AFRIQUE: Des préoccupations relatives aux investissements chinois

LE CAP, 19 juin (IPS) – Les investissements chinois dans des pays africains viennent, assortis de quelques conditions — ce qui préoccupe justement des organisations de la société civile.

Lors de la 'Annual Bank Conference on Development Economics' (Conférence annuelle de la Banque mondiale sur l'économie de développement, ABCDE) tenue la semaine dernière, divers membres des organisations de la société civile africaine ont exprimé leur inquiétude face aux conditions des activités croissantes de la Chine sur le continent. La conférence de la Banque mondiale, organisée avec le ministère des Finances d'Afrique du Sud, a eu lieu du 9 au 11 juin au Cap, en Afrique du Sud. "La société civile zambienne reconnaît que les investissements internationaux sont nécessaires pour le développement et cela ne devrait pas être un problème si l'aide vient de l'Europe ou de la Chine", a déclaré Stephen Muyakwa, un agro-économiste en Zambie et porte-parole du 'Zambian Civil Society Trade Network' (Réseau commercial de la société civile zambienne).

"Mais il y a certains problèmes au sujet des prêts et de l'aide au développement de la Chine. Tout d'abord, les prêts offerts par la Chine ne sont pas transparents et ils ne viennent pas non plus avec des conditions sur la façon dont l'argent devrait être dépensé. Ceci pourrait encourager la corruption, puisque les gouvernements africains sont libres d'utiliser l'argent comme ils l'entendent. Ceci pourrait avoir des résultats négatifs". Muyakwa a soutenu que les prêts ou toute forme de financements extérieurs devraient venir avec des conditions strictes. "Vous ne pouvez pas simplement remettre un chèque en blanc au ministre des Finances et croire que tout sera parfait. Nous la population, devons savoir comment l'argent sera dépensé. Et la chine, ou tout autre donateur, doit tenir les autorités bénéficiaires responsables de cela". Selon Muyakwa, les gouvernements devraient être vigilants lorsqu'ils acceptent les prêts et l'aide au développement de la Chine. "Il pourrait y avoir des intentions cachées. Ces offres de prêts et de développement d'infrastructures semblent venir d'habitude sans conditions.

"Malheureusement, il est arrivé plus d'une fois que la Chine décide de revendiquer une mine ou un intérêt dans une réserve forestière — juste comme cela. Vous ne pouvez pas juste donner, faire croire aux gens qu'il n'y a aucune condition et ensuite espérer quelque chose. Nous voulons plutôt qu'un pays donateur dise qu'il veut acheter la mine, au lieu de la revendiquer comme si elle faisait partie du prêt", a expliqué Muyakwa.

Luis Brites Pereira, directeur adjoint du Centre pour la mondialisation et la gouvernance à l'Université Nova de Lisbonne, au Portugal, a déclaré à la conférence qu'il pourrait y avoir un danger à accepter beaucoup de prêts de la Chine. "Les prêts chinois semblent favorables à cause des bas taux d'intérêt. Par conséquent, les chances d'accumuler des dettes sont élevées. Les pays bénéficiaires doivent gérer leurs finances avec prudence". Pereira a également confirmé que les grandes sociétés chinoises dominant les industries telles que l'habillement et les textiles pourraient pousser des entreprises africaines hors des affaires. Un autre sujet de préoccupation au sein de la société civile africaine est l'afflux des travailleurs chinois en Afrique, un continent où des millions de personnes sont sans emploi. "Il n'y a pas si longtemps, les gouvernements du Cameroun et de Chine ont conclu un marché dans lequel la Chine construirait des routes et des infrastructures telles que des stades et des terrains de sport", selon Marie Tamoifo Nkom, porte-parole de 'African Youth Diaspora Forum' (AYDF) au Cameroun, une organisation qui vise à engager des jeunes émigrés africains dans le développement social, économique, et politique de leur continent. "Tout le monde était content, tout d'abord parce que le Cameroun a grand besoin d'équipements sportifs pour la jeunesse. En second lieu, ce projet serait synonyme de création d'emplois. Malheureusement, tel n'a pas été le cas, puisque les Chinois ont amené leurs propres travailleurs". Muyakwa est également préoccupé par les conditions de travail chinoises : "L'année dernière, les opérations d'une mine de charbon appartenant aux Chinois dans le sud de la Zambie ont été suspendues en raison des conditions de travail risquées. La plupart des travailleurs étaient à moitié nus et n'avaient pas de vêtements de protection, de masques anti-poussière, de casques ou de chaussures".

"Lorsqu'un ministre du gouvernement a essayé de visiter la mine, les gérants chinois l'ont empêché de le faire. Ils ont dit que c'était 'leur mine'. Finalement, on a accordé une visite au ministre. Selon le rapport de ce ministre, les travailleurs étaient traités comme des animaux. La mine a été fermée pendant quelque temps, mais a été rouverte ensuite". Muyakwa a rappelé un autre incident qui a provoqué des remous en Zambie. "Il y a deux ans, environ 50 mineurs zambiens ont été tués dans un accident dans une usine d'explosifs. Ce qui est bizarre est qu'aucun employé chinois n'est blessé ou tué. Ceci vous amène à vous demander à quel point les Chinois sont engagés à marquer la différence en Afrique ou s'ils sont ici seulement pour se servir". Selon le Fonds monétaire international, les exportations de l'Afrique vers la Chine ont augmenté de plus de 40 pour cent entre 2001 et 2006. Les importations de Chine vers l'Afrique ont augmenté de 35 pour cent. Le commerce total de la Chine vers l'Afrique est estimé à 55 milliards de dollars par an et doit se développer pour atteindre 100 milliards de dollars d'ici à 2010.