GENEVE, 24 jan (IPS) – Les entreprises peuvent être néfastes pour la vie des hommes. Au Forum de Davos, en Suisse, une coalition d'organisations non gouvernementales (ONG) entend leur demander des comptes, “car vivre dans un environnement sain, c'est un droit de l'Homme”, selon les ONG.
“Si les petits paysans du nord du Ghana sont submergés par l'importation de riz vietnamien, l'Etat ghanéen ne peut rien faire, car c'est l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui impose l'ouverture des frontières”, déclare Michael Windfuhr, directeur de l'ONG allemande 'Brot für die Welt'. “Et au niveau international, ce n'est pas mieux : si les habitants des pays du Sud sont affectés négativement par la politique agricole européenne, il n'existe aucun mécanisme de plainte à l'Union européenne”. Ce militant en est convaincu : la mondialisation affaiblit les Etats pauvres.
En Afrique, peu de gouvernements ont les moyens de mesurer l'impact des multinationales sur la pollution de l'eau, alors que celles-ci peuvent quitter un pays dès qu'il édicte des règles trop contraignantes en matière de protection de l'environnement ou de droits syndicaux. Mardi, Windfuhr va donc se rendre au Forum économique mondial de Davos, avec d'autres membres de la “Coalition pour la dignité humaine et les droits de l'Homme”, pour signifier aux grands de ce monde qu'il est urgent de créer de nouvelles règles.
A la fin-janvier, les militants de cette coalition ont plutôt l'habitude de participer au Forum social mondial (FSM). Mais comme cette année, le FSM est éparpillé à plusieurs endroits, ils ont opté pour son alter ego économique pour délivrer un message clair : vivre dans un environnement sain, ce n'est pas une option politique, mais un droit de l'Homme. “Et le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle, célébré en grande pompe en 2008, est l'occasion idéale de le rappeler”, souligne Megan Brown, de 'Equal in Rights', une autre ONG membre de la coalition.
Luis Guillermo Perez, secrétaire général de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), renchérit : “Nous voulons souligner que les entreprises ont une responsabilité sociale dans la protection des droits de l'Homme”. Et d'ajouter que la globalisation a entraîné une avancée des libertés du marché et une restriction des libertés individuelles, ce qui fomente la violence et porte atteinte à la démocratie. “Ceux qui gèrent les affaires du monde doivent penser que le commerce est au service des hommes et pas l'inverse!” Perez évoque le cas des “maquilas” en Amérique latine, ces entreprises qui interdisent les syndicats et licencient les travailleurs qui osent défendre leurs droits, en violation flagrante des conventions de l'Organisation internationale du travail.
L'existence d'un droit suppose des moyens juridiques de le faire respecter. “Les citoyens africains lésés par une entreprise allemande devraient pouvoir porter plainte devant les tribunaux allemands”, souligne Windfuhr, citant le cas historique de Chiquita, condamnée à une lourde amende par les tribunaux américains pour son soutien aux paramilitaires colombiens.
Selon Windfuhr, des mécanismes de plainte devraient exister aussi au niveau européen et des organisations internationales. “Le Panel d'inspection de la Banque mondiale est un pas dans la bonne direction, mais il est encore difficile d'accès” regrette-t-il.
Perez ajoute que la FIDH est en train de mettre en place un réseau international d'avocats pour traduire en justice les entreprises qui violent les droits de l'Homme et détruisent l'environnement. L'organisation essaie notamment d'obtenir des tribunaux français et belges l'indemnisation des personnes lésées par les activités de Total en Birmanie.
Selon Brown, il ne faut pas compter seulement sur les tribunaux. La société civile peut également pousser les Etats à respecter leurs engagements. “Même dans les démocraties les plus avancées, les citoyens et les associations ne sont pas toujours au courant de l'évolution du droit et de leurs possibilités d'action”. Mais il y a des exceptions, comme l'ont montré les ONG hollandaises qui ont présenté un contre-rapport au comité des Nations Unies sur l'élimination de la discrimination envers les femmes.
Ces militants croient-ils pouvoir influencer les décisions des dirigeants réunis à Davos? “L'union fait la force! Au sein d'une coalition, on a plus de chances de se faire entendre”, s'exclame Brown. “Pour le moment, les signes ne sont pas très encourageants”, reconnaît Perez, “même si la condamnation de Total par les tribunaux français pour le désastre (écologique) de l'Erika (sur des côtes françaises) constitue une avancée certaine”. *(Isolda Agazzi est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).

