CAP-VERT-UE: Huiler les rouages des migrations temporaires

LISBONNE, 18 juin (IPS) – Sous l'œil vigilant de "Fortress Europe", l'Union européenne (UE) est entrée dans un partenariat pilote avec le Cap-Vert, basé sur le modèle de "migration circulaire", selon lequel les immigrés légaux peuvent se déplacer dans les deux sens sans restrictions majeures.

Prévue pour démarrer en janvier 2009, une expérience de trois ans facilitera la circulation des personnes qui s'engagent dans un emploi temporaire, entre le Cap-Vert et plusieurs pays du bloc européen. Ce projet est coordonné depuis Lisbonne, au Portugal, "et l'Espagne, la France et le Luxembourg se sont ajoutés", a déclaré à IPS, le président du 'Portuguese Institute for Development Support' (IPAD) (Institut portugais d'appui au développement), Manuel Correia. Le Conseil européen de la justice et les ministres de l'Intérieur ont choisi le Cap-Vert, une ancienne colonie insulaire portugaise d'Afrique de l'ouest, et la Moldavie, qui n'est pas un pays membre de l'UE, pour une expérience pilote qui rendra flexible le mouvement des personnes en provenance d'autres pays entrant et sortant de l'UE. Une déclaration conjointe sur un partenariat pour la mobilité a été signée par l'UE et le Cap-Vert au Luxembourg le 5 juin. Des indicateurs économiques et sociaux internationaux, de même que les différents rapports sur la démocratie et le respect des droits humains, placent le Cap-Vert en tête de la grande majorité de pays africains. Cette petite République de 4.033 kilomètres carrés et de 511.000 habitants éparpillés sur plus de 10 îles, à 640 kilomètres de la côte du Sénégal, est remarquable par le fait qu'un nombre similaire de ses citoyens vivent à l'étranger. Au nombre des pays récepteurs, dans l'ordre décroissant, figurent les Etats-Unis, le Portugal, les Pays-Bas, l'Angola, le Sénégal, l'Espagne, le Brésil, le Canada, l'Italie et l'Allemagne. Le projet pour la mobilité circulaire vise à "rationaliser le processus de migration, mais non à éliminer la nécessité pour les immigrés venant du Cap-Vert d'avoir des visas de l'UE, ni à instaurer un processus extraordinaire de légalisation pour les immigrés sans papiers", a expliqué Correia. "L'idée est également de doter le Cap-Vert de travailleurs bien qualifiés provenant de ses propres ressortissants vivant dans d'autres pays", a souligné le président de l'IPAD, indiquant que, par exemple, "un médecin spécialiste capverdien travaillant en Europe pourrait rentrer chez lui pendant un temps sans avoir à de se préoccuper de son retour dans l'UE". La migration circulaire permettrait "un meilleur contrôle du flux migratoire, lequel, comme c'est bien connu, comprend le trafic illégal des êtres humains et l'exploitation qui s'ensuit", a-t-il affirmé. Cette semaine, juste avant que la France ne prenne la présidence de l'UE pour la deuxième moitié de cette année, le président capverdien, Pedro Pires, devra rencontrer à Paris son homologue français, Nicolas Sarkozy, dont il espère recevoir un appui solide pour "créer des conditions pour une migration capverdienne légale", a déclaré Pires aux journalistes portugais au début de ce mois. Pires rappellera à Sarkozy la collaboration du Cap-Vert à empêcher que les îles ne servent de "trampoline" pour les immigrés illégaux qui tentent d'arriver en Europe. Ceci, ensemble avec son classement favorable dans les indicateurs internationaux des droits de l'Homme et de la démocratie, "a attiré le soutien de divers pays européens", pour que l'expérience de la migration circulaire soit effectuée avec le Cap-Vert, a indiqué Correia. "Quant à la Moldavie, je ne connais pas les détails, mais je sais avec certitude que c'est un arrangement très similaire, adapté à l'Europe orientale", a-t-il dit, prévoyant que "les résultats de cette étude pilote conduiront sans doute à de nouvelles directives" dans le domaine migratoire. Le partenariat pour la mobilité entre l'UE et le Cap-Vert "facilitera la circulation des personnes entre leurs territoires, et en cas de migrations légales (permanentes) et de migrations circulaires temporaires, il pourrait y avoir une réelle collaboration sur les problèmes de migration et de développement, tout en empêchant et en luttant contre les migrations illégales", a déclaré Correia. En décembre 2007, à la fin de la présidence de l'UE par le Portugal, laquelle alterne tous les six mois, le Conseil européen (les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays membres) avait recommandé la recherche de dialogue avec le Cap-Vert au sujet d'un partenariat pilote sur les migrations. L'UE et le Cap-Vert ont convenu d'intensifier le dialogue et la coopération, dans le cadre de l'Approche globale développée par l'UE, pour une meilleure gestion de la migration, laquelle devrait consolider la migration légale (opposée à celle sans papiers), et renforcer les liens entre la migration et le développement de même que la lutte contre le trafic des personnes, a indiqué un communiqué de presse de l'UE publié le jour de la cérémonie de signature. Au nombre des mesures pratiques prises avant la mise en œuvre du partenariat pilote pour la mobilité le 1er janvier 2009, figure la création d'un centre commun à Praia, la capitale du Cap-Vert, lequel acceptera des demandes pour des visas de courte durée et renforcera les capacités du Cap-Vert à gérer efficacement les procédures de migration. Par ailleurs, ce centre commun "mettra en œuvre des mesures pour l'information, l'intégration et la protection des immigrés et de ceux qui sont retournés chez eux, et développera des opportunités d'emplois à la fois au Cap-Vert et à l'étranger", a indiqué la déclaration de l'UE.

Le Cap-Vert bénéficiera en particulier des opportunités de courte durée pour ses ressortissants dans les pays de l'UE. Les payements qu'ils envoient chez eux constitueront une importante source de revenus pour le Cap-Vert, où les activités économiques se limitent principalement au tourisme.

L'UE, pour sa part, bénéficiera et redorera son blason en ayant un allié africain précieux dans la lutte contre ce que les gouvernements appellent des migrants "illégaux" et que les activistes appellent des immigrés "sans papiers". Pour le secteur privé de l'UE, cet accord sera synonyme d'un flux de travailleurs relativement bon marché, sur la base de contrats temporaires qui n'impliquent aucune obligation de fonds de retraite, qui accepteront des emplois que des citoyens européens ne veulent plus faire.