SANTE-BENIN: Les autorités dédramatisent l'infection à VIH

COTONOU, 28 jan (IPS) – L'infection à VIH serait moins dramatique qu'on le pensait au Bénin, selon les statistiques révélées par la dernière Enquête démographique et de santé dont les résultats ont été rendus publics par le gouvernement le 22 janvier à Cotonou, la capitale économique béninoise.

Cette étude fait apparaître une prévalence à VIH de 1,2 pour cent au sein de la population béninoise, un taux déjà révélé le mois dernier par le chef de l'Etat béninois, Boni Yayi, dans une déclaration à l'Assemblée nationale, à Porto Novo, la capitale béninoise.

"La prévalence du VIH/SIDA au Bénin a évolué de façon rapide passant de 0,3 pour cent en 1992 à 4,1 pour cent en 2001. La prévalence s'est stabilisée autour de 2 pour cent jusqu'en 2005, puis à 1,2 pour cent dans la population générale selon la dernière Enquête démographique et de santé réalisée en 2006", disait-il. Cette "baisse apparente" s'explique par le fait que les premières enquêtes sur la prévalence du VIH/SIDA au Bénin ont été réalisées sur un échantillonnage faible, souligne Dr Clément Ahoussinou, coordonnateur adjoint du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), une structure officielle basée à Cotonou. "La limite des chiffres de 1992 (0,3 pour cent) et 2001 (4,1 pour cent), c'est qu'ils provenaient uniquement de sept 'sites sentinelles' qui étaient essentiellement en milieu urbain. Les milieux ruraux n'étaient pas pris en compte. Les chiffres qui en étaient issus ne traduisaient donc pas la réalité de l'infection dans tout le pays", explique Ahoussinou. Le ministère de la Santé a alors procédé à une évaluation du système d'enquête. En 2002, une enquête menée sur 235 sites sentinelles, et portant essentiellement sur les femmes enceintes, a révélé une prévalence de 1,9 pour cent. En 2003, la surveillance sérologique a révélé un taux de 2,1 pour cent, puis de 2 pour cent successivement en 2004, 2005 et 2006. Les chiffres de 2007 ne sont pas encore disponibles, selon le PNLS. Ces études montrent donc une stabilisation de la prévalence au Bénin à 2 pour cent. Toutefois, souligne Dr Ahoussinou, cette étude qui se fait chaque année, et qui porte exclusivement sur les femmes enceintes, comporte un biais : elle ne prend pas en compte les femmes non-enceintes, les hommes et les enfants. Et c'est ce biais que vient corriger l'Enquête démographique et de santé (EDS) de 2006, et dont les résultats (1,2 pour cent) ont été partiellement divulgués le 22 janvier. Si l'EDS a révélé une prévalence à VIH de 1,2 pour cent au sein de la population béninoise, cela ne veut pas dire que l'autre chiffre (2 pour cent) était faux, observe Dr Ahoussinou. L'EDS prend tout simplement en compte les exclus de la séro-surveillance que sont les femmes non-enceintes, les hommes et les enfants, en plus des femmes enceintes. "Dans tous les pays, la prévalence révélée par l'EDS est toujours inférieure à celle révélée par la séro-surveillance, et c'est le cas chez nous aussi", explique Ahoussinou qui a piloté cette étude. Néanmoins, une prévalence faible ne signifie nullement que les hommes et les femmes ont des pratiques sociales responsables dans ce pays d'Afrique de l'ouest, avertit Simon Johnson*, une personne vivant avec le VIH et conseiller au Service d'information et de dépistage anonyme et gratuit, un service du PNLS. "Il y a encore des zones septentrionales du Bénin où la circoncision se fait à la chaîne aux personnes adultes, qui sont mariées et qui ont des enfants. Dans certains couvents vodoun, dans le centre, les scarifications se font encore à la chaîne, avec le même couteau qu'on dit 'blindé', et qui doit donc servir pour tous les adeptes. Nous sommes allés voir cela…", rapporte Johnson à IPS. Il estime donc que ce n'est pas dans les grandes villes que le taux de prévalence est le plus élevé au Bénin. "Il y a des villages du Bénin où le taux de prévalence atteint 8 pour cent de la population tout simplement à cause de la persistance de nos us et coutumes", affirme-t-il. Selon Dr Judith Sègnon, un médecin épidémiologiste basé à Cotonou, le Bénin a une "population têtue" qui ne met pas toujours en pratique les conseils reçus au sujet du VIH/SIDA. "On parle tout le temps des risques de transmission par les instruments, mais les gens n'ont jamais cessé de faire des scarifications. Le premier itinéraire thérapeutique pour toute maladie dans notre société, c'est d'abord le guérisseur chez qui on charcute le malade de partout, avant d'aller dans un centre de santé…", déplore-t-elle. Dr Segnon suggère alors aux autorités chargées de la lutte contre la pandémie de poursuivre et d'intensifier la sensibilisation, notamment dans les zones rurales où il faudra multiplier les points de vente des préservatifs et augmenter aussi le nombre d'émissions éducatives sur les radios rurales ou communautaires. Pour le président du Réseau des associations des personnes vivant avec le VIH (REBAP+), Comlan Houessou, interrogé par IPS, le ministère de la Santé et toutes les autorités doivent plutôt renforcer la prise en charge des séropositifs, qui n'est que médicale pour l'instant. Selon lui, une prise en charge effective et efficace des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) doit comporter également un volet social et un autre volet psychologique. Le REBAP+ est créé en 2005 et compte aujourd'hui 46 associations de PVVIH réparties dans tout le pays. Selon des statistiques communiquées par le PNLS, le Bénin a totalisé 65.432 personnes infectées par le VIH en 2006, dont 9.106 malades sont régulièrement sous traitement anti-rétroviral qui permet de prolonger la vie des malades du SIDA. Et ils bénéficient d'une prise en charge entière et gratuite pour laquelle le Fonds mondial contre le SIDA apporte une contribution financière à travers différents projets. Le Bénin a déjà commencé l'exécution du cinquième round du Fonds mondial dont le montant est de 16.363.245 euros pour la période 2007-2008, selon Bertin Affognon, coordonnateur de l'unité de gestion du fonds au ministère de la Santé.

Les cas cumulés de malades du SIDA sont estimés à 9.886 personnes depuis 1985 où le premier cas a été découvert. Mais le pays n'a pas encore les moyens d'assurer une prise en charge totale et gratuite de tous les volets du VIH, reconnaît Ahoussinou. "Par exemple, c'est dans seulement environ 200 maternités que nous faisons la prévention de la transmission mère-enfant. Or, nous avons plus de 600 maternités dans tout le pays. Que deviennent les enfants qui naissent dans les autres maternités?", demande-t-il. (* Certains noms dans cet article ont été changés pour protéger l'identité des personnes concernées).