GENEVE, 25 jan (IPS) – Des négociateurs africains sont inquiets que leurs préoccupations de développement soient mises sur la touche dans le Cycle des négociations de développement de Doha tant vanté à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La conclusion — cette année ou non — de cette série, qui a raté deux dates limites précédentes, dépend de plusieurs questions.
Toutes ces questions concernent la lutte de pouvoir entre pays riches et pauvres au sujet de la prérogative des Etats à utiliser des politiques nationales pour garantir le développement. Dans le processus des négociations, des délégations africaines craignent qu'elles soient complètement marginalisées dans ce qui pourrait être la phase de clôture des négociations de cette année. Se référant à la session du Conseil général de l'OMC le 18 décembre, un négociateur d'Afrique de l'est, qui a requis l’anonymat, a remarqué que "dans chaque déclaration d'un pays en développement, le message adressé au (directeur général de l'OMC) Pascal Lamy, était qu'il ne devrait pas prendre les textes révisés des mains des présidents (des négociations) et aller directement à la Green Room". La 'Green Room' se réfère aux négociations à huis clos tenues au sein d'un nombre limité de délégations. Il y a également des préoccupations relatives à la question des moyens de subsistance des populations rurales. Les afflux des importations, résultant de la libéralisation, ont causé des ravages et détruit des milliers de travaux champêtres à travers le monde en développement. Les pays du G33 ont spécifiquement exigé un mécanisme — le mécanisme de sauvegarde spécial (MSS), qui permettrait aux pays en développement membres d'augmenter leurs tarifs en réaction à ces afflux. Le G33 est un groupe de pays en développement organisés autour de la question des moyens de subsistance des populations rurales et de la sécurité alimentaire. Un négociateur africain du G33 a déclaré sous anonymat à IPS : "Nous sommes complètement bloqués sur le MSS. Il n'y a pas d'accord sur un grand nombre de questions".
Sur la couverture des produits, les partisans veulent que tous les produits agricoles soient couverts par ce mécanisme, mais les membres exportateurs veulent limiter le MSS à un nombre de produits beaucoup plus réduit. Concernant la manière dont le MSS peut être déclenché, les partisans ont appris qu'un volume d'importations beaucoup plus élevé est nécessaire avant qu'ils ne se servent du MSS. Sur la question du remède, les membres du G33 veulent être en mesure d'aller au-delà du taux de tarif obligatoire du Round d'Uruguay, mais ils rencontrent aussi d'opposition sur ce terrain. Ce taux se réfère au taux de tarif maximum que les pays peuvent imposer sur les importations, taux auxquels ils sont légalement liés dans la série de négociations d'Uruguay qui se sont achevées en 1994. Le négociateur du G33 a ajouté que "le président (des négociations agricoles) veut également que nous vérifions si, oui ou non, nos clients bénéficient des prix plus bas. Si oui, le MSS ne devait pas être déclenché. Il veut aussi limiter le nombre de fois que le MSS peut être invoqué". "Il y a des couches et des couches de restrictions qui sont en train d'être introduites dans les négociations du MSS. A la fin de la journée, le mécanisme ne sera pas efficace. Ces discussions sont en train de prendre la mauvaise direction", a-t-il affirmé dans sa conclusion.
Concernant les négociations du NAMA, le représentant de l'Afrique du Sud, Faizel Ismail, a fait une déclaration pour le compte du NAMA 11 à la dernière rencontre du Conseil général l'année dernière. Cette déclaration visait à écarter un autre texte préliminaire qui ne tient pas compte de leur position. Le NAMA 11 est une coalition de 10 pays en développement. Il a déclaré aux membres de l'OMC le 18 décembre que "le texte de juillet du président du NAMA avait exclu entièrement les opinions du NAMA 11. Le texte révisé doit corriger cette situation et élargir le champ des coefficients pour prendre en compte notre position.
"Une nouvelle exclusion de nos opinions portera préjudice à la position de négociation des pays en développement du NAMA 11 et détournera les négociations… une fois encore en faveur des pays développés. Ceci n'entraînera pas un processus équitable, ni ne facilitera des résultats équilibrés dans les négociations". Les coefficients font allusion aux nombres à négocier pour insérer dans la formule de réduction des tarifs. Plus le coefficient est élevé, plus petite sera la réduction du tarif qu'un pays doit opérer.
Cependant, un autre domaine de profond désaccord est la libéralisation des services. Ici, les demandeurs sont principalement les Etats-Unis et l'Union européenne (UE), de même que l'Inde. Les Etats-Unis et l'UE veulent accélérer la libération du commerce des services à travers "l'analyse comparative" — adoption d'une formule qui obligerait les membres à libéraliser une certaine partie de leur commerce de services. Le Groupe Afrique et les pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) sont totalement opposés à cette idée.
Même dans les négociations sur la facilitation du commerce, un négociateur d'Afrique de l'ouest, qui a requis l’anonymat, a observé : "Nous ne voyons pas les pays développés donner avec l'engagement d'entreprendre de fournir l'assistance technique et le renforcement de capacités pour permettre aux pays en développement de respecter les obligations dans la facilitation du commerce".

