustice graves qui sont tombés si fortement sur le dos des Zimbabwéens, en particulier des femmes? *(Ce n'est pas son vrai nom).

