GLASGOW, 27 juin (IPS) – Même si sept sur les huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) touchent les femmes, les donateurs et les gouvernements recevant de l'aide négligent la nécessité de rendre les ressources disponibles pour l'autonomisation des femmes.
A la 8ème Assemblée mondiale de CIVICUS, qui a pris fin dans la capitale écossaise le 21 juin, les dirigeants de la société civile ont posé des questions sérieuses sur l'absence de prévisions budgétaires sur le genre. La réunion annuelle de CIVICUS rassemble un réseau mondial d'organisations non gouvernementales (ONG) et de fondations dont le but est de renforcer la société civile. L'événement qui a duré quatre jours à Glasgow, en Grande-Bretagne, a mis l'accent sur la gouvernance participative, en prélude à une rencontre de haut niveau qui se tiendra à Accra, au Ghana, en septembre pour discuter de l'efficacité de l'aide. Plus de 100 ministres, des présidents d'organisations multilatérales et des représentants de la société civile qui y seront présents passeront en revue la Déclaration de Paris et la performance des donateurs, de même que celle des pays bénéficiaires. Bisi Adeleye-Fayemi, directrice exécutive du Fonds de développement pour la femme africaine, a déclaré à IPS dans un entretien que très peu d'argent est disponible pour l'autonomisation des femmes. "La manière dont vous donnez vos ressources en dit long sur là où se situent vos priorités. Les femmes représentent 50 pour cent de la population mondiale. Elles devraient être une priorité", affirme-t-elle. Elle craint que le manque de fonds ne garantisse presque l'échec des OMD, en particulier l'objectif 3 — promouvoir l'égalité de genre et rendre les femmes autonomes. Les gouvernements du monde se sont engagés à atteindre ces huit OMD d'ici à 2015. "Plusieurs promesses ont été faites, notamment le Plan d'action de Beijing. Mais ceci n'a pas été assorti de financements appropriés pour assurer l'autonomisation des femmes à tous les niveaux", indique-t-elle. Le Plan d'action de Beijing a été adopté à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes en 1995. Des organisations humanitaires bilatérales et multilatérales avaient pris l'engagement de débloquer assez de ressources pour financer les promesses faites. Ni les engagements pris à Beijing, ni ceux de Monterray, au Mexique, en 2002 lors de la Conférence internationale sur le financement du développement n'ont été honorés, soulevant ainsi des questions relatives au manque de volonté politique. Dans le Consensus de Monterray, les gouvernements avaient convenu d'incorporer le genre à toutes les politiques de développement. Par ailleurs, la Déclaration de Paris de 2005 sur l'efficacité de l'aide a reconnu l'importance de financer le développement fondé sur le genre. Cependant, les fonds pour le genre demeurent "insignifiants et introuvables dans plusieurs endroits", a déclaré Adeleye-Fayemi qui préside le premier fonds d'Afrique à l'échelle continentale pour financer des programmes qui développent et promeuvent le leadership et les questions des femmes comme l'autonomisation économique. Un rapport de 2007 de l'Association pour les droits des femmes dans le développement, analysant les tendances d'aide actuelles, a révélé que les organisations de femmes manquent cruellement de ressources. Ce rapport, intitulé 'Où est l'argent pour les droits des femmes', conclut que les ONG de femmes sont dans un état de "survie et de résistance". Ceci, selon le rapport, se justifie par le fait que toutes ensemble, 729 organisations ont mobilisé un budget annuel total de juste de 77,5 millions de dollars, ce qui n'est rien du tout, considérant l'énorme tâche que constitue l'égalité de genre. "A moins que les dirigeants, au niveau international et national, s'assurent que l'argent atteindra les femmes, aucun développement réel n'aura lieu", affirme Elisa Peter, coordinatrice adjointe du Service de liaison non gouvernemental des Nations Unies, dans un entretien avec IPS le 21 juin. "Les femmes sont au centre du développement. Si l'objectif 3 n'est pas atteint, je ne pense pas que nous puissions réaliser aucun autre OMD. Nous devons aborder sérieusement la question des ressources en vue de renforcer les capacités des femmes dans tous les secteurs", dit-elle. L'ONU a estimé que la réalisation de l'OMD 3 nécessiterait "des ressources externes consacrées" s'élevant de 25 à 38 milliards de dollars dans les pays à faibles revenus. Ceci, affirment des analystes, demande une volonté politique accrue aux niveaux international et national — que les organisateurs des rencontres d'Accra et de Doha espèrent à la fin de l'année. La conférence de Doha passera en revue le Consensus de Monterray. La présence d'un vaste réseau d'organisations de femmes est attendue à la rencontre d'Accra de septembre, où il sera demandé aux dirigeants d'honorer les engagements pris. "La société civile peut seulement défendre et proposer. Il revient aux gouvernements de mettre en œuvre. Ils seront ensuite tenus responsables", a déclaré Adeleye-Fayemi.
Cependant, pendant que les donateurs et les gouvernements tergiversent sur des financements importants, les femmes continuent de progresser à un pas de tortue, en particulier dans le domaine politique. "Le manque de financements a entraîné une faible représentation des femmes au niveau des prises de décisions. Elles manquent de capacité à rivaliser sur un pied d'égalité que leurs homologues masculins", fait remarquer Jennifer Chiwela de 'African Network Campaign on Education for All' (Campagne du réseau africain sur l'éducation pour tous).
Par conséquent, son pays, la Zambie compte 23 femmes dans le parlement de 158 membres. Ceci équivaut à juste 14,6 pour cent de la représentation parlementaire — très en dessous de l'objectif de 30 pour cent fixé par la Communauté de développement d'Afrique australe, une organisation intergouvernementale de 15 Etats d'Afrique australe. La situation n'est pas très différente dans d'autres pays africains, qui continuent d'assister à un faible niveau de représentation des femmes au parlement, et dans d'autres sphères de prise de décisions. "Comment pouvons-nous espérer que des lois favorables au genre seront votées si la majorité des députés sont des hommes?", demande Chiwela. "Nous avons besoin de ressources pour aider les femmes à faire campagne et participer à la vie politique sur un pied d'égalité que les hommes. Voilà le début du développement", affirme-t-elle. Dans CIVICUS et dans d'autres organisations nationales et internationales, les femmes leaders de la société civile exigent un changement et une participation égale des hommes et des femmes en politique ainsi qu'un financement pour le développement.

